Montréal
03:30 30 octobre 2019 | mise à jour le: 29 octobre 2019 à 16:42 temps de lecture: 4 minutes

Jean Drapeau: visite au coeur des archives du «plus grand maire de Montréal»

Jean Drapeau: visite au coeur des archives du «plus grand maire de Montréal»
Photo: Josie Desmarais | MétroVisite des archives de la Ville de Montréal avec le chef de la section des archives à la Ville, Mario Robert.
Vingt ans après sa mort, les archives du maire Jean Drapeau sont maintenant accessibles au public. Métro a pris part à une visite guidée du passé de l’homme, qui y livre ses secrets les mieux gardés.
Des photos, des articles de journaux annotés, des discours, des plans du stade olympique, des rapports confidentiels, des enregistrements sonores…S’ils étaient mis bout à bout, les documents d’archives de l’ancien maire de Montréal totaliseraient plus de 150 mètres.
«Les autres maires n’ont pas autant d’archives que ça. Même des premiers ministres comme Robert Bourassa ou René Lévesque ont moins de documents. Si on veut retrouver des masses aussi grandes, il faut aller voir les archives de Pierre Elliott Trudeau à Ottawa», évoque le chef de la section des archives à la Ville, Mario Robert.
«C’est le maire de Montréal le plus important», ajoute-t-il.
Métro a rencontré M. Robert mardi au quatrième étage d’un immeuble du quartier Rosemont où l’ensemble des archives de la Ville ont été disposées temporairement. Tous ces documents réintégreront l’hôtel de ville dans quelques années lorsque les travaux en cours dans cette dernière seront complétés.
Entre temps, les citoyens pourront, sur rendez-vous, visiter les archives de celui qui a été maire pendant près de 30 ans, soit de 1954 à 1957, puis de 1960 à 1986.

Une élection mouvementée

Les archives de Jean Drapeau, né en 1916, remontent à aussi loin que sa tendre enfance. On y retrouve notamment une lettre d’affection qu’il a finement écrite pour ses parents à l’âge de 12 ans.
«Jean Drapeau, dès son jeune âge, il a de grandes capacités oratoires et écrites», mentionne M. Robert. Un bulletin scolaire d’une école primaire du Plateau-Mont-Royal, jauni par le temps, témoigne d’ailleurs des aptitudes de celui qui étudiera plus tard en droit à l’Université de Montréal.
Après avoir tenté à deux reprises de faire le saut en politique fédérale, l’homme politique est élu maire de Montréal en 1954 sous la promesse de créer un métro. Il s’engage aussi à faire le ménage dans la métropole, qui est alors critiquée pour ses bordels et ses «maisons de jeu».
«Il y a bien du monde qui n’avait pas intérêt à ce que M. Drapeau soit élu», souligne l’archiviste, en pointant du doigt une photo où l’on peut voir des individus «saccager des locaux» de l’ancien maire.
«Il s’est fait élire sur la question de la moralité publique.» -Mario Robert

De grands projets 

Le maire Jean Drapeau est avant tout connu pour ses grands projets. Outre ceux qui sont réellement sortis de terre, d’autres aussi ambitieux ont fait l’objet d’études sous son règne.
Dans les années 1950, la Ville ambitionnait déjà de construire un stade de baseball dans la métropole.
«Ça aurait été un mélange du Stade olympique actuel et du Centre Vidéotron [à Québec]», lance à la blague Mario Robert.
À la fin des années 1960, Jean Drapeau développe un projet de parc inspiré des bandes dessinées d’Astérix. Celui-ci, qui devait être aménagé sur le site de La Ronde, n’a finalement jamais vu le jour.
La fascination du maire pour la France et sa culture l’inspirera d’ailleurs dans plusieurs autres projets, notamment le métro, dont la technologie est d’inspiration française.
«Il a même voulu faire un TGV, inspiré de la technologie française, pour relier Montréal à New York», évoque M. Robert, qui rappelle que le maire avait aussi eu l’intention d’apporter la Tour Eiffel jusqu’à Montréal pour l’Expo 67.

Des secrets bien gardés

Les archives du maire Jean Drapeau ont aussi dévoilé au grand jour des secrets bien gardés du politicien. C’est notamment le cas de la réponse de plus de 300 pages de la Ville sur le rapport Malouf, qui analysait la facture salée des Jeux olympiques de 1976.
«S’il avait été satisfait du résultat final, ça aurait été rendu public», soulève l’archiviste au sujet de la réponse de la Ville à ce rapport d’enquête.
Ce dernier s’étonne d’ailleurs qu’aucun élu ou fonctionnaire n’ait dévoilé une partie de l’information incluse dans ce rapport aux médias de l’époque.
«Ils ont été discrets jusqu’au bout», constate-t-il.

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