Montréal

Une formation virtuelle pour les opérateurs d’Azur

Une formation virtuelle pour les opérateurs d’Azur
Photo by: Yves Provencher/Métro

Dès le mois de janvier, les 330 opérateurs de métro de la Société de transport de Montréal (STM) commenceront leur formation sur les voitures Azur. Et pas question d’embarquer dans un vrai train. Ils apprendront virtuellement à conduire les nouvelles voitures.

En prévision de l’arrivée des nouvelles voitures, la STM a complètement revampé son programme de formation. Plutôt que les opérateurs passent de longues heures en classe et complètent leur apprentissage à bord des nouveaux trains, ils apprendront à conduire les Azur grâce à des séances de «e-learning» et des simulateurs.

«[Avant], on ne pouvait pas faire un bon blitz de formation, a expliqué la chef de la section formation à la STM, Nicole Côté. Comme les voitures Azur s’en venaient et qu’on avait trois types de voitures de métro (MR-63, MR-73 et Azur), on s’est dit qu’on manquerait de temps pour former nos opérateurs. En plus, on n’a pas de train. Et quand on en aura, ils seront beaucoup moins disponibles. On ne peut plus les détacher parce que ce sont des trains de type boa. Tout cela a fait en sorte qu’on s’est enligné sur une formation avec des simulateurs, comme en Europe.»

La STM a consulté ses voisins européens, par l’entremise du Collège impérial de Londres, pour connaître les simulateurs qu’ils utilisent. Elle a notamment visité la Société nationale des chemins de fer français, qui exploite des trains à grande vitesse (TGV).

«On nous a dit qu’un chauffeur dans le simulateur ou dans le train, c’est la même affaire, a rapporté Mme Côté. Le simulateur est identique au train.»

[bignumber number= »98% »]«On a poussé loin le réalisme du simulateur, dit Roger Alie, agent de formation principal de la STM. Il est à 98% identique aux voitures Azur. Le 2% est lié aux vidéos. C’est comme un vrai train.»[/bignumber]

Après la publication d’un appel d’offres, la firme toulousaine Oktal a obtenu en 2011 le mandat de concevoir des simulateurs pour les voitures de métro de Montréal au coût de 4,5M$. Elle s’est alliée à Mechtronix – aujourd’hui Tru Simulation + Training –, une entreprise basée à Montréal qui fabrique notamment des simulateurs aéronautiques. Celle-ci a participé à la conception des simulateurs et a réalisé leur assemblage. Elle sera désormais en charge de leur entretien.

«En Europe, en Asie, en Afrique, il y a beaucoup de demandes de simulateurs de train. L’industrie y voit les avantages. Ils permettent d’avoir des opérateurs avec une expertise et de prévenir les accidents», a fait savoir le directeur des opérations commerciales de Tru Simulation + Training, Armen Keuleyan.

Avec les simulateurs, la STM croit être en mesure de diminuer la durée de formation des nouveaux opérateurs de métro de 36 à 26 jours. Quant aux opérateurs qui conduisent déjà les trains du métro, ils n’auront besoin que de cinq jours de formation, principalement avec les simulateurs.

«Les simulateurs coûtent beaucoup moins cher qu’un vrai train. Immobiliser un train pour faire de la formation, ça coûte des dizaines de millions.» – Roger Alie, agent de formation de la STM, qui a précisé que les simulateurs ont coûté 4,5M$ et que leur durée de vie est de 10 ans.

Depuis cet hiver, la STM possède 12 simulateurs de table grâce auxquels les opérateurs peuvent s’initier à la conduite des voitures MR-73 et des nouvelles Azur. La plupart des commandes y sont reproduites pour qu’ils apprennent les procédures à suivre.

Un autre simulateur, appelé Réplique, a également été livré dans les locaux du centre-ville de la STM. Il représente une copie parfaite de la loge des opérateurs dans les nouvelles voitures Azur. La disposition des boutons, des écrans et du bras de vitesse est identique. Sur un vaste écran, des images de synthèse 3D sont projetées. Les stations de métro y sont reproduites, de même que les clients impatients.

Par ailleurs, dans le simulateur, les opérateurs pourront ressentir les vibrations des voitures de métro. «Les tunnels, les courbes, les descentes, les montées ont été modélisés au centimètre près», a dit l’agent de formation principal pour l’exploitation du métro, Roger Alie.

Toutes les situations inimaginables qui requièrent une intervention des opérateurs de métro peuvent être reproduites dans le méga simulateur: un problème technique, un dégagement de fumée, un malaise d’un voyageur, la présence d’un intrus dans un tunnel et même une tentative de suicide. La STM a toutefois décidé de ne pas simuler ce dernier événement. «D’un point de vue pédagogique, on n’a aucune valeur ajoutée à simuler ce genre d’événement, a dit M. Alie. Les morts violentes dans le métro, ça fait partie de notre réalité et c’est très traumatisant.»

Si la conduite des voitures Azur est semblable à celle des autres voitures de métro, les possibilités de communication sont tout autres. Des caméras sont disposées dans chaque voiture. L’opérateur sera aussi en mesure de parler aux voyageurs d’une voiture en particulier et non de l’ensemble du train.

«La grande différence entre les trains actuels et les nouveaux trains, c’est un peu comme le DOS et Windows, a relaté Sylvain Paquet. Les opérateurs pourront voir ce qui se passe dans les trains à partir de leur siège. Présentement, s’il y a une porte qui est coincée, l’opérateur doit sortir dehors et voir laquelle pose problème. Avec les Azur, tout va se faire à partir du nouveau médium informatique.»

Roger Alie s’attend à ce qu’une partie des opérateurs de métro adorent les possibilités qu’offrent les voitures Azur et que d’autres y soient réfractaires. «On ne demande pas à nos opérateurs d’être des « Window’s freaks », a-t-il dit. On va les former pour utiliser les différents écrans.»

Les voitures de la STM en bref

  • MR-63. En prévision de l’ouverture du métro de Montréal, 369 voitures MR-63 ont été commandées en 1963 auprès de la compagnie Vickers.
  • MR-73. Les prolongements de métro réalisés dans les années 1970 exigeaient l’achat de nouvelles voitures de métro. Pas moins de 423 voitures MR-73 ont été commandées en 1973 à Bombardier.
  • Azur. Après une longue saga entourant le remplacement des voitures MR-63, le contrat a finalement été octroyé en 2010 au consortium Alstom-Bombardier. Celui-ci doit construire 468 voitures d’ici 2018. Un prototype a été livré ce printemps et un second le sera dans les premiers mois de 2015. Le deuxième prototype pourra être mis en service.

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