Montréal
14:58 25 mai 2020 | mise à jour le: 25 mai 2020 à 16:17 temps de lecture: 5 minutes

Commerces: le centre-ville redémarre, mais des craintes demeurent

Commerces: le centre-ville redémarre, mais des craintes demeurent
Photo: Josie Desmarais/MétroPlusieurs personnes patientent devant le magasin Simons, rue Sainte-Catherine.

Pendant que des files s’entassaient lundi devant plusieurs commerces qui ont rouvert leurs portes dans le centre-ville de Montréal, et dans plusieurs secteurs du 450, des entrepreneurs appréhendaient malgré tout un retour «difficile» à la normale, surtout à l’extérieur des grands pôles d’emploi. Ils craignent parfois même de devoir fermer boutique, faute d’achalandage.

Sur l’heure du midi, lundi, la rue Sainte-Catherine était particulièrement vivante, alors que des centaines de personnes patientaient pour entrer chez Best Buy ou encore le magasin Simons. Ce dernier a même déployé une équipe de gestion de foule, afin de dénombrer le flux d’entrants.

«C’est sûr que c’est plus complexe de fonctionner. Il y a beaucoup d’ajustements, mais on a notre clientèle fidèle, et ça se passe très bien. Tout le monde avait hâte de sortir. Je ne pense pas qu’on aura de gros problèmes», confie Hafid Zahid, le gérant du Browns Chaussures situé tout près de là.

«De notre côté, on touche du bois pour l’instant. On a tiré des leçons de ce qui s’est passé ces derniers mois, et on avance.» -Hafid Zahid, gérant du Browns Chaussures de la rue Sainte-Catherine

Plus au nord, sur l’avenue du Mont-Royal, les commerces indépendants émettent un tout autre son de cloche. «À mon avis, 50% des commerces ne pourront pas passer à travers à Montréal. C’est trop long, c’est trop drastique. J’espère vraiment me tromper, qu’il y ait un miracle», explique à Métro David Ibgui, le propriétaire de la boutique Paris Pas Cher.

D’après lui, la foule ne sera pas au rendez-vous, même si l’engouement des premiers jours fera peut-être de «bonnes affaires». «Je m’attends à avoir peut-être le tiers de nos clients. Je ne crois pas trop à ceux qui disent que les gens vont se jeter dans les commerces, comme des lions qui sortent du confinement. La vérité, c’est que la vie a changé», dit-il.

Les restaurants, une source d’oxygène?

Pour Bernard Tessier, qui possède un magasin de vêtements du même nom au coin de l’avenue Chambord, les autorités devraient aller encore plus loin.

«Ce qui m’aiderait beaucoup, c’est de rouvrir les restaurants graduellement. Je retrouverais ainsi une clientèle qui m’est chère. Je pense que je doublerais mon achalandage.» -Bernard Tessier, artisan

À l’instar de plusieurs indépendants, celui-ci affirme que les ventes en ligne sont faibles, le marché étant déjà dominé par les grandes marques. «Je fabrique tout ce que je fais. Quand on dit d’acheter local, ça ne peut pas être plus québécois. J’espère que ça va m’aider», lâche M. Tessier.

«On est tous dans le brouillard», répond quant à lui Alexandre Renaud, propriétaire d’Adam & Ève. «Cette pandémie a eu un effet certain sur la perception qu’ont les gens de leur environnement», dit-il.

Encore plus de mesures?

Bon nombre de citoyens questionnés par Métro s’inquiètent par ailleurs que le masque ne soit pas assez porté en public, malgré l’insistance du gouvernement Legault, qui avait organisé vendredi dernier une véritable opération de communication en sa faveur. «Les normes sanitaires sont là, mais personne ne les suit vraiment. Plus de la moitié des gens n’ont pas de masques, et les gants, c’est presque zéro», dénonce Dora Parent, venue faire ses emplettes en début de journée.

Elle craint que les autorités de santé publique soient contraintes de devoir confiner la population à nouveau. «Moi, je suis bien contente qu’on revienne graduellement à la normale. Mais ça reste dangereux, alors agissons en conséquence», implore-t-elle.

Interpellée dans la longue file du Simons de la rue Sainte-Catherine, Line-André Normandeau s’impatiente également. «Je trouve que c’est un peu trop tôt pour tout rouvrir, dit-elle. Normalement, je serais allée ailleurs, mais ma boutique du coin n’est pas ouverte. Les gens ont tendance à relaxer trop rapidement avec la distanciation. C’est sérieux ce qui se passe.»

Pour Romain Gayet, c’est plutôt la désinformation qui sème la panique. «De mon côté, j’ignore si on nous dit toute la vérité, et tous les chiffres, donc je ne stresse pas outre mesure. On n’avait pas le choix de déconfiner», dit celui qui a choisi de porter le masque «surtout pour rassurer les autres».

En début d’après-midi, lundi, Québec a annoncé la réouverture des centres commerciaux situés hors du Grand Montréal dès le 1er juin.

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