Le maire du Plateau-Mont-Royal Luc Ferrandez quitte la politique

Le maire du Plateau-Mont-Royal Luc Ferrandez quitte la politique
Photo: Archives Métro

Luc Ferrandez quitte la vie politique. Dans un long message publié sur les réseaux sociaux qui a eu l’effet d’une bombe mardi soir, le maire du Plateau-Mont-Royal dit vouloir sonner l’alarme, par sa démission, sur la nécessité de s’attaquer aux enjeux environnementaux avec un «vrai programme» politique.

«J’ai l’impression de berner les citoyens en leur faisant croire que nous prenons collectivement tous les moyens qui s’imposent pour ralentir le rythme de destruction de notre planète», écrit le principal intéressé, ajoutant avoir une «impression d’imposture» envers ses électeurs.

Si sa présence au sein de l’administration Plante «contribue à rassurer bien des gens sur la valeur du travail que nous effectuons à ce chapitre», M. Ferrandez souhaite dorénavant «faire tomber cette image» et «forcer le groupe à regagner la confiance de l’électorat».

Malgré le fait que le bilan environnemental de Projet Montréal soit déjà «bien supérieur» à celui de l’ancienne administration Coderre, l’élu affirme que les gestes posés – par exemple l’interdiction du mazout en 2030 ou le bannissement du plastique à usage unique – «resteront anecdotiques s’ils ne s’inscrivent pas dans un plan concerté de réorientation et de ralentissement de la consommation».

Un vrai plan environnemental taxerait selon lui le stationnement «sur rue et hors rue», mais aussi l’entrée au centre-ville, les investissements étrangers et les déchets.

«Incapable d’influencer la mairesse [ainsi que les membres du comité exécutif] sur la gravité de la situation et des mesures qui s’imposent, je choisis de ne pas rester dans cette équipe.» -Luc Ferrandez, maire sortant du Plateau-Mont-Royal

À savoir s’il continuera en politique dans d’autres paliers, le Montréalais est catégorique: «si je juge Projet Montréal incapable de formuler un programme de préservation de l’environnement et du climat à la hauteur de la tâche, mon jugement est encore plus sévère avec les partis fédéraux et provinciaux» dit-il.

Dénonçant les «excès de la société de consommation» comme un second stade de baseball et un «Royalmount en carton», M. Ferrandez dit espérer malgré tout «que Projet Montréal restera fort et uni et qu’il remportera la prochaine élection», avouant au passage «que Valérie Plante est plus représentative de la population que je ne l’ai jamais été». «Je ne lui dirai jamais assez souvent merci d’avoir pris le pouvoir à un moment si critique de l’histoire», ajoute-t-il.

La mairesse reconnaissante
Dans une déclaration écrite, la mairesse Valérie Plante affirme que Luc Ferrandez «a été un véritable acteur de changement», sans toutefois répondre aux critiques de ce dernier. «Il a été l’initiateur d’une grande révolution urbaine qui aujourd’hui fait école en matière d’aménagement, d’urbanisme et de verdissement. Il a hérité d’un arrondissement en difficulté financière pour finalement en faire un fleuron à l’échelle du Québec», lance la chef de Projet Montréal.

«Si le Plateau est aujourd’hui l’une des destinations les plus courues des Montréalais et des touristes, c’est essentiellement grâce aux réalisations du maire et de son équipe.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal

D’après Mme Plante, ce que proposait Luc Ferrandez il y a une décennie «était audacieux, voire impensable», mais ne l’est plus aujourd’hui. «Force est d’admettre que cette vision est devenue une référence dans l’appareil municipal. Accomplir autant en si peu de temps demande un courage politique énorme, une intégrité sans borne et des convictions inébranlables», ajoute-t-elle.

L’opposition «surprise»
Appelé à réagir, le chef de l’opposition Lionel Perez a affirmé «qu’il s’agit d’une grande surprise».

«C’est quelqu’un qui a voué 10 ans de sa vie à la chose politique. Quelqu’un qui était toujours là par convictions, qui était franc avec ses pensées, même si parfois c’était à son détriment.» -Lionel Perez, chef de l’opposition

Disant avoir conservé «d’excellentes relations avec M. Ferrandez» sur les plans personnels et professionnels, le leader d’Ensemble Montréal a parlé «d’une perte importante pour Projet Montréal». «Est-ce que c’est parce que les choses n’avançaient pas assez pour lui? Ce sera à lui et à la mairesse de partager leurs pensées et de s’expliquer», a-t-il renchéri.

Quoiqu’il en soit, on se souviendra de Luc Ferrandez «comme quelqu’un qui n’avait pas peur de dire ce qu’il pensait», dit Lionel Perez. «Ce qu’il me disait, il le croyait, a ajouté le chef de l’opposition. Il voulait réellement contribuer au rayonnement de la ville de Montréal. C’est un coup dur à plusieurs niveaux, puisqu’il était très vocal, il avait beaucoup d’expérience, bref il rassemblait plusieurs personnes.»

M. Ferrandez est maire de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal depuis 2009. Depuis son élection, en novembre 2017, la mairesse Valérie Plante avait quelque peu mis M. Ferrandez sur les lignes de côté. Sa démission, remise au greffier cet après-midi, sera transférée au conseil de ville en juin. Un délai de 120 jours sera ensuite pris en compte avant de déclencher une élection partielle.