Côte-des-Neiges & NDG
15:31 19 août 2020 | mise à jour le: 19 août 2020 à 16:32 temps de lecture: 4 minutes

COVID-19 : une plateforme pour collecter des données ethnographiques

COVID-19 : une plateforme pour collecter des données ethnographiques
Photo: Olivier Faucher/MétroDe gauche à droite: Dr Alicia Boatswain-Kyte, Thierry Lindor, Tiffany Calender et Pierreson Vaval.

Alors que les gouvernements du Québec et du Canada refusent toujours de collecter des données sur l’ethnicité des personnes atteintes de la COVID-19, des membres de la communauté noire de Montréal ont décidé de prendre les choses en main en lançant leur propre plateforme.

L’entrepreneur spécialisé en plateformes numériques Thierry Lindor s’est associé à une chercheuse de l’université McGill et à des organismes communautaires pour lancer le site thecolorsofcovid.com.

«Nous fournissons un outil que, nous pensons, le gouvernement aurait dû avoir la prévoyance de mettre en place» -Thierry Lindor, entrepreneur

Pour l’instant, la plateforme est indépendante des institutions gouvernementales et sanitaires. Elle implique la participation volontaire à un sondage. Le répondant doit notamment indiquer le groupe ethnique auquel il s’identifie. Il doit aussi expliquer de quelle façon il a été affecté par la pandémie, par exemple, les contrecoups économiques subis.

Le site Web se concentrera d’abord sur Montréal. À terme, il est prévu qu’il collige des données partout au Canada.

Les gouvernements du Québec et du Canada ne collectent toujours pas de données ethnographiques sur la COVID-19, malgré les demandes répétées provenant de communautés racisées. L’Ontario a toutefois accepté de le faire depuis cet été.

Démontrer les inégalités

Les partenaires impliqués dans ce projet de collecte de données sont convaincus que les communautés noires ont été disproportionnellement affectées.

Ils citent les exemples des quartiers Montréal-Nord, Côte-Des-Neiges et Rivière-Des-Prairies, des secteurs qui ont été frappés de plein fouet par la COVID-19 et où vivent en forte proportion les personnes racisées.

Mais ces intuitions sont insuffisantes pour pousser les décideurs à agir, soutiennent-ils.

«Si nous ne sommes pas capables de montrer scientifiquement le degré auquel les disparités existent, ça devient très difficile de savoir comment répondre» -Dre Alicia Boatswain-Kyte, la chercheuse en travail social à l’Université McGill associée au projet.

Selon elle, il faudra une participation d’environ 10% des populations concernées pour produire un portrait représentatif. Un objectif qu’elle prévoit atteindre, voire dépasser.

À terme, les responsables du projet s’engagent à produire un rapport analysant les données recueillies pour «aider les décideurs à vraiment prendre des décisions sur les besoins des citoyens canadiens», explique Thierry Lindor.

Collaboration des organismes

Afin de rejoindre le maximum de personnes, des organismes communautaires prêteront main-forte au projet.

«Souvent, les communautés racistes et pauvres vivent dans des déserts numériques où ils n’ont pas accès à Internet», soulève Tiffany Calender, travailleuse communautaire à l’Association de la communauté noire de Côte-des-Neiges.

Ainsi, lors de leurs interventions auprès des personnes dans le besoin, les organismes proposeront à celles-ci de remplir le questionnaire sur une tablette.

«Ça va nous donner les outils pour adapter nos interventions pour être plus efficace auprès des populations touchées», a souligné le directeur de l’organisme Équipe RDP, Pierreson Vaval.

Données personnelles

En plus de demander une connexion à travers un compte Facebook ou Google, Thecolorsofcovid demande aux répondants de fournir de nombreuses informations , entre autres sur leur statut d’emploi, de logement, ainsi que s’ils ont reçu de l’aide financière gouvernementale.

Questionné sur les enjeux entourant la protection des données personnelles, M. Lindor a voulu se montrer rassurant.

«Les données seront encryptées, même pour nous à l’interne, a-t-il indiqué. C’est pratiquement impossible pour quiconque de pirater ces données. Le seul moment où il y aura une décryption, c’est quand les chercheurs de l’Université McGill vont l’analyser.»

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