Montréal
05:00 21 octobre 2020 | mise à jour le: 21 octobre 2020 à 12:09 temps de lecture: 6 minutes

Imbroglio autour d’un édifice insalubre dans Côte-des-Neiges

Imbroglio autour d’un édifice insalubre dans Côte-des-Neiges
Photo: Josie Desmarais/MétroTheodros Wolde, de l'organisme ACORN Canada s'insurge qu'on demande aux gens de déménager en pleine pandémie, sans leur offrir de nouveau logement.

Les locataires de 47 chambres doivent déménager d’ici fin décembre pour que la Ville et des organismes communautaires puissent rénover leurs logements insalubres. Toutefois, l’organisme ACORN déplore que la Ville de Montréal ne leur offre aucun logement pour se reloger. Et ce, en pleine pandémie.  

La confusion règne au 2965 rue Goyer dans le quartier Côte-des-Neiges. Les locataires de cet édifice insalubre sont sommés de quitter les lieux pour que la Ville et l’organisme Hapopex, propriétaire depuis fin août du bâtiment, puisse rénover leurs logements dans le cadre du programme AccèsLogis

Hapopex (Les Habitations populaires de Parc Extension) est un organisme voué à l’acquisition, à la transformation et à la gestion des bâtiments résidentiels à vocation communautaire.

L’idée est de rénover 80% du bâtiment, et de tout décontaminer jusque sous les dalles. Le directeur d’Hapopex, Christian Lefebvre, estime la durée des travaux à un an minimum. Voire 15 mois, selon les aléas du chantier. 

À date, seuls une quinzaine de locataires ont quitté les lieux. 

Pour Theodros Wolde, président de ACORN LaSalle, organisme de lutte et de défense des droits des locataires et des personnes à faible et moyen revenu, Montréal agit exactement de la même façon que les compagnies privées qui expulsent leurs locataires de leurs logements pour faire des «rénovictions». 

«Nous sommes en pleine pandémie, il n’y a pas de place pour louer et ça coûte cher! On leur demande de partir alors que Montréal est en code rouge et qu’on nous dit de ne pas bouger de chez nous!» -Theodros Wolde 

Pour M. Wolde d’ACORN, c’est à l’organisme qui met les gens dehors que revient la responsabilité de trouver de nouveaux logements aux locataires de Montréal.  

«C’est dans leur intérêt!»

«C’est aux locataires de trouver un autre logement, indique à Métro Mazen Houdeib, le directeur général de Romel, organisme d’aide aux personnes les plus vulnérables, responsable ici de la gestion et de la coordination du projet. 

Pour autant, Hapopex leur offre plusieurs solutions. Par exemple, des références à d’autres immeubles, notamment dans le cadre d’un partenariat avec l’Office municipal d’Habitation. Ou encore en mettant certains de leurs logements à disposition. 

«Ça fait partie de notre mission d’être là pour ces populations-là, explique M. Lefebvre d’Hapopex. Mais on n’a pas 36 logements vacants. Et on ne peut pas faire des omelettes sans casser des oeufs! On comprend qu’il y ait un coût de transition, mais on n’a pas de solution magique.»

Lefebvre assure que si tout le monde n’avait pas trouvé de logement par lui-même, il ne laisserait personne à la rue.

«Mais la pandémie a le dos large, ajoute-t-il. On connaît les mesures sanitaires et les protocoles depuis avril maintenant. C’est une inquiétude mais pas un empêchement. Ça peut être une excuse pour certains.»  

Quelque 400 dollars pour partir

À 57 ans, Marco Mendoza fait partie des locataires. Ce dernier craint que les personnes âgées vivant ici depuis plusieurs années ne puissent trouver un loyer abordable et se retrouvent à la rue.   

Au chômage, l’homme raconte à Métro qu’on lui a offert un montant de 400 dollars pour quitter son logement. Un logement qu’il pourra retrouver à la fin des travaux, tel que prévu par la loi. 

Il assure, pour le moment, n’avoir rien touché. Cela lui a coûté 450 $ pour déménager, dit-il. 

«Ce n’est pas normal que Montréal leur pitche de l’argent et qu’on leur dise de se trouver des logements en pleine pandémie», déclare Thedoros Wolde d’ACORN. Pour lui, «ce n’est pas la meilleure façon de faire.»

Mazen Houdeib de l’organisme Romel confirme que le locataire qui déménage reçoit un montant servant à couvrir ses frais de déménagement. «C’est la Ville qui le calcule», dit-il à Métro

Pour recevoir ce montant, il faut toutefois présenter le nouveau bail signé, comme l’indique M. Lefebvre d’Hapopex. Il assure que tous les locataires ayant présenté leur bail d’ici le 1er décembre recevront la compensation d’ici fin 2020. 

Des rénovations compromises?

Pour M. Houdeib de Romel, les locataires ont «tout intérêt à nous aider» puisqu’il s’agit de la rénovation de leur logement délabré. 

«S’ils ne partent pas, on ne pourra pas faire les rénovations. Il y a un moment critique où l’on peut perdre des contrats. Lors d’un appel d’offres public, un entrepreneur vient avec un prix garanti pendant 3 ou 4 mois peut-être.» -Mazen Houdeib  

«Ça pourrait nous coûter une fortune», lâche même Christian Lefebvre d’Hapopex. 

Et s’ils ont tous les deux conscience de l’insécurité que peuvent ressentir certains locataires, ils affirment que ce serait faux de dire qu’ils n’étaient pas au courant. Lettres, porte-à-porte, ainsi que deux rencontres se sont espacées entre juillet et octobre. 

«Mais que certains, plus vulnérables, n’aient pas compris, oui, c’est possible, conçoit M. Houdeib. On ne peut pas les blâmer mais nous on essaie simplement de les aider! Tout ça c’est dans leur intérêt!» 

Notons que les locataires pourront retrouver leur logement une fois rénové. Ils paient ensuite le loyer à hauteur de 25% de leur revenu. S’ils touchent l’aide sociale, ce montant est de 180 $, estime le directeur d’Hapopex. 

Contactée par Métro, la Ville a indiqué que les locataires encore sur place pourraient recevoir leur compensation avant leur départ.  «Il n’y a pas encore eu de compensation financière, mais le tout est prévu au budget du projet», a-t-elle indiqué.

Ce projet de rénovation est jumelé avec la rénovation d’un autre immeuble de CDN, chemin Bates, qui compte 31 logements. Certains de ses logements seront destinés à une clientèle ayant connu des enjeux de santé mentale. 

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