Environnement

Réinventer la ville pour la rendre plus conviviale

Photo: Musée Mc Cord

Quand il s’agit de faire disparaître le béton des villes et de réduire la place de l’auto, les initiatives les plus intéressantes ne sont pas forcément les plus coûteuses. Le Centre d’écologie urbaine a recensé les meilleures pratiques montréalaises. État des lieux.

1. Fermer des rues et les animer

Depuis deux ans, chaque été, la timide rue Victoria, qui longe le musée McCord revit. La rue est fermée à la circulation, on l’habille de façon plus funky, le musée installe un bistrot extérieur et organise l’animation culturelle. «Des initiatives comme celle-là rendent la ville inattendue et poussent à la réflexion. Une rue peut aussi être vouée à des activités ludiques et de détente, pas seulement à satisfaire les automobilistes», dit M. Bougie. La première initiative de piétonnisation, dans le Village, date de 2008. Sur 800 m. Ce fut un tel succès que l’arrondissement a autorisé cette année 8 démarches de piétonnisation qui ont totalisé 2,5 km et investit désormais près de 300 000 $ annuellement dans la piétonnisation.

2. Les ruelles vertes se multiplient
Il y aurait à Montréal environ 1 000 ruelles. Si, jusqu’au XIXe siè­cle, elles permettaient la distribution de charbon, de glace ou la récupération des vidanges, elles ont graduellement perdu leur utilité. Encore cette année, à Montréal, une quarantaine ont été en partie désasphaltées et verdies. La palme revient à l’arrondissement de Rosemont, avec 10 nouvelles ruelles vertes, devant Mercier–Hochelaga-Maisonneuve (9 ruelles). «C’est le genre de projet idéal qui permet d’aborder nos différents mandats d’éducation, comme le compostage, ou la lutte contre les îlots de chaleur, tout en favorisant la cohésion sociale entre voisins», explique Nicolas Montpetit, coordonnateur du regroupement des éco-quartiers. Mais aménager une ruelle verte n’est pas à la portée de tous. «Il faut s’assurer l’accord de la majorité des riverains, obtenir l’appui financier et technique de l’éco-quartier, alors qu’il y a souvent une longue liste d’attente, et se charger de l’entretien dans les années qui suivent», explique M. Bougie. Pas étonnant alors que, sur les quelque 120 ruelles vertes recensées sur GoogleMaps, envi­ron 10 % soient indi­quées en jaune, signe que leur entretien laisse à désirer.

3. Les saillies de trottoirs végétalisées
Depuis 2010, le Plateau révolutionne tranquillement ses intersections. Alors que la plupart des arrondissements se contentent d’élargir les trottoirs au niveau des passages pour les piétons, afin d’assurer leur sécurité, le maire Ferrandez va plus loin en les verdissant. En trois saisons, l’arrondissement a construit 88 saillies de trottoir végétalisées. L’intersection ci-contre au coin des rues Villeneuve et de l’Esplanade comprend quatre doubles saillies. Coût des travaux : 190 000 $. «Ce qui coûte le plus cher, c’est le déplacement des puisards (10 000 $ l’unité)», explique Michel Tanguay, porte-parole de l’arrondissement. Cela ne décourage pas le Plateau, qui prévoit construire encore 25 saillies en 2013.

4. Le marquage au sol, pas cher et efficace
Les cyclistes qui parcourent la piste de la rue Laurier, qui longe le parc du même nom, sont étonnés. En quelques coups de peinture, on a retiré une voie de circulation et des places de stationnement et créé deux voies cyclables, ainsi qu’une zone tampon entre autos et cyclistes roulant à contre-sens. Résultat, en moyenne 2 300 cyclistes ont emprunté chaque jour la piste entre avril et novembre 2011, selon les données de l’Université McGill. Le marquage au sol ne fait pas toujours l’unanimité chez les cyclistes. Mais dans le cas présent, il est relativement efficace et beaucoup plus avantageux économiquement. Comptez 78 000 $ pour le resurfaçage, la signalisation et le marquage entre les rues Saint-Urbain et Brébeuf. Si on avait installé un muret, cela aurait coûté 1,5 M$. De quoi faire réfléchir!

À lire
Pour des villes à échelle humaine

Les propos visionnaires de l’architecte danois Jan Gehl sont désormais accessibles en français. Son ouvrage Pour des villes à échelle humaine a été traduit dans la langue de Molière. Une ville à échelle humaine est par exemple une ville où les commerces de proximité sont à moins de 500 m de marche parce que les quartiers sont vivants. Une ville où les piétons ne perdent que 3 % de leur temps de parcours aux intersections comme à Copenhague, et non pas 30 % comme dans bien d’autres villes. Une ville où, comme un Londres, un péage urbain tarifé à 13 $ a permis de réduire de 18 % la circulation au centre-ville. Une ville où l’urbanisme permet de réduire les corridors de vent et les zones d’ombre. Voilà le genre de livre que chaque élu montréalais devrait avoir comme livre de chevet!

Pour des villes à l’échelle humaine
Éditions
Écosociété
Par Jan Gehl

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