Montréal
11:06 21 janvier 2020

Le transport collectif gagne peu de terrain dans le Grand Montréal

Le transport collectif gagne peu de terrain dans le Grand Montréal
Photo: Archives MétroÀ Montréal, la mairesse Valérie Plante demande davantage d’investissements dans la mobilité depuis son entrée en pouvoir.

Si l’usage de la voiture perd légèrement du terrain dans le Grand Montréal – surtout au centre-ville de l’île –, le transport collectif en ga­gne peu, avec une progression d’à peine 4% dans les cinq dernières années. Il s’agit du pire rendement en la matière depuis plus de 20 ans, démontrent les résultats de l’Enquête Origine-Destination 2018 de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), parue mardi, à laquelle 74 000 ménages ont participé.

Depuis 2013, l’usage de la voiture s’est effectivement affaibli d’environ 1% dans la métropole. Malgré tout, 68% des déplacements en heure de pointe du matin sont effectués en véhicule, qui demeure l’option de transport la plus populaire.

Et pour cause: le parc automobile continue de croître dans la région de Montréal. Il atteindrait maintenant plus de 2,6 millions de véhicules.

Pendant ce temps, les réseaux de transport collectif ont connu une hausse d’achalandage de 4%. C’est une nette baisse par rapport aux dernières périodes d’étude sur cinq ans, alors que les augmentations étaient de 8% entre 2008 et 2013, de 14% entre 2003 et 2008 et de 7% entre 1998 et 2003.

«La quantité de déplacements augmente moins rapidement qu’auparavant, et ça a aussi des conséquences sur le transport collectif.» -Le directeur à la planification de la mobilité de l’ARTM, Daniel Bergeron.

Le vieillissement de la population pourrait entre autres expliquer cette baisse, d’après l’organisme. La situation «aurait été alarmante» si la part modale du transport collectif avait diminué, d’après M. Bergeron. «Ce n’est pas le cas, la part modale a légèrement augmenté de 1%», a-t-il noté.

Exo s’inquiète pour les couronnes

Si l’île de Montréal regroupe encore 50% de la population de la région, près de 75% de sa croissance démographique se fait à l’extérieur de celle-ci, dans les couronnes, «où les services de transport collectif sont encore moins bien adaptés», selon lui. «Si on veut véritablement influencer les tendances actuelles, il faut agir vigoureusement pour développer l’offre adaptée aux milieux de vie», martèle M. Bergeron.

La stagnation s’applique aussi dans les couronnes. Au sud, par exemple, la hausse d’usage des transports collectifs n’est que de 6% depuis 2013. Une donnée qui contraste durement avec les augmentations de 59% entre 2003 et 2008 et de 22% entre 2008 et 2013.

Chez exo, l’organisme qui gère les trains de banlieue dans la métropole, le directeur général Sylvain Yelle estime que le développement du transport collectif dans les couronnes nord et sud n’a «pas suivi la croissance» de la population.

«Il y a un déficit d’investissements à combler. Les couronnes sont les générateurs de la croissance démographique de la région métropolitaine.» -Sylvain Yelle, DG d’exo

M. Yelle ajoute que des « investissements sont nécessaires pour qu’exo développe une offre de transport collectif plus diversifiée dans les couronnes».

Selon lui, la croissance de 12% des déplacements pour le travail dans les couronnes confirme à elle seule «le besoin de mieux développer l’offre de transport collectif locale et entre les différents secteurs». «Les déplacements ne se limitent pas aux trajets vers le centre-ville», illustre-t-il.

À Laval, par ailleurs, l’utilisation des transports collectifs n’a pratiquement pas évolué, selon les résultats de l’enquête. Comme en 2013, un peu moins de 50 000 usagers utiliseraient toujours le métro, les bus ou les trains de banlieue.

Des «bons résultats», juge pour sa part la STM

Appelée à réagir, la porte-parole de la Société de transport de Montréal (STM), Amélie Régis, soutient que l’enquête «affiche de bons résultats pour le transport collectif», surtout pour l’île de Montréal.

Sur l’augmentation régionale observée de 19 000 déplacements en transport collectif, «on en compte 14 000 effectués par les résidents de Montréal, ce qui correspond à 74% de la croissance observée», fait-elle remarquer, ajoutant que le centre-ville demeure le «principal pôle d’emplois de la région».

Les résultats de cette enquête «seront utiles à la STM dans ses analyses pour planifier l’offre de transport collectif», dit Mme Régis.

Ces données seront utilisées pour la refonte du réseau de bus, le prolongement de la ligne bleue, le REM et le SRB Pie-IX.