Montréal

Journée des Autochtones: Mikana veut «décoloniser les esprits»

Journée des Autochtones: Mikana veut «décoloniser les esprits»

Dans le but de «décoloniser les esprits»,  l’organisme Mikana sensibilise différents publics aux réalités autochtones du Canada. En cette Journée Nationale des Autochtones, le groupe montréalais a lancé avec Amnistie internationale Canada le guide «Tu n’as pas l’air autochtone et autres préjugés» pour changer les perceptions de ce peuple. Métro a décortiqué quelques-uns des préjugés sur les Autochtones avec la co-fondatrice de l’organisme et coordonnatrice de la branche québécoise d’Idle No More, Widia Larivière.

Les Autochtones ne s’entendent pas entre eux.
« Beaucoup de gens s’imaginent que les Autochtones sont un groupe homogène, mais chaque nation et chaque communauté a sa propre histoire. Nous avons 11 nations au Québec et 64 nations au Canada. Il y a des langues et des réalités sociales différentes […] Nous avons tous un passé avec la colonisation, donc il y a ce vécu-là qui nous rassemble, mais au niveau culturel, il y a beaucoup de différences et c’est normal qu’il y’ait différents points de vue», explique Widia Larivière. Selon le guide, on ne peut pas parler «d’enjeux autochtones», mais plutôt de «d’enjeux de nations et de communautés autochtones».

Les Autochtones ne payent pas de taxes ni d’impôts.
«Est-ce que tu payes des taxes ?» est une question qu’on pose le plus souvent aux Autochtones lorsqu’ils déclarent leurs identités à des Allochtones. Quelque 60 % des Autochtones ayant le Statut d’Indien vivent hors réserve et paient des impôts, selon Statistiques Canada. En vertu de la Loi sur les Indiens, pour qu’un membre des communautés autochtones ne paye pas d’impôts sur le revenu, ni de taxes municipales ou de taxes de vente, il doit avoir le statut d’indien inscrit, résider dans une réserver Indienne et y travailler.

Parce que le nombre d’emplois sur les réserves n’est pas suffisant pour faire travailler tous ceux et celles qui le voudraient et que les réserves sont souvent surpeuplées, plusieurs Autochtones choisissent de vivre en dehors de leur communauté. L’exemption de taxes et d’impôts est donc seulement applicable dans certaines situations.

«Les Métis et les Inuits ne sont pas inclus dans la loi sur les Indiens, ils doivent donc tous payer des taxes. Les Autochtones sont considérés comme des mineurs, donc ce qui est présenté comme un privilège de ne pas payer de taxes vient avec plusieurs inconvénients.» -Widia Larivière

Par exemple, ils ne peuvent contracter d’hypothèque, ni être propriétaires d’un terrain, rédiger un testament ou même être admissibles à des prêts.

Les Autochtones reçoivent des chèques du gouvernement.
«C’est aussi une question qu’on nous pose souvent», poursuit Widia. À la suite des traités cédant leur territoire au gouvernement, les membres de certaines nations autochtones ont reçu des sommes d’argent et continuent à en recevoir. Or, la grande majorité des Autochtones du Québec n’ont pas signé d’entente avec le Canada. Ces ententes ont surtout été réalisées dans l’ouest du Canada au cours du 19e et du 20e siècle. Les sommes n’ont pas été réévaluées en fonction de la valeur actuelle de la monnaie. Par exemple, en Ontario, le montant versé par personne s’élève à 4 $ par année. Selon Mikana, cette somme est dérisoire considérant l’ampleur du territoire cédé.

La plupart des Autochtones sont alcooliques et itinérants.
Il existe des Autochtones qui ont des problèmes d’alcool et de drogues, mais ils ne représentent pas le groupe en entier. «Plusieurs de ces cas sont des conséquences directes ou indirectes des pensionnats autochtones et des leurs impacts intergénérationnels», soutient Mme Larivière. Plusieurs facteurs comme le manque d’éducation, la perte d’estime de soi, le lien rompu avec sa famille, le manque de ressources, notamment en santé mentale, mènent à l’itinérance des Autochtones, apprend-t-on dans le guide.

Tu n’as pas l’air autochtone.
Le cinéma hollywoodien a contribué à façonner l’imaginaire collectif et les représentations d’un autochtone «typique», d’après Widia, alors qu’il existe une grande diversité de traits physiques chez les Autochtones. De plus, il ne faut pas s’attendre à ce que les Autochtones portent leurs habits ou symboles traditionnels qui sont généralement réservés pour les cérémonies ou les pow-wow.

Les Autochtones sont figés dans le passé.
«Souvent lorsqu’on parle des pensionnats et de la colonisation, on entend souvent les gens nous dire que nous ne devrions pas être figés dans le passé. Mais ce n’est pas si loin dans le passé ; la dernière école a fermé en 1996 et les Autochtones de ma génération, on a tous quelqu’un dans notre famille qui a vécu les pensionnats. Leurs expériences dans les pensionnats ont quand même eu des répercussions qui se font ressentir aujourd’hui dans la population actuelle et chez les jeunes. Et je pense qu’on a aussi le droit de commémorer les tragédies qui nous ont affectés comme n’importe quel autre peuple», renchérit-elle.

Les Autochtones ne veulent pas s’intégrer ni collaborer
Les Autochtones sont les premiers habitants des Amériques qui ont vu arriver par la suite plusieurs vagues d’immigration. Ils ne ressentent pas donc le besoin de s’intégrer, car ils sont déjà établis en territoire traditionnel et occupé depuis des millénaires. «Les Autochtones sont déjà chez eux, ils n’ont pas besoin de s’intégrer à la culture dominante», indique la coordonatrice.

Quelques définitions

Autochtones : Le terme «Autochtone» désigne une diversité de nations et de peuples ancrés dans les territoires qu’ils occupent depuis les millénaires. Leurs histoires se rejoignent à travers l’impact de la colonisation et des génocides culturels perpétrés par les États colonisateurs.

Les 11 nations du Québec sont : Abenaki, Anishinabeg, Atikamekw, Cri-Eeyou, Huron-Wendat, Ilnu/Innu, Inuit, Malécité-Wolasoqiyik, Mi’kmaq, Mohawk-Kanien’hehà:ka et Naskapi.

  • Premières Nations : terme utilisé pour désigner Peuples autochtones au Canada autre que les Métis et les Inuits. Les membres des Premières Nations sont les premiers occupants des territoires qui constituent aujourd’hui le Canada. Ce sont les premiers Autochtones à être entrés en contact soutenu avec les colons.
  • Amérindien : Terme désuet anciennement utilisé par les colons pour désigner les Premières Nations comme les Indiens d’Amérique.
  • Indien : Appellation devenue péjorative pour désigner les Premières Nations, mais qui est toujours utilisée comme terme juridique pour désigner les personnes ayant un statut d’Indien toujours en vigueur au Canada.
  • Métis : Terme qui peut porter à confusion, parce que les gens peuvent le confondre avec l’adjectif métis ou «être métissés». Le terme Métis avec un grand «M» est une nation en soit qui a été créée par le mélange des personnes françaises et autochtones, principalement dans l’Ouest canadien.
  • Inuit : Autochtone de la langue esquimaude dont la communauté est historiquement liée au milieu arctique, notamment le Nunavut, les Territoires du Nord-Ouest, le Nord-du-Québec (Nunavik) et le Labrador au Canada.