Montréal
15:28 9 juin 2021 | mise à jour le: 9 juin 2021 à 17:00 temps de lecture: 4 minutes

Enquête CHSLD Yvon-Brunet: «mon père méritait mieux»

Enquête CHSLD Yvon-Brunet: «mon père méritait mieux»
Photo: Josie Desmarais/Journal MétroLe Centre d'hébergement Yvon-Brunet

Au troisième jour de l’enquête publique portant sur les décès de personnes âgées survenus dans des milieux d’hébergement au cours de la première vague de COVID-19, la fille d’un des résidents décédés au CHSLD Yvon-Brunet est revenue sur les dernières heures éprouvantes de la vie de son père.

«Mon père méritait mieux», a-t-elle déclaré à la coroner qui préside l’enquête, Géhane Kamel.

Ephrem Joseph Grenier, 95 ans, est mort des suites de la COVID-19 le 12 avril au CHSLD Yvon-Brunet, situé dans Ville-Émard.

Sa fille Johanne Grenier affirme que son père et les 72 autres résidents décédés «ont été laissés pour compte sans plan d’action pour sauver leur vie, sans mesure sanitaire et sans équipement nécessaire pour combattre l’un des virus les plus mortels des 50 dernières années».

En effet, à cette époque, les seules mesures mises en place dans l’établissement étaient l’isolement, l’interdiction des visites, le lavage des mains et quelques masques à oxygène.

«Trois heures avant que mon père meure, on m’a dit: “on va enlever le masque à oxygène à ton père, il n’en a plus besoin et on en manque.”» -Johanne Grenier, fille du défunt

Une dernière visite traumatisante

Si la famille de Ephrem Joseph Grenier avait l’habitude de le visiter très fréquemment, tout cela s’est arrêté à partir du 14 mars.

Les cinq enfants du défunt ont seulement pu le revoir quelques minutes avant son décès, le 12 avril. Ils ont alors constaté «avec horreur» sa mauvaise condition et «l’état lamentable» de sa chambre.

«Durant tout ce temps, les jaquettes, couches et draps souillés étaient gardés dans sa chambre dans des sacs de plastique à côté de lui. On se demandait comment on peut combattre un virus aussi puissant avec des détritus à ses côtés?», a déclaré Johanne Grenier.

De plus, Mme Grenier dit avoir observé que les portes des chambres de plusieurs résidents étaient ouvertes et que ces bénéficiaires ne portaient pas de masques.

Sonia Grenier, une autre fille de M. Grenier, dit même avoir vécu un choc post-traumatique durant des mois à la suite de cette dernière visite qu’elle compare à une «scène de film de guerre».

«Nous ne nous remettrons jamais de la façon dont notre père est mort, a-t-elle ajouté. C’est comme s’il avait eu un accident, un accident qui aurait pu être évité…»

La famille Grenier ne blâme pas le personnel du CHSLD

Il est évident pour la famille de Ephrem Joseph Grenier que l’insalubrité et la décrépitude des lieux, en plus du manque d’équipement sanitaire et l’inertie du gouvernement ont amené à «l’hécatombe» des résidents du CHSLD Yvon-Brunet.

Toutefois, les enfants de M. Grenier sont clairs: ils ne portent aucun blâme sur les membres du personnel soignant du centre d’hébergement. «Ils ont fait ce qu’ils ont pu avec le peu qu’ils avaient», a souligné Johanne Grenier.

Elle espère que les 73 décès n’auront pas été en vain et que des mesures «drastiques» seront imposées afin qu’une telle situation ne se reproduise jamais.

Les audiences de l’enquête sur le CHSLD Yvon-Brunet ont débuté lundi au palais de justice de Laval, et s’échelonneront jusqu’au 14 juin. À compter du 15 juin, les audiences porteront sur le CHSLD Sainte-Dorothée de Laval.

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