Montréal

Côte-des-Neiges–NDG, le grand inconnu des élections

Photo: Josie Desmarais / Métro

Aujourd’hui, Métro présente une série d’enjeux locaux importants dans le cadre des élections municipales à Montréal. Dans cet article, nous revenons sur certains des grands enjeux de CDN-NDG et sur la joute à trois qui se joue dans un contexte plutôt particulier.

S’il existe un arrondissement où tout peut arriver lors des élections du 7 novembre, c’est bien Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce. Entre promesses sur le logement, enjeu de la sécurité et bataille politique aux nombreux rebondissements, Côte-des-Neiges est un arrondissement à surveiller. Métro s’est entretenu avec trois candidats de poids du secteur, notamment sur les thèmes de la sécurité et du logement.

Sue Montgomery, wild card

L’arrondissement est emblématique de certains thèmes chers aux Montréalais, en tête de liste le logement et la sécurité. Mais la cerise sur le gâteau, c’est la joute politique serrée qui se joue sur le territoire. Entre la mairesse sortante Sue Montgomery, l’ex-chef de l’opposition Lionel Perez et la nouvelle venue de Projet Montréal, Gracia Kasoki Katahwa, tout peut se jouer.

En quatre ans, l’arrondissement a connu quatre bannières. Il est passé de Coalition Montréal à Ensemble Montréal tout juste avant l’élection de 2017, puis est passé à Projet Montréal avec Sue Montgomery le jour de l’élection. Ensuite, Mme Montgomery a été exclue du parti et a fondé Courage – Équipe Sue Montgomery.

M. Perez joue la carte de l’expérience. Ses 12 ans en tant que conseiller municipal, ses quatre ans en tant que membre du comité exécutif et son passage comme chef de l’opposition pendant le mandat de Valérie Plante ont fait du candidat «une valeur sûre». Il résume sa candidature comme un amalgame de «compétence, expérience, connaissance». «On doit aller chercher les financements supplémentaires dont l’arrondissement a besoin. Pour nous, c’est très important d’avoir un milieu inclusif et de bâtir une communauté verte et durable.»

M. Perez et son chef Denis Coderre ont notamment reçu l’appui de Marvin Rotrand, ex-rival et doyen du conseil municipal. M. Rotrand est fort populaire dans son arrondissement.

L’appui à Projet Montréal est fort, historiquement, dans plusieurs quartiers de CDN-NDG. Mais Gracia Kasoki Katahwa est une nouvelle venue et elle aura pour mission de faire sa place dans ce monde politique qu’elle découvre. Le défi pour Mme Kathawa sera de se faire un nom entre M. Perez et Mme Montgomery. «C’est la première fois que je mets mon visage sur le poteau, mais je ne suis pas une novice en politique publique, dit-elle. Je suis engagée dans la communauté. À CDN-NDG, on a besoin d’une personne qui place le bien-être au cœur de ses actions.» Elle veut apporter un renouveau et avancer, entourée d’une équipe qui «mélange expérience et nouvelles perspectives», car «les conflits de Mme Montgomery prennent trop de place» et «les gens sont restés sur leur faim ces quatre dernières années».

La bisbille politique a toutefois causé des ravages dans l’arrondissement. La joute entre Mme Montgomery et Valérie Plante a fait les manchettes à plusieurs reprises, éclaboussant chaque partie. Et Projet Montréal a perdu un autre conseiller dans l’arrondissement, Christian Arseneault, en 2020.

Reste la mairesse sortante, Sue Montgomery. Celle-ci pourrait bien se tailler une place dans une élection qui, en dehors de Côte-des-Neiges, se joue strictement entre Ensemble Montréal et Projet Montréal. Son arrondissement lui tient à cœur et elle garde la barre contre vents et marées. Malgré sa mise en accusation par la Commission municipale du Québec pour ne pas avoir licencié sa directrice de cabinet, soupçonnée de harcèlement psychologique, elle est candidate à sa réélection sous sa propre bannière. Elle veut se battre pour son arrondissement, car «la ville-centre l’a oubliée».

Dans le cadre de ces élections, Mme Montgomery se positionne en tant que «mairesse à temps plein» et ne siégera dans aucune commission, et ce, pour se dévouer entièrement à Côte-des-Neiges–NDG. Selon elle, le fait que le parti de Denis Coderre aligne M. Perez au poste de candidat à la mairie montre qu’il est en «mode panique». «Je représente une menace, je pense qu’ils ont peur de moi. Quand je fais du porte-à-porte, M. Perez n’a pas beaucoup d’appuis et n’est pas connu. Malgré qu’il soit au conseil d’arrondissement depuis 2009, les gens n’arrivent pas à nommer une chose qu’il ait faite. Je lui souhaite bonne chance, mais je pense que j’aurai un autre mandat.»

Les autres candidats au poste de maire d’arrondissement sont Matthew Kerr (Mouvement Montréal), Alexander Montagano (Équipe CDN – NDG) et Neal Mukherjee (Action Montréal).

Logement, bataille de chiffres

S’il y a bien un lieu dans CDN-NDG qui attire les promesses électorales en matière de logement, c’est bien l’ancien hippodrome. Tous les partis y vont de leurs propositions. Projet Montréal s’est engagé à réaménager le secteur Namur-Hippodrome pour en faire le «premier quartier carboneutre» de Montréal. Celui-ci abriterait près de 7500 logements, dont au moins 4000 logements sociaux et abordables. «Le logement sera la question de l’urne et c’est mon dossier prioritaire. Projet Montréal veut augmenter le parc immobilier, et je veux travailler sur le droit de préemption pour acheter des terrains ou des immeubles et en faire du logement social et abordable», explique la candidate de Projet Montréal, Gracia Kosaki Katahwa. 

