Montréal
05:00 18 novembre 2020 | mise à jour le: 18 novembre 2020 à 10:03 temps de lecture: 3 minutes

Des survivantes de violences conjugales créent une collection de vêtements

Des survivantes de violences conjugales créent une collection de vêtements
Photo: Gracieuseté - Auberge TransitionLes participantes au projet «Renaître» à l'oeuvre.

Des femmes ayant été victimes de violences conjugales sont derrière la création d’une nouvelle collection de vêtements appelée Renaître. Le but de l’initiative encadrée par l’entreprise de mode Niango et l’Auberge Transition est d’aider ces femmes à aborder les événements de leur passé.

La première étape du projet a été de rassembler les participantes au cours d’ateliers où elles pouvaient librement avoir une réflexion personnelle sur leur cheminement.

«Il était question de créer une communauté, de créer des opportunités pour rencontrer d’autres femmes. De briser leur isolement afin qu’elles puissent se rencontrer dans un espace sécuritaire pour discuter de leurs problèmes, se sentir comprises et ne pas être jugées», explique Rachel-Diane Epoupa, designer et fondatrice de Niango.

C’est durant ces ateliers qu’elles ont pu créer des pièces de vêtements de la collection.

Le projet est maintenant rendu à l’étape de financer un événement en vue de présenter les différents morceaux. «Les projets d’art communautaire ont des objectifs aussi de sensibilisation», indique Mme Epoupa.

Par ailleurs, 20% des bénéfices de la collection Renaître iront aux cinq participantes. «Ça va les aider à reprendre financièrement le pouvoir sur leur vie, assure Mme Epoupa. La majorité des femmes qui ont été victimes de violences conjugales vivent dans la précarité ou sont à risque de vivre dans la précarité.»

Pour faciliter le choix des tissus, par exemple, et la communication entre les femmes, toutes les rencontres ont eu lieu en personne.

Rachel-Diane Epoupa a elle-même grandi dans un milieu difficile. Toute sa vie, elle s’est engagée pour aider celles qui souffraient. Le nom de son entreprise, «Niango», signifie «femme» en langue bassa’a et duala du littoral du Cameroun.

Se retrouver entre elles

Les rencontres ont lieu dans les locaux de l’Auberge Transition, à Saint-Laurent. Une intervenante accompagnait les participantes pour les soutenir émotionnellement durant les ateliers.

«Les femmes étaient ouvertes à s’exprimer, et étonnamment, on a vu qu’elles étaient quand même très positives par rapport à leurs expériences du passé, leur vécu de violences», souligne la coordonnatrice chez Auberge Transition, Karina Zeballos.

Julie gardera un bon souvenir de ces ateliers. Elle a subi des abus pendant près de 14 ans,

«C’est un contrôle qui se prend au fur et à mesure, de l’autre personne sur toi […], dit-elle. C’est beaucoup de choses qui, tranquillement pas vite, vont aller plus loin…»

Julie a été obligée de s’éloigner des arts, qu’elle aimait. Et «Renaître» lui a permis de retrouver cet intérêt mis de côté trop longtemps.

«Juste de ne pas se sentir jugée pour les couleurs [choisies], c’est vraiment minime pour certaines personnes, mais quand t’as vécu ça pendant des années… T’as le conjoint qui peut être violent, mais t’as aussi tout l’entourage qui ne comprend pas la réalité», détaille Julie.

En 2015, plus de 19 400 personnes ont été victimes de crimes contre la personne dans un contexte conjugal, rapporte le ministère de la Sécurité publique du Québec. Du nombre, 78% étaient des femmes.

8 500$

On espère recueillir 8 500$ pour financer les dernières étapes du projet. Près de 2 700$ ont été amassés en date du 11 novembre.

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