Manger et boire local
06:30 14 août 2014 | mise à jour le: 14 août 2014 à 14:00 Temps de lecture: 5 minutes

Repas 100% montréalais – défi relevé!

Repas 100% montréalais – défi relevé!
Photo: Yves Provencher/Métro

Le thème de l’autosuffisance alimentaire des villes sera au programme de l’École d’été en agriculture urbaine, qui s’amorce lundi à l’Université du Québec à Montréal (UQÀM). Pour tester la capacité agricole de Montréal, nous avons tenté de réaliser un repas de trois services en utilisant uniquement des ingrédients montréalais. État des lieux.

Poisson
«À Montréal, il y a de la variété et de gros poissons», indique Cyril Saison, biologiste et animateur du blogue de pêche Makwa Fishing. Parmi ses sites de prédilection, il cite le parc des Rapides de Lachine et ceux des îles Notre-Dame et Sainte-Hélène. «Là-bas, dans les canaux qui entourent le casino, j’ai déjà vu des filets qui ne disposaient pas du permis de pêche scientifique, alors il y a clairement du braconnage qui se fait», dit-il. En 2010, une vingtaine de personnes avaient été épinglées par la police pour pêche illégale dans le fleuve et distribution de près de 2000 poissons dans des commerces et des restaurants du Quartier chinois. Grâce à la générosité de Maxime Coulombe, un pêcheur croisé le long du canal de Lachine, on est reparti avec un bel achigan. Et non, il n’a jamais été malade. «Dans le Grand Nord, par contre, à cause des barrages, les poissons contiennent bien plus de mercure», dit-il.

Œufs
Grâce à la ferme D-Trois-Pierres (ferme écologique du parc-nature de Cap-Saint-Jacques) qui fait de la réinsertion sociale auprès des jeunes, on a récupéré du sirop d’érable, de l’ail et des œufs. Malgré la prohibition, il y aurait une centaine de poulaillers à Montréal, estime Catherine Huard, fondatrice de Plumes et jardins, un organisme lavallois offrant un atelier Poules urbaines 101. «On veut notamment casser les préjugés liés à l’odeur, au bruit et aux maladies», dit-elle. Avantage de la poule urbaine: elle pond environ 200 œufs frais par an. En comparaison, un œuf d’une poule d’industrie met environ trois semaines pour arriver sur les tablettes. En plus, la poule urbaine mange les déchets organiques, et même le gazon coupé! Pas étonnant alors que plusieurs municipalités françaises en offrent à leurs habitants pour réduire la facture de la collecte et de l’élimination des déchets.

Fruits et légumes
Au nord du Plateau, j’ai recueilli un chou, des tomates-cerises et des aubergines dans l’un des nombreux bacs disséminés partout à Montréal par les adeptes du mouvement des Incroyables Comestibles. «L’idée, c’est de planter sur le domaine public et de partager les récoltes avec tout le monde afin de reconnecter les gens à la nature», explique Marie Vincent, organisatrice communautaire à la Maison d’Aurore. Grâce à la ferme Pousse-menu, j’ai fait le plein de pousses germées. L’entreprise en produit 750kg par semaine à moins de 8 km du centre-ville. La collecte est complétée par un melon jaune planté dans l’un des 16 bacs de l’hôtel de ville (Denis Coderre ne mangera pas ses portions recommandées!) et de framboises récoltées le long de stationnements du centre-ville. Des framboises fumées au pot d’échappement, only in Montréal!

Miel
Les abeilles font un retour remarqué à Montréal. «À la fin de l’été 2013, il y avait 341 ruches sur l’île de Montréal. On devrait atteindre le chiffre de 500 cette année», lance Alexandre Beaudoin, cofondateur de Miel Mont­réal. L’hiver dernier son organisme a formé 65 nouveaux apiculteurs. «On leur conseille de se greffer à des projets existants, car dans certains secteurs, il y a trop de ruches par rapport à la capacité florale, ce qui entraîne une concurrence entre les ruches pour les ressources», dit-il. En 2013, les 20 ruches affiliées à Miel Montréal ont produit 500 kg de miel. En mélangeant les fonds de cuve avec de l’eau tiède et des pommes coupées pour faciliter le travail de la levure à champagne, Alexandre a obtenu après 6 mois, un hydromel à 12,6% dont il est assez fier. «Les levures ont réussi à digérer quasiment tout le sucre, alors il ne reste que le goût du miel du mont Royal», dit-il.


Résultats

Quand il a fallu trouver un chef pour cuisiner tout cela, on a évidemment pensé à Bob le chef, père fondateur de «l’anarchie culinaire». Pour les amateurs de chiffres, sachez que la douzaine d’ingrédients récupérés auront voyagé au total 192km avant de finir dans sa cuisine. En entrée on a eu droit à une salade de pousses germées, framboises, melon et insectes. Le tout assaisonné d’une vinaigrette miel-framboises. En plat principal, ses cigares au chou sur lit de caviar d’aubergine ont été fort appréciés. Et que dire des œufs pochés au sirop d’érable? Un véritable feu d’artifice en bouche! L’année prochaine, c’est sûr on va poser notre candidature pour lancer un camion de bouffe de rue dont le nom sera, bien sûr, Made in Montréal!

À lire aussi:
Le billet de Mathias Marchal sur les coulisses du repas 100% montréalais

Les recettes de Bob le chef

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