Pour Lionel Perez, les chiffres avancés par Projet Montréal sont «gonflés et non crédibles». Ensemble Montréal propose plutôt le développement de 6000 logements sur le site de l’ancien hippodrome et fait valoir que 30% de logements sociaux y verront le jour. «Et tous les terrains acquis par la Ville devraient intégrer ce 30% de logements sociaux.»

«Tous les ingrédients sont réunis à Blue Bonnets pour en faire un quartier sécuritaire et vert. Le potentiel est grand, car l’on est proche de tout», indique-t-il.

Du côté de la mairesse sortante, 2500 logements sociaux seront construits à l’hippodrome, en plus d’autres logements. Ces derniers ne sont toutefois pas encore chiffrés. «Deux autres projets avec logements abordables et accessibles dans le quartier de NDG sont envisagés, et nous allons transformer le Théâtre Empress [en immeuble d’habitation]», affirme Mme Montgomery

L’Organisation d’éducation et d’information logement de Côte-des-Neiges (ŒIL) établit les besoins de l’arrondissement autour du logement social mais aussi en termes d’entretien des immeubles actuels. «L’accès à un logement social et abordable en bon état et l’insalubrité des logements existants sont des points qui méritent des réponses urgentes dans l’arrondissement afin de garantir la dignité humaine des locataires. La crise du logement que connaît la ville de Montréal n’épargne pas notre arrondissement. En réalité, nous pouvons raisonnablement soutenir l’hypothèse qu’elle est plus exacerbée dans notre quartier que dans le reste de la ville.»

L’ŒIL place beaucoup d’espoir dans le développement de l’hippodrome. Un projet que les résidents attendent «depuis une trentaine d’années».

Mme Montgomery indique avoir «augmenté le nombre d’inspecteurs et d’amendes, et amélioré le suivi des plaintes» pour remédier aux problèmes d’insalubrité pendant son mandat. Elle ajoute vouloir continuer dans cette voie.

Sur la question des rénovictions, Mme Kathawa et Projet Montréal instaureraient un «certificat du propriétaire responsable» de manière à ce que les propriétaires ne puissent pas accéder à des subventions de rénovation s’ils ne sont pas signataires. Quant à M. Perez, il souhaite mettre en place un «programme d’inspection préventif». Ainsi les promoteurs ne pourront invoquer le mauvais état des logements comme prétexte à des rénovictions. En plus, un partenariat avec des cliniques juridiques devrait voir le jour pour «défendre les locataires contre les promoteurs aux pratiques douteuses et rétablir le déséquilibre de pouvoir».

Le «Far Ouest» des voies de faits

L’arrondissement est loin de connaître la même recrudescence d’incidents impliquant des armes à feu que des arrondissements de l’Est et du Nord, comme Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Montréal-Nord ou Rivières-des-Prairies. Mais à Montréal, c’est bien la région ouest qui enregistre le plus de crimes contre la personne, soit 6282 selon le dernier rapport 2020 du SPVM. Cette région comprend CDN-NDG.

Le poste de quartier 26, qui maille le territoire de CDN-DNG, est le deuxième dans toute la ville à enregistrer le plus de crimes contre la personne. Il est à noter que la majorité des crimes contre la personne (1301) concernent des voies de faits (759), ce qui pourrait se justifier par la forte population qui y réside. Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce demeure l’arrondissement le plus populeux de Montréal avec 166 520 habitants, suivi par Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension (143 853 habitants) et Rosemont–La Petite-Patrie (139 590 habitants), selon les dernières données du recensement. Toutefois, dans ce poste de quartier 26, la proportion de tentatives de meurtres (3) et d’homicides (0) est plus faible que dans d’autres quartiers «chauds».

Le thème de la sécurité, cher à Ensemble Montréal, se traduirait par une augmentation de l’effectif policier dans la ville avec 250 recrues supplémentaires. «Embaucher pour combler le besoin et ainsi s’assurer d’avoir les effectifs nécessaires. Ensemble Montréal est le parti le plus apte sur les enjeux de la sécurité», soutient M. Perez. Il regrette, par ailleurs, la fusion des postes de quartiers 11 et 9, qui a été «faite sans consultation».

Écoutez cet extrait de la «converse» du journaliste de Métro, Pascal Gaxet, enregistrée lors de son passage en ondes à la station de radio CIBL, samedi.

Pour améliorer la quiétude, Mme Kathawa entend investir dans les différentes escouades de la police, tout en travaillant avec les organismes communautaires sur place. Elle aimerait que les policiers restent en place dans un secteur pour un minimum de trois ans afin de prendre le temps de créer du lien. Cette idée de plus de policiers de proximité est aussi prônée par la mairesse en place. «Il nous faut une police qui vit dans la communauté, beaucoup trop d’entre eux vivent ailleurs à Montréal. J’aimerais créer et financer des équipes non armées en marge du SPVM pour les problématiques de santé mentale par exemple», propose Mme Montgomery.

L’issue des élections du 7 novembre est donc plus qu’incertaine dans Côte-des-Neiges–Notre-Dame-de-Grâce, alors que les enjeux sont majeurs. Les résultats pourraient alimenter d’importantes réflexions pour tous les partis.

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