Montréal

Plus de deux Québécois sur trois veulent une réforme du mode de scrutin

Plus de deux Québécois sur trois veulent une réforme du mode de scrutin
Photo: Archives Métro

Près de 70% des Québécois souhaitent que la réforme du mode de scrutin à laquelle s’est engagée la Coalition avenir Québec (CAQ) en campagne électorale soit réalisée, d’après un nouveau sondage paru vendredi.

«Il y a un espèce de bras de fer au gouvernement sur cet enjeu-là. Notre coup de sonde vient démontrer aux députés réticents qu’ils doivent honorer leur parole, explique à Métro Jean-Pierre Charbonneau, le président du Mouvement démocratie nouvelle (MDN), qui a commandé le sondage à la firme Léger il y a quelques semaines.

Le message est assez clair, selon lui: «faites votre job d’élus correctement et cessez de nous mettre des bâtons dans les roues, sinon vous allez avoir des problèmes et vous pouvez être certains qu’on va vous suivre à la trace», lance-t-il aux élus opposés à la réforme du mode de scrutin, la question semblant effectivement diviser le caucus caquiste de l’interne depuis quelques semaines.

S’ils soulignent pour la plupart «l’importance le rétablir le lien de confiance» entre le public et les institutions politiques, les personnes sondées estiment en majorité (à 82%) que les partis devraient chercher «davantage à s’entendre qu’à s’opposer» en tentant de réconcilier les différentes options du public.

«Ça ne fait pas peur au monde que les partis s’allient. Les gens souhaitent avoir une certaine stabilité politique», explique à Métro Jean-Pierre Charbonneau. Évidemment, on doit encore faire place à la lutte entre les élus, mais le public demande une nouvelle façon de se comporter qui soit plus acceptable.»

Environ 60% des répondants perçoivent le système actuel uninominal à un tour comme «problématique» pour accomplir ces objectifs. Et cette opposition est répandue au provincial, confie Jean-Pierre Charbonneau, ex-député du Parti québécois (1976-1980 et 1994-2006) et 40e président de l’Assemblée nationale du Québec (1994-1996).

«On est en mesure de dire aujourd’hui qu’à Montréal, qu’à Québec, que dans le Centre-du-Québec et en régions, les gens pensent qu’il faut changer les choses. Notre échantillon n’est pas juste représentatif, il est global.» -Jean-Pierre Charbonneau, président du Mouvement démocratie nouvelle

Près de deux-tiers des répondants se disent aussi «en faveur» de l’attribution de sièges régionaux qui compenseraient l’écart entre le pourcentage de votes et le nombre de sièges dans la région en question, avec pour objectif de «respecter le poids politique» des secteurs plus excentrés du Québec.

Jean-Pierre Charbonneau

Le problème «répété»
En entrevue à Métro, lundi dernier, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, reconnaissait que l’élection de 75 députés de CAQ avec une proportion de 38% est «une anomalie» due à l’état de notre système électoral, s’engageant du même coup à ce qu’un projet de loi sur la réforme du mode de scrutin soit présenté «en octobre 2019» à l’Assemblée nationale.

«Notre système est conçu pour une bipartie, pour deux partis qui s’échangent le pouvoir, a-t-elle expliqué. Aujourd’hui, avec la montée de plusieurs partis, on est amenés de toute manière à faire des changements au Parlement.»

Mais pour Jean-Pierre Charbonneau, le combat n’est pas encore gagné, surtout quand on s’attarde un peu à l’histoire.

«C’est toujours un peu le même problème. Tant à l’époque du PQ de René-Lévesque qu’à celle des libéraux de Jean Charest, les députés qui faisaient des promesses sur le mode de scrutin et qui ensuite accédaient au pouvoir, ils retrouvaient un peu les vertus de ce système qui les a fait élire. Ils se disaient que la seule façon d’être réélus, c’était de le maintenir.»

Heureusement, soutient celui qui a aussi œuvré comme journaliste d’enquête pour les quotidiens Le Devoir et La Presse, «ce n’est pas tous les députés qui se laissent séduire par la sirène du statu quo».

Pour le Mouvement démocratie nouvelle, l’exemple de la Nouvelle-Zélande est inspirant. Après un premier référendum, il y a plusieurs années, les citoyens ont pu y expérimenter un nouveau mode de scrutin proportionnel, et ne l’ont finalement jamais lâché. «En majorité, les gens là-bas ont dit qu’ils voulaient garder le changement», illustre M. Charbonneau.