Montréal
15:58 27 janvier 2020

Manque de bus: l’entretien confié au privé, le syndicat s’insurge

Manque de bus: l’entretien confié au privé, le syndicat s’insurge
Photo: Pablo Ortiz/MétroDe 2012 à 2018, le réseau d’autobus de Montréal a perdu près de 34 millions de passages individuels, soit une moyenne d’environ 5 millions par année.

La tension monte entre la Société de transport de Montréal (STM) et son syndicat d’employés d’entretien. Ce dernier dénonce l’embauche d’employés issus du secteur privé par la STM au cours des derniers mois. Jugée illégale par le syndicat, la situation serait, malgré tout, sur le point de se résorber.

«Depuis la fin novembre, ils envoient des inspections, des commandes de travail et des changements de transmissions au privé, alors que ce sont nos jobs», martèle le leader syndical du Syndicat du transport de Montréal (STM-CSN), Gleason Frenette, en entrevue à Métro.

«C’est du jamais-vu pour nous», ajoute-t-il, avançant que près d’une dizaine de fournisseurs privés ont été employés par la STM dans les derniers temps.

Il s’agirait entre autres de Nova Bus, fournisseur de plusieurs véhicules entièrement électriques, mais aussi de Prévost Car et de La Québécoise.

Rappelons que la STM peine à suivre le rythme des réparations nécessaires pour ses autobus. Depuis plusieurs mois, le transporteur rate régulièrement la cible établie pour offrir le service minimal d’autobus aux heures de pointe.

Un recours «temporaire» au privé, défend la STM

Joint par Métro, le directeur exécutif des ressources humaines de la STM, Alain Brière, reconnaît que l’usage de ressources au privé a été nécessaire. Mais il assure qu’il s’agit de «bonnes pratiques», effectuées par plusieurs autres sociétés de transport dans le monde.

«Oui, on donne certains contrats au privé pour reprendre le retard. Mais on n’embauche pas au privé. Ultimement, il n’y a aucun employé qui perd son emploi ou du temps supplémentaire qui est coupé.» -Alain Brière, directeur des ressources humaines à la STM

Cet usage au marché privé ne serait que «temporaire», selon M. Brière. «On avait un certain retard au niveau de l’entretien des bus, et il fallait reprendre le dessus. On veut vraiment livrer un service hors-pair chaque jour, donc c’est sûr qu’on doit prendre des mesures», illustre-t-il.

Même son de cloche pour le vice-président de la STM, Craig Sauvé, pour qui il est faux de prétendre que la STM procède à l’emploi de ressources au privé. «On n’a pas l’intention de privatiser quoi que ce soit, tranche-t-il. Il y a eu un petit creux avec le service dernièrement, en termes d’entretien, mais on a réglé ça.»

Le syndicat déposera des griefs à la STM

S’il dit comprendre la situation, Gleason Frenette persiste: «cela est contraire à la convention collective», souligne-t-il.

«On nous dit que le recours au privé est une situation exceptionnelle. C’est vrai, mais il faut aussi que l’employeur n’ait pas lui-même causé le besoin. Ce n’est pas le cas ici.» -Gleason Frenette, président du STM-CSN

La cause de tous les problèmes, selon lui, est le «cafouillage informatique» ayant eu lieu en novembre, lors de l’installation du nouveau programme informatique de la STM.

«On nous a promis qu’à partir d’aujourd’hui, ils n’enverront plus de bus se faire réparer au privé», avance le leader syndical.

Malgré tout, une série de griefs seront envoyés à la direction au cours des prochaines semaines, dit-il. Son syndicat dispose de six mois pour le faire.

Une suspension pour intimidation

La semaine dernière, Gleason Frenette a été suspendu pour motif «d’intimidation», après une altercation verbale avec deux gestionnaires au centre de transport Saint-Denis.

«Il y avait des motifs de non-respect de notre politique sur le harcèlement et l’intimidation. Et ce n’était pas la première fois», a expliqué Alain Brière à ce sujet. La STM a émis un communiqué à ce sujet, lundi.

La suspension, valide pour près de deux semaines, est symptomatique du contexte actuel, selon M. Frenette. «C’est abusif. Leur enquête a seulement pris en compte la version des gestionnaires. Ils ne m’ont pas questionné moi, ou le syndicat», dit-il.

L’incident serait survenu alors que son groupe se mobilisait devant les bureaux des gestionnaires, sur l’heure du midi, pour faire cesser les embauches au privé.