Montréal
05:00 10 février 2020 | mise à jour le: 12 février 2020 à 10:13 temps de lecture: 4 minutes

Profilage social: de plus en plus d’inspecteurs formés en désescalade à la STM

Profilage social: de plus en plus d’inspecteurs formés en désescalade à la STM
Photo: Josie Desmarais/MétroUn inspecteur de la STM.

Les inspecteurs de la Société de transport de Montréal (STM) ont maintenant accès à une nouvelle formation sur les interventions en cas de crise, a constaté Métro. Le transporteur a été montré du doigt dernièrement pour des problèmes de profilage social.

En août dernier, Métro dévoilait que les inspecteurs de la STM recevront une formation en désescalade, à l’instar de celle offerte aux policiers de Montréal. Depuis, quatre lieutenants responsables de la supervision des inspecteurs ont reçu cette formation, offerte par l’École nationale de police du Québec (ENPQ). Ceux-ci ont ensuite formé eux-mêmes 22 inspecteurs de la société de transport dans les derniers mois.

La STM compte également 44 inspecteurs qui ont reçu cette formation directement à l’ENPQ. Ainsi, en tout, ce sont 70 employés qui ont été formés en désescalade jusqu’à maintenant. C’est un peu moins que la moitié des effectifs.

«C’est une bonne nouvelle parce que c’est vraiment la base, à notre avis, de pouvoir utiliser la désescalade pour éviter que des situations de crise ne dégénèrent», évoque à Métro l’organisatrice communautaire du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal, Nadia Lemieux. 

Cette formation de courte durée donne des conseils sur les comportements et le langage à tenir lors d’interventions auprès de personnes en crise, notamment celles en situation d’itinérance ou aux prises avec des problèmes de toxicomanie.

Pas assez vite

Le syndicat qui représente les inspecteurs militait depuis plus de deux ans pour que cette formation soit offerte à ses membres. S’il se réjouit d’avoir enfin été entendu, il aurait souhaité que la STM offre cette formation plus rapidement à tous ses inspecteurs. On en compte environ 170 dans l’ensemble du réseau.

«Selon nous, les agents auraient dû être formés avant la période hivernale», indique à Métro le vice-président de la Fraternité des constables et agents de la paix de la STM, Pierre-Yves Bélanger. Ce dernier précise que les inspecteurs doivent intervenir plus souvent auprès des personnes sans-abri en hiver, puisque celles-ci se retrouvent en plus grand nombre dans le métro en raison du froid extérieur.

«Ça ne va pas assez vite. Je pensais que l’employeur allait prendre ses responsabilités et offrir cette formation à tous les inspecteurs à temps pour l’hiver. Manifestement, ce n’est pas le cas.» -Pierre-Yves Bélanger

La STM a justifié cette situation en faisant état de contraintes opérationnelles.

«Nous devons former les inspecteurs tout en continuant d’offrir les opérations régulières de sûreté et contrôle», note une porte-parole, Amélie Régis.

La STM entend d’ailleurs «poursuivre la formation» de ses inspecteurs «tout au long du printemps», ajoute-t-elle.

Problème de profilage à la STM

Dans les dernières années, les inspecteurs de la STM ont été montrés du doigt à plusieurs reprises pour des enjeux de profilage social.

«C’est important de pouvoir bien réagir face aux personnes en situation de crise», constate le directeur général de la Clinique Droits Devant, Bernard Saint-Jacques. 

Des données obtenues par Métro cet été font état d’une hausse dans les dernières années de l’émission de certains types de constats d’infraction. Les gestes visés sont associés au mode de vie des sans-abri, selon certains organismes. Il s’agit notamment de constats remis à des personnes qui se sont étendues sur un banc ou qui se sont promenées pieds nus dans le réseau de la STM. 

«Quand on regarde les règlements de la STM, souvent, ils sanctionnent des comportements qu’on associe beaucoup à la survie dans la rue», souligne Nadia Lemieux. 

Cette dernière estime toutefois qu’une simple formation ne sera pas suffisante pour enrayer le profilage social dans le réseau du métro.

«Il faut aller plus loin dans notre réflexion sur les moyens à prendre pour intervenir auprès de ces personnes [vulnérables]», estime-t-elle.

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