L’organisme Stella pourra déménager au Quartier chinois
L’organisme Stella, qui offre des services aux travailleuses du sexe, pourra bel et bien déménager dans un édifice du Quartier chinois. Certains résidents conservent toutefois certaines appréhensions.
Stella souhaite aménager ses bureaux administratifs dans un édifice à deux étages situé sur l’avenue de l’Hôtel-de-Ville. Il ne s’agit pas d’un centre de jour, ni d’un refuge, ni d’un site d’injection supervisée. En plus des bureaux administratifs, l’emplacement permettra à l’organisme d’organiser certaines activités pour ses clientes, comme des ateliers de prévention et des loisirs. L’édifice contiendra aussi une salle adaptée aux cliniques médicales tenues les mardis.
Le zonage permet ce type d’utilisation, mais l’arrondissement doit aprouver l’ajout d’un usage conditionnel. Cet approbation aura lieu mardi soir lors de la séance pubique du conseil d’arrondissement.
Ce déménagement permettra à Stella d’assurer une certaine stabilité en devenant propriétaire de ses locaux, selon la directrice générale de l’organisme, Sandra Wesley. Actuellement, l’organisme loue un espace sur la rue Parthenais.
«L’immeuble actuel est vieux, et il n’est pas très accessible. Pour certaines femmes, ça peut être difficile de venir nous voir», souligne-t-elle en entrevue.
Trop plein des résidents
L’approbation devait avoir lieu en février, mais l’arrondissement l’a retardée d’un mois. Certains résidents avaient manifesté leur opposition au projet et l’arrondissement souhaitait les consulter davantage.
Les résidents contactés par Métro soulignent que le secteur compte déjà de nombreuses ressources pour des groupes marginalisés. Certains d’entre eux occasionnent des problèmes de voisinage. Les opposants craignent que le phénomène se répète avec Stella.
«Nous ne sommes pas contre la mission de Stella. Le problème, c’est que chaque fois qu’on cherche où mettre un organisme comme ça, le réflexe c’est de l’envoyer au Quartier chinois», affirme Yvan Michaud, secrétaire de l’Association des résidents du Quartier chinois.
Le Quartier chinois et les rues adjacentes compte effectivement plusieurs ressources communautaires. L’organisme La rue des femmes y a élu domicile, tout comme Projets autochtones du Québec. La Mission Old Brewery se trouve tout près de l’entrée sud, alors que le site d’injection CACTUS est un peu au nord sur une partie de la rue Saint-Dominique baptisée «l’allée du crack».
M. Michaud souhaite un moratoire sur l’ajout de ressources communautaires dans le Quartier chinois. Il s’est d’ailleurs opposé à un projet de logements pour personnes itinérantes que la Mission Old Brewery veut développer dans le secteur.
Suzanne Félx, une femme de 82 ans, s’oppose aussi au projet. Elle craint moins les usagères de Stella que les proxénètes qui pourraient être tentés de rôder dans les parages. Elle souligne que le sentiment d’insécurité est déjà fort.
«Les personnes âgées, on ne sort plus dans la rue. On est pris dans nos maisons», dit-elle.
Victime des problèmes des autres?
Sandra Wesley déplore que Stella reçoit le trop plein des résidents alors que son organisme n’en est pas responsable.
«Ça fait 30 ans qu’on est en opération, et on n’a jamais eu de problèmes de voisinage de ce type», dit-elle.
La vaste majorité des interventions de Stella n’ont pas lieu dans ses bureaux mais directement auprès de sa clientèle, souligne Mme Wesley.
Elle ajoute que des entreprises et des organismes bien plus dérangeants pourraient s’installer dans l’édifice de l’avenue de l’Hôtel-de-Ville. «Un refuge pourrait venir ici sans avoir à passer par l’arrondissement parce que c’est déjà un usage approuvé. Un Airbnb aussi.»
Selon Mme Wesley, les préoccupations sont surtout d’ordre moral plutôt que sécuritaire.