Simon Brault: «Nos institutions doivent cesser d'être des bunkers»
Métro s’est entretenu avec Simon Brault, président de Culture Montréal, qui réagit à l’article sur le Metropolitan Report, «Casaniers, les Montréalais?».
Les jeunes Montréalais consomment moins de culture que leur aînés. C’est surprenant?
Il y a toute une génération de jeunes nés après 1975 qui sortent peu et qui, à 80 %, vivent leur rapport aux arts à travers l’internet, selon une récente étude américaine. Ils fréquentent donc moins les institutions culturelles traditionnelles.
Les musées, par exemple, auraient-ils intérêt à se renouveler?
Ils ont intérêt à sortir de leurs murs. On voit que les Montréalais vont dans les restos et les bars. On a intérêt à profiter de l’activité dans ces endroits. Il faut que nos institutions se cantonnent moins dans des bunkers et sortent davantage dans la rue. Les jeunes veulent sortir. Il faut simplement leur offrir quelque chose qui les intéresse. Il faut utiliser davantage les médias sociaux. On n’est plus à l’époque des abonnements. On n’est plus à l’époque où on met une annonce dans la presse et on attend que le public vienne. Il faut aller chercher les jeunes. Les institutions qui vont tarder à renouveler leur offre vont se retrouver en danger dans 10 ans.
Les choses vont-elles mal?
Je crois qu’à Montréal, on peut se bercer d’illusions et croire que les choses vont bien aller encore pour un certain temps parce que la cohorte des bébé-boumers a encore une quinzaine de bonnes années devant elle. On peut donc continuer à lui vendre des billets.
Devrait-on envisager la gratuité dans les musées?
La gratuité peut aider. On voit de plus en plus de musées dans le monde qui sont gratuits. Mais la gratuité, en tant que telle, ne fait pas sortir les gens. Il faut aller les chercher et créer des «événements» pour qu’ils se disent : «Il faut que je sois là.»
Montréal mérite-t-elle encore son titre de métropole culturelle?
Oui, mais durant les festivals, la clientèle ne vient pas que de Montréal, mais aussi des banlieues. Quand le Cirque du Soleil vend tous ses billets, on sait que la majorité est achetée par les banlieusards et non par les Montréalais. Parce que la population de Montréal est plus diversifiée et plus pauvre. L’été à Montréal, ça va bien. L’enjeu, c’est plutôt la fréquentation régulière pendant toute l’année.