La tragédie du viaduc de la Concorde décortiquée au théâtre
Annabel Soutar n’a pas froid aux yeux. La femme de théâtre engagé s’est intéressée à l’effondrement du viaduc de la Concorde et surtout au fait que personne n’a été tenu responsable de cette tragédie pour écrire sa pièce Sexy Béton. «J’ai trouvé très troublant que la commission Johnson ait identifié plusieurs sources de négligence dans la construction et dans l’entretien de ce viaduc, mais personne n’a été trouvé responsable, explique la cofondatrice du théâtre Porte Parole. J’ai trouvé cela très symbolique de notre condition humaine d’aujourd’hui. Quand il y a des crises ou des situations urgentes, on essaie d’éviter la responsabilité.»
Tel un enquêteur, Annabel Soutar s’est plongée dans les documents de la commission Johnson et elle a posé des questions à des ingénieurs pour comprendre pourquoi le viaduc s’est écroulé le 30 septembre 2006. Elle a aussi rencontré des survivants qui, selon la Société de l’assurance automobile du Québec, ont été victimes d’un accident de voiture. Les mots qu’elle a recueillis au fil de ses recherches, elle les a mis dans la bouche des acteurs qui donnent vie à sa trilogie théâtrale qui est présentée intégralement dès mercredi soir à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier.
Les conséquences sur la vie des victimes ont aussi été exposées dans Sexy Béton. Personne n’étant désignée comme responsable, elles n’ont jamais reçu d’excuses. Seulement des compensations financières, qui dans certains cas ont été ridicules. Par exemple, Paul Cousineau, qui n’a pas été capable de travailler pendant six mois à la suite de la tragédie, a reçu 983$ du gouvernement du Québec. «Pendant le processus de création, on a proposé aux victimes d’essayer d’obtenir justice. On les a introduits à l’avocat en droit civil Julius Grey. Il n’y a jamais eu de poursuite, mais la question demeure : pourquoi?», rapporte Annabel Soutar qui n’a pas voulu dévoiler l’issue des démarches des victimes auprès du gouvernement. Sa pièce de théâtre le fera.
Au terme de ses recherches sur l’effondrement du viaduc de la Concorde, Annabel Soutar se questionne toujours. «La vérité, c’est qu’il n’y a pas une seule personne responsable, mais est-ce possible de dire que tout le monde était responsable pour cela et qu’on a tous eu tort», demande celle qui veut maintenant étudier toutes les facettes de l’affaire Villanueva.
Pétition
Claude Goyette et Mireille Reid, dont le fils et la belle-fille enceinte ont péri dans l’écrasement du viaduc de la Concorde, lanceront une pétition sur le site de l’Assemblée nationale. Ils réclament qu’à l’avenir, les tragédies de l’ampleur de celle qui s’est produit à Laval le 30 septembre 2006 ne soient plus considérées comme des «accidents de voiture» et qu’il y ait un devoir de reconnaissance par respect pour les victimes.