Montréal
15:15 11 mai 2020 | mise à jour le: 11 mai 2020 à 16:41 temps de lecture: 4 minutes

Exit les biens non-essentiels dans les grandes surfaces, implorent des commerces

Exit les biens non-essentiels dans les grandes surfaces, implorent des commerces
Photo: Josie Desmarais/MétroLa boutique UCHUU, sur la rue Laurier à Montréal.

Frustrés par la concurrence déloyale que leur font les grandes surfaces, des commerces montréalais somment le gouvernement Legault d’imposer une interdiction de vente des biens «non-essentiels» aux gros joueurs, au moins pendant une courte durée, d’ici le déconfinement et la reprise économique dans la métropole.

«Ça permettrait aux petits commerces comme le mien de reprendre du poil de la bête. On se demande pourquoi une interdiction pour les uns ne serait pas acceptable pour les autres», explique à Métro Suzanne Foucault, la propriétaire d’UCHUU, une boutique de vêtements pour femmes sur le Plateau-Mont-Royal.

À l’instar de plusieurs autres petites et moyennes entreprises (PME), Mme Foucault déplore des pertes de revenus importantes depuis le début de la pandémie. «Environ 70% de ma business est en perte pour la saison. J’ai perdu environ 100 000$ par boutique, alors qu’au printemps, normalement, on fait des très bons chiffres», se désole-t-elle.

«En déconfinant, ça serait possible de laisser la place aux indépendants, qui n’ont rien vendu dans les deux derniers mois. Ce sont eux qui ont mal présentement.» -Suzanne Foucault, propriétaire d’UCHUU

La situation actuelle n’aide en rien selon la propriétaire. Alors que le gouvernement répète qu’il faut consommer local, le fait qu’il «alimente» les Costco, Dollarama et Walmart de ce monde est en soi très ironique, selon elle. «On crée une plateforme d’achat local, on appelle la population à nous soutenir, mais ça prend des mesures conséquentes, tranche la femme d’affaires. Amazon n’a jamais été aussi fort qu’en ce moment, alors qu’on nous dit sans cesse d’encourager nos commerces. Il y a une ironie assez forte dans tout ça. Le gouvernement a vraiment mal géré ce dossier.»

Québec doit tendre l’oreille, disent des SDC

À l’Association des Sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM), le président Billy Walsh abonde dans le même sens. Depuis plusieurs semaines, son groupe fait pression sur le gouvernement pour faire cesser la vente des produits non-essentiels dans les grandes surfaces. Mais rien n’a été fait jusqu’ici.

«Il n’y a pas beaucoup d’écoute dans ce débat-là. Au final, il n’y a eu aucune modification aux règlements en vigueur. On peut juste espérer que les gens vont se procurer du matériel en ligne dans les commerces locaux qui offrent le service.» -Billy Walsh, de l’ASDCM

M. Walsh dénonce que Québec fasse dans un système à «deux poids deux mesures». Il invite les consommateurs à demeurer vigilants, et à repousser leurs achats à plus tard, si possible. «Quand on parle d’objets de consommation comme une télévision ou un barbecue, ça peut attendre un mois. Surtout si ce n’est pas possible de se le procurer dans un commerce local», illustre-t-il.

Biens non-essentiels et «balance des inconvénients»

À la mi-avril, le premier ministre François Legault ouvrait la porte à la réouverture de certains «petits commerces». «On est en train de regarder avec la santé publique […] de permettre aux petits commerces de recommencer à pouvoir vendre leurs produits, surtout les petits commerces qui se font faire une compétition un peu injuste par les grandes surfaces», avait-il indiqué.

Malgré tout, M. Legault affirme qu’il se range d’abord du côté «des consommateurs».

«Ça ne me paraît pas juste pour les petits commerçants. Mais en même temps, les Québécois, quand ils vont chercher de la nourriture, c’est utile pour eux de prendre d’autres éléments qui peuvent être utiles, mais non essentiels. C’est la balance des inconvénients», a-t-il soutenu.

L’ouverture des commerces non-essentiels a été reportée plusieurs fois à Montréal. Jusqu’ici, elle est prévue le 25 mai.

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