Montréal

Sonder: un compétiteur à Airbnb dans un flou réglementaire

Sonder: un compétiteur à Airbnb dans un flou réglementaire
Photo: Josie Desmarais/MétroUn immeuble de l'arrondissement Le Plateau-Mont-Royal en location sur Sonder.

Un nouveau joueur vient brouiller les cartes dans un marché locatif montréalais déjà pris d’assaut par les résidences de tourisme. L’entreprise Sonder se présente comme un «hôtel», mais plusieurs le considèrent plutôt comme un compétiteur à Airbnb qui risque de contribuer au manque de logements disponibles.

L’entreprise Sonder est présente dans une vingtaine de villes aux États-Unis et en Europe ainsi que dans les quartiers centraux de Montréal. Dans la métropole, elle se distingue d’Airbnb du fait qu’elle loue elle-même des logements pour les rendre disponible pour une ou plusieurs nuits aux touristes de passage. Elle offre également un service de conciergerie et les clients peuvent contacter l’entreprise au téléphone 24 heures sur 24.

La facture grimpe d’ailleurs en conséquence. Un appartement de trois chambres sur la rue Roy Est, dans le Plateau-Mont-Royal, peut être loué pour 348$ par jour, somme à laquelle s’ajoutent des frais de nettoyage de 132$, a constaté Métro en simulant la location du logement sur la plateforme.

Métro a par ailleurs constaté que plusieurs logements situés sur le Plateau-Mont-Royal, dans Ville-Marie et dans le quartier Griffintown, un quartier du Sud-Ouest victime de la spéculation immobilière, sont situés à l’extérieur des zones permises pour les résidences de tourisme dans ces arrondissements.

Un représentant de Sonder, Marc Duchesne, a justifié cette situation en indiquant que l’entreprise «est une chaîne hôtelière».

«Nous louons et opérons toutes nos unités hôtelières et nous demandons tous les permis nécessaires. Nous payons toutes les taxes qui y sont reliées, y compris la taxe d’hébergement, et ce, depuis le début de nos opérations», a-t-il affirmé.

Pas un hôtel, répliquent plusieurs
Or, l’entreprise ne se qualifie pas comme une chaîne hôtelière, mais bien comme des résidences de tourisme, selon plusieurs experts contactés par Métro.

«Ce n’est pas suffisant de se considérer comme un hôtel, encore faut-il respecter toutes les règles», déclare le professeur d’urbanisme David Wachsmuth, de l’Université McGill.

Interpellé par Métro, le président-directeur général de l’Association Hôtellerie Québec, qui représente tous les hôtels de la province, a par ailleurs confirmé que l’entreprise Sonder ne répond pas aux critères pour faire partie de son association.

«Un hôtel d’une chambre, ça n’existe pas. Même si un appartement a quatre ou cinq chambres, ça correspond à une seule unité. Donc, ça ne peut pas être un hôtel», a expliqué Xavier Gret, qui estime qu’il faut éviter que de tels plateformes se «multiplient».

«Plus il y a des entreprises comme ça, plus ça fait de logements retirés du parc locatif.» -Maxime Roy-Allard, porte-parole du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec

Des unités retirées du marché
Selon M. Wachsmuth, cette entreprise, créée par deux étudiants québécois de l’Université McGill en 2012, risque de contribuer à rendre «inaccessible et inabordable» le marché locatif montréalais, tout comme Airbnb, qui aurait entraîné le retrait de 31 100 logements du parc locatif canadien, d’après une étude à laquelle le professeur a collaboré. 

«Au bout du compte, ça va avoir les mêmes impacts sur le marché locatif. Il y a des locataires qui avaient un appartement qui n’en auront plus», a ajouté l’expert.

Le porte-parole de Sonder affirme toutefois que ses «unités sont situées à l’intérieur de zones commerciales afin de ne pas empiéter sur les zones résidentielles».

Or, le Métro a vérifié l’état d’un logement de deux chambres mis en location par Sonder dans un secteur résidentiel sur la rue Papineau. La Ville indique que l’entreprise n’a pas obtenu le certificat d’occupation pour opérer celui-ci.

La responsable des communications pour le ministère du Tourisme du Québec, Mélanie Tremblay, rappelle d’ailleurs que les villes qui constatent qu’un établissement d’hébergement touristique ne respecte par leur règlement d’urbanisme doivent en informer le ministère rapidement.

«Toute personne qui offre de l’hébergement touristique sans détenir une attestation de classification est passible d’une amende», a-t-elle ajouté par courriel. 

Un «flou» à corriger
Afin d’éviter que des plateformes de type Airbnb ne profitent du «flou» réglementaire pour obtenir un certificat d’occupation de la part de la Ville, l’arrondissement de Ville-Marie a adopté le 3 juillet un projet de règlement, qui devrait entrer en vigueur cet automne, afin d’inclure une définition claire de ce type de bâtiment dans son règlement d’urbanisme.

«Certaines entreprises vont prendre un système de conciergerie pour pouvoir expulser les locataires et transformer le logement en hôtel […] Ce qu’on veut éviter, c’est que ça vienne prendre des logements du marché locatif. C’est ça qu’on veut stopper», a indiqué le conseiller du district du Mile End et conseiller associé dans Ville-Marie, Richard Ryan.

L’élu n’a toutefois pas voulu commenter le cas spécifique de Sonder, dont la valorisation a franchi la semaine dernière cap du milliard de dollars.

Nouveau règlement
À l’échelle provinciale, la nouvelle réglementation sur laquelle planche Québec pour mieux encadrer les résidences de tourisme pourrait également changer la donne. Ainsi, le gouvernement Legault entend dès cet automne, à la suite d’une consultation publique, mettre en place un système d’enregistrement en ligne auquel devront s’inscrire tous ceux qui veulent offrir en location de courte durée leur logement.

Ce système devrait permettre de mieux encadrer cette forme d’économie afin d’éviter que «des unités résidentielles deviennent de facto réservées pour la location de courte durée» en plus de contrer les nuisances causées entre autres par le bruit et «les déchets sortis le mauvais jour», selon un rapport du Groupe de travail sur l’économie collaborative réalisé l’an dernier à la demande de Québec.

«Avec un numéro d’enregistrement, ça va être possible de retrouver la personne qui loue son logement et de voir si elle paie ses taxes», a illustré M. Gret, soulignant que toutes les annonces de ce type devront inclure un numéro d’enregistrement.