Montréal

Évincée de son logement pour y faire un Airbnb

Évincée de son logement pour y faire un Airbnb
Photo: ArchivesLa croissance des annonces sur Airbnb dans Rosemont – La Petite-Patrie a été explosive durant les dernières années, selon le comité logement de La Petite-Patrie.

Les applications de location d’appartement en ligne comme Airbnb ne font pas l’affaire de plusieurs et sont souvent contestées dans les quartiers résidentiels où elles créent des nuisances, incluant des évictions douteuses imposées à des locataires qui se voient forcés de quitter leur logement.

Claire Lafontaine a vécu dans son 5 et demi de l’avenue de Chateaubriand pendant 25 ans, jusqu’à ce qu’un nouveau propriétaire fasse l’acquisition du triplex dans lequel elle résidait.

« La vente a été complétée en novembre 2017 et en janvier 2018 j’ai reçu une lettre de sa part m’indiquant qu’il allait reprendre mon logement à la fin du bail en juillet. Je suis passée par toute une gamme d’émotions, de la colère, de la tristesse, car je croyais finir mes jours dans ce logement-là », raconte Mme Lafontaine.

Après avoir quitté les lieux à l’échéance de son bail et reçu en compensation pour son éviction une somme de 4500 $, celle-ci apprend quelques mois plus tard de la part d’une résidente de l’édifice que son ancien appartement n’a pas été loué de façon permanente.

« Ma voisine m’a dit qu’elle n’avait jamais rencontré les nouveaux locataires. Puis on est allé voir à l’étage et on y a trouvé des boîtes à combinaison pour des clefs, c’est là que j’ai compris que l’appartement servait de Airbnb », affirme-t-elle.

L’actuel propriétaire de l’édifice est Sergio Santamaria-Moschetta, une personne liée à compagnie de gestion immobilière SPYDER, qui a été dénoncée par le Comité logement de La Petite-Patrie en janvier dernier pour avoir pris part à des démarches d’évictions frauduleuses.

Aujourd’hui, Mme Lafontaine a dû quitter le quartier pour se trouver un appartement sur la Rive-Sud, les loyers dans La Petite-Patrie étant prohibitifs.

« Je payais 565 $ par mois pour mon cinq et demi. Maintenant je me retrouve dans un appartement plus petit pour lequel je paie 100 $ de plus par mois. Je ne pouvais tout simplement pas avoir un logement similaire dans le quartier, Montréal c’est rendu bien trop cher », insiste-t-elle.

Comble de malheur, Mme Lafontaine aurait été à l’abri d’une éviction si elle avait reçu l’avis de son propriétaire un an plus tard, puisqu’elle aurait alors célébré son 70e anniversaire, âge à partir duquel il est beaucoup plus difficile d’évincer un locataire, selon une loi provinciale adoptée en 2016.

Pénurie sur le marché locatif
Si les évictions motivées par l’appât du gain sont un fléau pour les locataires de longue date, les applications de location en ligne causent un autre problème dans le quartier en renforçant le faible taux de disponibilité des appartements, selon le Comité logement local.

Dans le Grand Montréal, on parle déjà d’une pénurie sur le marché locatif, car l’inoccupation des logements se situe à 1,9 %.

Toutefois, dans Rosemont – La Petite-Patrie, l’état des lieux est encore plus critique, affirme Martin Blanchard, coordonnateur pour l’organisme qui vient en aide aux locataires.

« Les chiffres de la (Société canadienne d’hypothèques et de logement) indiquent un taux d’inoccupation à 1,1 % pour les studios et à 0,0 % pour appartements de trois chambres. Cette situation est en partie causée par Airbnb », souligne-t-il.

En effet, le nombre d’offres d’appartements disponible sur Airbnb dans l’arrondissement a doublé depuis 2016, passant de 769 à 1428, soit une croissance de 86 %, selon les plus récentes données d’Inside Airbnb, un programme qui compile les transactions de la populaire application.

Selon M. Blanchard, il est grand temps que l’administration municipale intervienne dans le dossier. Celui-ci aimerait que l’on prenne en exemple la Ville de Québec qui a récemment adopté une réglementation en obligeant les propriétaires à obtenir un numéro d’enregistrement avant de pouvoir publier une annonce de location du Airbnb.

Commentaires 3

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  • Marie-José Renaud

    Et dire qu’il y a des gens pour blâmer les immigrants pour la pénurie de logements ! Mme Lafontaine peut encore aller à la Régie porter plainte contre son ancien propriétaire pour fausse demande.

    • Francois

      Je ne pense pas qu’elle puisse porter plainte car pour pouvoir porter plainte à la Régie, il faut être la locataire de l’appartement concerné. Ce n’est plus le cas, alors elle n’a plus de recour, c’est souvent ce qui arrive, notamment avec des cas d’insalubrité, les gens quittent l’appartement avant de passer à la Régie (tsé, vivre un an avec des rats et de la moisissure) et le proprio s’en tire.

  • Mylène Roy

    « En effet, le nombre d’offres d’appartements disponible sur Airbnb dans l’arrondissement a doublé depuis 2016, passant de 769 à 1428 », j’avoue que cette statistique me lève le coeur. Il fut effectivement très difficile pour nous de trouver un 3 chambres à louer après l’éviction de notre famille. Est-il possible de connaitre, parmi ces 1428 offres d’appartements sur Airbnb, ceux qui sont entièrement voué à des occupations temporaires, contrairement aux autres, dont par ex. une seule pièce serait attribuée aux gens de passage?