Montréal

«Déni» du racisme à Montréal

«Déni» du racisme à Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroBienné Blémur présente les problèmes dans l’emploi qu’il a vécus devant la Consultation publique sur le racisme et la discrimination systémique, en compagnie de Fo Niemi, directeur général du CRARR.

«Fais attention cri**e de n**re.» C’est ce qu’a dit un chef d’équipe à Bienné Blémur lors de son quart de travail au Parc Jean-Drapeau.

Après 18 ans au sein de la Société du parc Jean-Drapeau (SPJD), M. Blémur, qui occupe les fonctions de chef gréeur s’est vu retirer son poste puis assigné au travail de préposé au chargement des camions le 25 juillet 2016. Quelques heures plus tard, suite à un incident, un chef d’équipe lui a dit: « fait attention cr*** de nè**e ». M. Blémur est par la suite renvoyé chez lui. Aujourd’hui au fil de plusieurs plaintes et à l’aide du Centre de Recherche-Action sur les relations raciales (CRARR), l’homme de 64 ans a témoigné du déni systémique du racisme à la consultation publique sur le racisme et la discrimination systémique à Montréal.

Cet incident a profondément marqué le montréalais, qui dit avoir régulièrement subi des remarques par rapport à la texture de ses cheveux, la couleur de sa peau et ses origines. Il dit avoir appris à vivre avec cette réalité toute sa vie, mais qu’il ne s’attendait pas à vivre les événements de la journée du 25 juillet 2016.

«Tout le monde trouvait ça normal. Il y a comme un problème de la compréhension du racisme de ce que ça veut dire que de se faire traiter de “cri**e de n**re” devant ses collègues de travail, devant une personne avec qui tu travaillais depuis 15 ans. Ça m’a complètement chaviré.» Bienne Blémur, ancien employé au parc Jean-Drapeau

Après l’incident, le chef gréeur a rencontré son employeur et a pris un congé de maladie. Suite à une plainte au syndicat, il a conclu une entente avec le parc Jean-Drapeau. Selon lui, l’entente n’a pas été appliquée et ce n’est que suite à des pressions du syndicat qu’il a pu retourner au travail. Lors de son absence, le chef d’équipe qui avait émis les commentaires racistes a été promu au poste de chef machiniste.

M. Blémur s’est retrouvé sous l’autorité de l’homme qui l’a verbalement agressé. Pour monsieur Blémur, cela est inacceptable. «Est-ce qu’on aurait remis une femme victime de harcèlement sexuel sous l’autorité de son agresseur?» a-t-il demandé à la commission.

Déni et silence

Deux enquêtes ont été menées à ce jour concernant le cas de M. Blémur. Le parc Jean-Drapeau et le contrôleur général de la Ville de Montréal ont mené des enquêtes sur l’incident. Selon le directeur général du CRARR, Fo Niemi, la dimension raciale et discriminatoire de la plainte a été occultée des rapports d’enquêtes. «Ça été réduit à des problèmes de harcèlement psychologique», dénonce-t-il.

Le CRARR a envoyé une lettre à la mairesse Valérie Plante le 18 mars dernier concernant le cas de M. Blémur. L’organisme a demandé à la Ville de divulguer les sommes dépensées en services juridiques par la SPJD en rapport avec le dossier, de mettre fin aux manœuvres juridiques de la SPJD et d’exiger à la société qu’elle adopte des mesures pour mettre fin au racisme en milieu de travail. Le bureau de la mairesse n’a pas répondu à la lettre, selon Monsieur Niemi.

Dans un article publié dans The Gazette, le vice-président du syndicat du parc Jean-Drapeau, Richard Soly a déclaré que ce n’était pas raciste de dire que quelqu’un est un «cr** de n***e» si cela n’est dit qu’une seule fois. Rappelant que le syndicat s’est distancié de ces déclarations, le directeur général du CRARR estime toutefois que cela démontre qu’il y a un problème de banalisation du racisme au sein des organismes municipaux.

Lors de sa déclaration lundi après-midi lors de la consultation publique sur le racisme et la discrimination systémique à Montréal, M. Blémur a émis plusieurs propositions à la Ville de Montréal en lien avec le racisme. Il a notamment demandé que le principe de tolérance zéro soit clairement indiqué dans le Code de conduite des employés de la Ville de Montréal à l’égard de propos ou comportements racistes et discriminatoires.

«Avant de parler de tolérance zéro, il faudrait commencer par reconnaître qu’il y a véritablement un problème de déni systémique du racisme», conclut-il.

Métro est toujours en attente d’une réaction de la Société du parc Jean-Drapeau.