Montréal

Extinction Rebellion manifeste sous haute surveillance policière à Montréal

Extinction Rebellion manifeste sous haute surveillance policière à Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroL’organisation a présenté son rassemblement comme un «surprise party» pour le premier anniversaire du rapport sur le climat du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat.

Quelques centaines de personnes ont répondu à l’appel de l’organisme environnemental Extinction Rebellion mardi après-midi à Montréal, lors d’une manifestation tenue près de la Place du Canada sous haute surveillance policière. Plus tôt en matinée, des militants du groupe plaidant «pour la désobéissance civile» avaient escaladé le pont Jacques-Cartier pour y afficher des banderoles, avant d’être interceptés par les autorités.

«Un demi-million de Québécois ont pris la rue le 27 septembre pour demander des actions contre les changements climatiques. Et qu’est-ce qui est arrivé depuis? Pas grand-chose», explique à Métro la porte-parole du regroupement, May Chiu.

L’important déploiement policier a rapidement bloqué la foule au coin du boulevard René-Lévesque et de la rue Mansfield, l’empêchant de continuer son itinéraire initial vers la Place des Festivals. Les manifestants ont dû se résigner à s’asseoir sur la chaussée, devant une horde de policiers.

Le coordonnateur d’Extinction Rebellion Québec, François Léger-Boyer, a condamné l’attitude du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). «On ne peut pas se faire entendre si on nous cache dans une petite rue où personne ne passe», a-t-il indiqué, assurant avoir pourtant donné l’itinéraire à la police au préalable.

«On vit dans une démocratie, avec un droit fondamental de manifester. Est-ce qu’on va laisser la police décider si on peut le faire? Je pense qu’on doit se poser cette question.» -François Léger-Boyer, coordonnateur d’Extinction Rebellion

En signe de protestation, bon nombre de manifestants sont restés couchés au sol jusqu’en toute fin de soirée mardi, alors que la police leur demandait de quitter. La circulation sur le boulevard René-Lévesque a été interrompue pendant plusieurs heures.

Quelque 41 constats d’arrestation ont été donnés par les autorités au courant de la soirée. Malgré tout, le SPVM a souligné le caractère pacifique et non-violent du rassemblement.

Des politiciens «négligents»

L’organisation – qui s’identifie avec les lettres «XR» –, dit s’inquiéter «de la supposée compétence et de l’intégrité des gouvernements», tant au pallier provincial que fédéral. Le projet du troisième lien à Québec, ainsi que le «manque de courage politique» au sujet du gazoduc GNL Québec, au Saguenay, prouvent la nécessité de continuer la lutte, ajoute-t-on.

«En ce moment, nos politiciens sont négligents, et de manière criminelle, renchérit May Chiu, qui est aussi avocate. Ils ne prennent pas du tout au sérieux les effets dramatiques qu’auront les conséquences des changements climatiques.»

«L’urgence climatique est déclarée au Québec et au Canada, mais aucune action ne suit. Il faut continuer de manifester, tant qu’il n’y aura pas d’actions à la hauteur de ces exigences.» -May Chiu, porte-parole d’Extinction Rebellion

L’organisation a présenté son rassemblement comme un «surprise party» pour le premier anniversaire du rapport sur le climat du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat (GIEC). Celui-ci a été «complètement ignoré» par les pouvoirs politiques, dénonce XR.

Sur place, l’instigateur du Pacte pour la transition, Dominic Champagne, en a profité pour adresser un mot à la foule. «Depuis un an, la science nous parle, la jeunesse d’ici et du monde entier nous parle. On veut des politiques à la hauteur de la crise climatique», a-t-il entre autres scandé.

Le Parti vert préoccupé

Quelques activistes de «XR» ont entrepris l’ascension de la structure métallique du pont Jacques-Cartier, mardi matin, entraînant la fermeture du pont dans les deux directions.

Si elle dit saluer leur implication pour le climat, la chef du Parti vert Élizabeth May remet en doute l’attitude de ces militants.

«Je comprends bien pourquoi les écologistes font des choses contre la loi. La désobéissance civile, je la comprends (…), mais j’ai des inquiétudes au sujet de leurs tactiques», a-t-elle avoué.

«Les risques sont énormes, et c’est pour ça que les militants en sont à faire des choses extrêmes, contre la loi.» -Élizabeth May, au sujet d’Extinction Rebellion

La chef des Verts estime qu’une pareille attitude peut être «une mauvaise idée, surtout dans les grandes villes». Bloquer la route peut selon elle causer des désagréments aux usagers et ainsi contribuer à nourrir les tensions à l’égard de la cause écologiste.