Montréal
13:25 21 janvier 2020

Transport collectif: «le réseau est saturé», disent des experts

Transport collectif: «le réseau est saturé», disent des experts
Photo: Josie Desmarais/MétroDepuis 2013, l’usage de la voiture s’est affaibli d’environ 1% dans la métropole. Malgré tout, 68% des déplacements en heure de pointe du matin sont effectués en véhicule, qui demeure l’option de transport la plus populaire.

L’utilisation du transport collectif a à peine progressé dans le Grand Montréal d’après la dernière Enquête Origine-Destination de l’ARTM parue mardi. Une donnée qui s’explique par le manque d’investissements dans des réseaux structurants de transport collectif et par l’absence de politiques décourageant l’usage de la voiture, selon trois experts consultés par Métro.

«Cette faible croissance, elle est normale, quand on sait que de manière générale, le réseau est saturé, mais surtout qu’on n’a pas amélioré l’offre de manière significative dans les cinq dernières années. On n’a pas pu aller chercher des nouvelles parts de marché», explique à Métro le chargé de cours en planification des transports de l’UQAM, Pierre Barrieau.

L’expert cite entre autres les nombreux changements de gouvernement et l’instabilité au sein de ceux-ci comme «responsables» de cette stagnation.

«On est passés de Marois à Couillard, puis à Legault, avec plusieurs ministres des Transports. Toute cette incertitude a fait en sorte qu’aucun projet n’a vraiment progressé.» -Pierre Barrieau, chargé de cours en planification des transports de l’UQAM

S’il reconnaît que l’arrivée du REM devrait changer cette réalité, M. Barrieau somme toutefois le gouvernement d’accélérer la cadence. «Tant que Québec se donnera des objectifs en transport collectif pour bien paraître, sans jamais se donner les moyens de les atteindre, ça ne changera pas en profondeur», considère-t-il.

Développer «continuellement» le transport collectif

Le président de Trajectoire Québec, François Pépin, abonde relativement dans le même sens.

«À part peut-être le train de Mascouche, c’est vrai qu’il n’y a pas eu d’amélioration majeure au réseau pour les usagers en cinq ans, observe-t-il. Les résultats qu’on voit aujourd’hui sont d’une certaine logique. Ça ne fait que confirmer que peu de choses ont été faites par les autorités politiques.»

Saluant malgré tout la diminution du nombre de déplacements automobiles – en baisse de 1% selon l’ARTM –, M. Pépin ne mâche pas ses mots.

«Il faut continuellement développer et améliorer notre transport collectif. Du moment qu’on lève ne serait-ce qu’un peu le pied de l’accélérateur, qu’on ralentit ou qu’on coupe, on le voit que ça stagne», raisonne-t-il.

Cette année, les nombreuses coupures de service dans le réseau de bus de la Société de transport de Montréal (STM) n’auront pas non plus aidé, admettent MM. Barrieau et Pépin.

Décourager davantage l’auto-solo?

Appelé à réagir, le spécialiste en économie urbaine et professeur à l’Université de Montréal (UdeM), Jean-Philippe Meloche, suggère d’abord de décourager l’usage de la voiture pour renverser la situation.

Depuis 2013, l’usage de la voiture s’est affaibli d’environ 1% dans la métropole. Malgré tout, 68% des déplacements en heure de pointe du matin sont effectués en véhicule, qui demeure l’option de transport la plus populaire.

«On n’a créé aucune politique concrète pour réduire l’usage de l’automobile dans les dernières années. Au contraire, on a amélioré les infrastructures routières. Le nouveau pont Champlain, ou l’échangeur Turcot, ce sont des bons exemples. Ça va créer encore plus de congestion», argue-t-il.

Parallèlement, les taxes sur l’essence n’ont pas vraiment bougé depuis une décennie, alors que les véhicules sont de plus en plus économiques. «En gros, la part taxée du déplacement automobile diminue. Ça ne coûte pas plus cher, voire moins cher, de rouler en voiture de nos jours. C’est ça le principal problème», ajoute l’expert.

Ce dernier est catégorique: si l’on veut augmenter la part modale du transport en commun, il faut que les usagers y «gagnent quelque chose». «Le plus souvent, les bénéfices, ce sont le coût du stationnement, de déplacement ou d’acquisition d’un second véhicule pour un ménage. Si ces prix-là n’augmentent pas, on encourage évidemment les gens à ne pas changer leurs habitudes», conclut-il.