Montréal
12:31 30 avril 2019 | mise à jour le: 30 avril 2019 à 16:49 temps de lecture: 5 minutes

Incident de Villa-Maria: le «manque de transparence» de la STM condamné

Incident de Villa-Maria: le «manque de transparence» de la STM condamné
Photo: Josie Desmarais/MétroDe gauche à droite: Alain Babineau, Lionel Perez et Marvin Rotrand

Des élus et des organismes condamnent le «manque de transparence et d’engagement» de la Société de transport de Montréal (STM) et de l’administration Plante depuis l’incident devenu viral entre Juliano Gray et deux agents de sécurité au métro Villa-Maria, réclamant de nouveau la tenue d’une enquête indépendante.

«C’est la manière la plus juste de procéder et c’est la seule façon de rétablir la confiance du public, notamment celle des minorités visibles envers leurs institutions publiques», a condamné mardi le chef d’Ensemble Montréal, Lionel Perez, en marge d’une mêlée de presse.

Le Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR) a déposé une «plainte criminelle pour voies de fait» contre les deux agents de la STM auprès du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) et prépare actuellement un recours civil pour obtenir des «réponses claires» de la société de transport, afin de déterminer entre autres si les inspecteurs sont récidivistes.

Dans une vidéo qui a créé une onde de chocs sur les réseaux sociaux, le 7 mars dernier, on aperçoit deux employés des autorités de la STM essayant, non sans difficulté, de maîtriser le jeune homme noir de 21 ans. Celui-ci parvient d’abord à échapper aux deux agents, qui sortent alors leur matraque et menacent de le frapper. Plusieurs coups sont alors assenés à l’homme, qui prend fuite.

L’opposition officielle déplore que la Ville ait «géré l’incident comme une gestion de crise de communication». «La mairesse refuse de comprendre les séquelles que ça laisse sur la population», a témoigné M. Perez, soulignant que le dépôt d’une motion au conseil municipal du 13 mai prochain «forcera la tenue d’un débat public».

Pour le conseiller au Centre de recherche-action sur les relations raciales (CRARR), Alain Babineau, «il en va d’une question fondamentale de justice […] pour tout jeune Noir qui emprunte les transports en commun de la STM».

L’ex-policier questionne les démarches qu’a entreprises la STM pour obtenir le statut de constables spéciaux pour leurs inspecteurs. D’après la société, cela les assujettirait à la Loi sur la police, ce qui permettrait au Bureau des enquêtes indépendantes de s’impliquer. «La demande, c’est que les activités des inspecteurs soient gérés par un groupe indépendant. Ça n’a rien à voir avec le statut de constable spécial», a lâché M. Babineau.

«Aucun témoin n’a été interrogé, aucun rapport n’a été rendu public. L’enquête de la société de transport a été menée en vase clos. Ce n’est pas crédible.» -Alain Babineau

Le conseiller de Snowdon, Marvin Rotrand, plaide que la situation est d’autant plus inacceptable à Montréal quand on se compare avec Toronto, où la Commission de transport (CTT) permet d’aller de l’avant avec des enquêtes indépendantes dans des cas similaires, martèle-t-il. «Ici le système est occulte», croit-il.

Dans une lettre qu’il a écrit peu après l’incident au président de la STM, Philippe Schnobb, l’élu municipal affirme que «plusieurs organisations […] pensent qu’il existe une forme de profilage racial de jeunes hommes noirs par nos inspecteurs». «Tout pour M. Schnobb est fait selon le protocole. Or, personne n’a vu ce qui a été déposé ou même fait à l’interne», a renchéri Marvin Rotrand.

Selon les règles
Appelé à réagir, le porte-parole de la STM, Philippe Déry, a soutenu «qu’un processus d’enquête interne rigoureux est déjà en place».

«Si notre enquête avait démontré une faute de la part de nos inspecteurs, la STM aurait sévi.» -Philippe Déry, porte-parole de la STM, réitérant que les employés ont, au contraire, «agi selon les normes et les procédures».

«Les éléments nécessaires pour cette vérification ont été pris en considération, dont les bandes vidéos dans le train et sur le quai», ajoute-t-il. Lors du prochain conseil municipal, «les élus seront libres de débattre du sujet de leur choix», poursuit Philippe Déry. Chose certaine: «la STM ne s’immiscera pas dans ces débats».

De son côté, la mairesse Valérie Plante a dit mal comprendre la volonté de l’opposition, dans le contexte où «la STM a déjà voté pour créer un plan pour rendre plus de comptes et être plus transparente». «J’ai l’impression que c’est presque pour créer un buzz autour de quelque chose qui est déjà pris sérieusement. C’est leur jeu, je vais leur laisser le faire», a-t-elle lancé.

La chef de Projet Montréal a aussi souligné que l’opposition compte un élu, Francesco Miele, sur le CA de la société de transport, «qui a voté en faveur de cette démarche».

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