L’école Baril: un bijou patrimonial qui doit être détruit
Les élus et la Commission scolaire de Montréal (CSDM) semblent toujours vouloir démolir l’école Baril, malgré un avis de la division du patrimoine de la Ville de Montréal soulignant sa grande valeur architecturale, historique et sociale.
Cet «énoncé de la valeur patrimoniale» de l’édifice a été déposé mercredi matin au comité exécutif de la Ville de Montréal. Sans émettre de recommandation par rapport à la démolition ou à la restauration de cette école d’Hochelaga-Maisonneuve aux prises avec de graves problèmes de moisissures, les auteurs du rapport y vantent ses mérites.
«C’est un document puissant qui va dans le sens du maintien de l’école», a reconnu Réal Ménard, maire de l’arrondissement de Mercier-Hochelaga-Maisonneuve.
Cette évaluation ne semble toutefois pas ébranler la décision de la CSDM, annoncée en février dernier, de la démolir pour en reconstruire une nouvelle sur le même site. Pour procéder à l’opération, 19M$ ont déjà été octroyés par le ministère de l’Éducation.
«Les bâtiments sont moisis à l’intérieur des murs de maçonnerie, et on a reçu une lettre de la Direction de la santé publique nous disant qu’il y avait des risques que les moisissures reviennent à moyen terme si on reconstruisait à l’intérieur de ces murs, a affirmé la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon. On ne peut pas prendre ce risque pour la santé du personnel et des enfants.»
L’énoncé du Conseil du Patrimoine ne restera toutefois pas lettre morte, assure Mme Harel-Bourdon. «Nos architectes vont prendre en compte les caractéristiques patrimoniales de l’immeuble dans leur plan de la nouvelle construction, a-t-elle signalé. On pourrait garder des éléments du bâtiment ou s’en inspirer.»
M. Ménard a de son côté l’intention de s’en remettre à la CSDM pour déterminer si le bâtiment peut être sauvé. «Ce que j’ai compris, c’est que la commission scolaire dit «non». Quand bien même on investirait des centaines de milliers de dollars, il y aura toujours un risque qu’on ait des moisissures», a-t-il plaidé.
Manon Gauthier, responsable du patrimoine au comité exécutif, soutien ce point de vue. «La recommandation de démolition soulève vraiment une question de santé publique, alors nous allons continuer en ce sens», a-t-elle fait savoir.
Il est aberrant que l’option de restaurer l’école ait été écartée, croit toutefois Robert Cadotte, membre de l’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve et ancien commissaire à la CSDM. «Les décisions se sont prises en panique et sur une base électorale, s’est-il désolé. On va payer des centaines de millions pour rien et passer à côté de la restauration d’une des plus belles écoles de Montréal.»
M. Cadotte dit se baser sur des avis d’experts pour indiquer qu’il serait possible de désinfecter l’école efficacement et à moindre coût que la reconstruction. Un rapport des architectes Beaupré Michaud et Associés, commandé par la CSDM et terminé en février dernier, recommande notamment la poursuite des travaux de restauration.
Bâtiment patrimonial
Quelques faits soulevés par l’énoncé du Conseil du patrimoine:
- L’école Baril a été construite entre 1910 et 1913 selon les plans d’architectes de renommée nationale.
- Son style d’inspiration Beaux-Arts est avant-gardiste pour l’époque et ses détails ornementaux sont d’une qualité exceptionnelle.
- Elle est l’un des éléments fondateurs d’Hochelaga et a une valeur importante pour ses habitants.
- Elle reflète plusieurs pans de l’histoire du quartier. Elle rappelle notamment le rôle des communautés religieuses dans l’éducation d’autrefois, la séparation entre les garçons et les filles et le souci de donner «le droit à la beauté» à la communauté d’Hochelaga.