Montréal
11:39 8 juin 2021 | mise à jour le: 8 juin 2021 à 16:15 Temps de lecture: 4 minutes

COVID-19: l’alarme a été sonnée dès janvier 2020 au CHSLD Yvon-Brunet

COVID-19: l’alarme a été sonnée dès janvier 2020 au CHSLD Yvon-Brunet
Photo: Josie Desmarais/Journal MétroLe Centre d'hébergement Yvon-Brunet

Une conseillère en prévention des infections en charge de sept établissements, dont le CHSLD Yvon-Brunet situé dans le Ville-Émard, avait sonné l’alarme au sujet de la COVID-19 dès janvier 2020.

L’établissement, accablé par 73 décès, fait l’objet d’une enquête publique présidée par la coroner Géhane Kamel au palais de justice de Laval. 

Mardi matin, la conseillère en prévention Diane Brière a expliqué à la barre qu’elle avait été renseignée sur le coronavirus dès janvier 2020 par le biais des employés d’un autre centre sous sa responsabilité appelé «l’hôpital chinois». 

Cet hôpital a comptabilisé beaucoup moins d’infections que les autres établissements chapeautés par le même CIUSSS étant donné que les employés, majoritairement des Chinois, étaient au courant de ce qui s’était passé en Chine au mois de janvier. 

«Il y avait des employés de l’hôpital chinois qui étaient en vacances là-bas parce que c’était le Nouvel an chinois, donc ils allaient visiter de la famille. Quand ils revenaient, évidemment, ils nous faisaient part de ce qu’ils avaient observé là-bas: qu’il y avait beaucoup de cas de COVID à ce moment-là, qu’il y avait des employés dans les hôpitaux qui étaient malades, qu’il y avait des infirmières et des médecins qui décédaient», a expliqué Diane Brière.

Dès le mois de janvier, les employés de «l’hôpital chinois» ont commencé à porter des masques qu’ils s’étaient achetés personnellement pour se protéger. 

«Je prenais ça très au sérieux»

À partir de ce moment, Diane Brière prévient son supérieur immédiat, ainsi que ses collègues qu’il faut être «vigilants». «On avait des réunions d’équipe et je l’avais mentionné à ce moment-là qu’on avait des employés de l’hôpital chinois qui rapportaient ce qui se passait là-bas et que ce n’était pas juste une grippe, qu’ils étaient très inquiets de la situation», a-t-elle raconté.

Lors de ses visites quotidiennes dans les centres sous sa responsabilité, notamment le CHSLD Yvon-Brunet, Diane Brière en parle également aux «responsables de site» et au personnel de soins.

«Je prenais la situation au sérieux parce que je constatais que, effectivement, ce qu’il se passait là-bas ce n’était pas une simple grippe d’après les informations qu’on avait», a souligné Mme Brière. 

Toutefois, la conseillère ne recommande pas tout de suite le port masque puisqu’elle comptait vérifier l’information auprès de ses supérieurs pour voir si une consigne en ce sens allait être imposée. «La recommandation écrite je l’ai faite un peu plus tard en avril quand on a commencé à avoir les premiers cas de COVID positifs», a-t-elle ajouté.

Questionnée par la coroner, Diane Brière a reconnu avoir sonné l’alarme dès janvier, mais n’avoir pas été entendue. «Force est de constater que c’est ce qui est arrivé. Mais ce n’est pas nous qui prenions les décisions», a-t-elle ajouté. Les directives venaient de la Santé publique et du ministère de la Santé et des Services sociaux. 

Une zone chaude mise en place trop tard

Par ailleurs, la conseillère en prévention des infections a admis qu’une zone chaude aurait dû être instaurée plus tôt. 

La première rencontre visant à délimiter des zones au CHSLD Yvon-Brunet s’est tenue le premier avril. Durant la première vague, il n’y a cependant jamais eu de zone chaude dans l’établissement. 

En effet, juste après les transferts, l’équipe s’est rapidement rendu compte que trop de bénéficiaires étaient déjà contaminés, a indiqué Diane Brière. «Peu de temps après, on se rendait compte qu’ils avaient des symptômes. […] Malheureusement, à au moins deux reprises, ça n’a pas eu le succès escompté», a précisé Mme Brière. 

Hier, on apprenait qu’il fallait attendre entre cinq et dix jours pour qu’un cas de COVID-19 soit confirmé au CHSLD Yvon-Brunet au plus fort de la première vague. La directrice de la Santé publique de Montréal, Mylène Drouin, a affirmé que cela était dû au manque de tests disponibles et à leur décentralisation.

Les audiences de l’enquête sur le CHSLD Yvon-Brunet ont débuté lundi, et s’échelonneront jusqu’au 14 juin. À compter du 15 juin, les audiences porteront sur le CHSLD Sainte-Dorothée de Laval.

 

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