Montréal

Les Noirs, les Autochtones et les Arabes davantage ciblés par le SPVM

Les Noirs, les Autochtones et les Arabes davantage ciblés par le SPVM
Photo: Josie Desmarais/MétroLe directeur du SPVM, Sylvain Caron, admet accueillir «avec humilité» les constats du rapport sur l’analyse des données d’interpellations policières.

Les Noirs, les Arabes et les Autochtones sont beaucoup plus susceptibles d’être interpellés par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). C’est ce qui ressort d’un nouveau rapport de recherche commandé par la Ville de Montréal, publié lundi.

Alors qu’ils ne constituent que 10% de la population, les Noirs ont fait l’objet du quart des interpellations du SPVM entre 2014 et 2017. À titre comparatif, ce chiffre atteint environ 40% chez les Blancs, qui représentent plus de 65% de la population.

Pendant cette même période, les interventions policières ont quadruplé auprès des Arabes et augmenté de «presque sept fois» chez les Autochtones. Les femmes autochtones seraient d’ailleurs «particulièrement ciblées». Selon l’étude, ces dernières courent «11 fois plus de chances» de se faire interpeller que les femmes blanches.

De manière générale, un Noir ou un Autochtone aurait environ 4 fois plus de chance d’être interpellée qu’un Blanc.

Les auteurs du rapport – le professeur à l’École de criminologie de l’UdeM Massimiliano Mulone, le professeur au Département de sociologie de l’UQAM Victor Armony et l’enseignante à l’Université TELUQ Mariam Hassaoui –, sont catégoriques. Il s’agit d’«une forme de discrimination systémique».

Si l’étude démontre que des «biais systémiques liés à l’appartenance sociale» existent au SPVM, il demeure difficile de lier ceux-ci au profilage racial, selon les chercheurs. Ces derniers n’ont pas eu accès aux motifs des interpellations.

Le SPVM agira «rapidement»

Le directeur du SPVM, Sylvain Caron, admet accueillir «avec humilité» les constats du rapport. Il promet de poser des «actions concrètes» rapidement.

«Il est possible que les chiffres dévoilés aujourd’hui choquent la population. Je le comprends très bien. Je peux vous assurer qu’on va tout faire pour réduire les biais dans les interpellations, afin qu’elles soient réalisées de manière juste et équitable», a-t-il indiqué.

«On n’a pas de policiers racistes. On a des policiers qui sont des citoyens, qui nécessairement ont des biais, comme tout citoyen peut avoir.» -Sylvain Caron, directeur du SPVM

Le SPVM s’engage d’ailleurs à livrer une politique sur l’interpellation d’ici mars 2020. Une nouvelle équipe d’intervention spécialisée auprès des communautés culturelles sera aussi fondée. Le mandat de recherche devrait aussi être renouvelé en février prochain.

La Ville demande des actions

Appelée à réagir, la mairesse de Montréal Valérie Plante s’est dite «très préoccupée» par les constats des chercheurs. «On voit clairement qu’il y a un problème de fond qui entraîne des discriminations systémiques, a-t-elle déclaré. Je demande au SPVM de prendre des actions immédiates.»

La chef de Projet Montréal blâme ses prédécesseurs, tant à la Ville qu’au corps policier, pour n’avoir «pas suffisamment» pris cet enjeu en considération dans les dernières années. Et pour cause: la représentation des minorités au sein du SPVM «stagne depuis dix ans», déplore-t-elle.

«Est-ce qu’il y a du profilage racial et social? Dans son bilan présenté en 2017, la Commission sur le développement et la diversité montréalaise a statué que oui.» -Valérie Plante, mairesse de Montréal, ajoutant qu’une consultation est en cours sur le racisme systémique

Elle dit s’attendre à ce que les recommandations des chercheurs soient suivies par le SPVM, notamment en rendant public un rapport annuel sur le profilage racial.

L’étude recommande aussi de créer une politique en matière d’interpellation, en plus d’intégrer la question du profilage racial à tous les programmes policiers.

L’opposition furieuse

Le conseiller de l’opposition dans Marie-Clarac Abdelhaq Sari, qui s’est vu refuser l’accès à la conférence de presse lundi, était en furie après le dévoilement des résultats de l’étude. Il a condamné une situation «très alarmante» et «accablante» pour le SPVM.

«On a demandé que les policiers soient munis de caméras portatives, mais la chose a été balayée par le service de police et par l’administration de Mme Plante. On a carrément refusé d’aller en consultation publique.» -Abdelhaq Sari

Il qualifie de «cosmétique» le plan du SPVM sur le profilage racial présenté l’hiver dernier.

«C’est un plan d’action qui est vide d’actions», a-t-il lancé.