Montréal

Fady Atallah: «Les créateurs doivent faire la ville de demain»

Fady Atallah: «Les créateurs doivent faire la ville de demain»
Photo: Yves Provencher/Métro

Pour Fady Atallah, ce ne sont pas les occasions qui manquent pour faire de Montréal une ville qui rayonne partout sur la planète. Le créateur d’Infinite City, qui représente les projets d’intervention urbaine d’ici à l’étranger, insiste cependant pour dire qu’il faut peaufiner l’image de marque de la ville.

Quel bilan de santé faites-vous de Montréal?
Montréal est une ville incroyable, mais elle cherche ses forces vives. Elle est extrêmement riche à la base, grâce à sa diversité culturelle et grâce à ses créateurs. Ce qui manque, c’est l’aspiration. J’aimerais qu’on ait une vision plus ou moins commune de ce qu’est Montréal. C’est une métropole de quoi? De culture? Si oui, de quelle culture? Et quelle est notre vision du monde? C’est ça qui n’est pas toujours clair.

Qui doit définir cette vision?
Nous! Je crois que la génération qui nous a précédés – et je n’ai pas peur de le dire – a failli. Les bébé-boumeurs ont bâti un Québec moderne incroyable, mais ils ont tout pris pour eux et n’ont pas investi dans la génération suivante. La génération Y doit donc arriver avec une vision, et je ne crois pas qu’elle en soit toujours consciente. Pour moi, Montréal est une ville de culture, une ville de paix. C’est une ville créative plus qu’une ville de design.

En matière d’intervention urbaine, comme celle des 21 balançoires, comment se positionne Montréal?
Le Quartier des spectacles fait des choses incroyables. C’est un des secteurs les plus dynamiques au monde en la matière. Il commande des œuvres et fait naître des projets. La Ville devrait s’en inspirer, car il ne faut pas seulement intervenir dans le même kilomètre carré.

Les Montréalais sont un bon public?
C’est un public génial. Il y a des gens qui partent 15 minutes plus tôt le matin pour se balancer avant de se rendre au boulot! Les Montréalais soutiennent leurs designers, ils ont soif de ce genre d’interventions dans la ville. Ils n’ont pas peur d’essayer. En ce sens, ils peuvent montrer au reste du monde ce qu’il est possible de faire dans l’espace public. Être créatif, c’est rejeter les idées préconçues. Les balançoires, ce n’est pas seulement pour les enfants. Il y a même des curés qui s’y sont balancés! Ça nous rassemble.

«La ville, ce n’est pas une structure avec la population en dessous. La ville, c’est nous.» – Fady Atallah

Est-ce que les décideurs politiques laissent assez parler les créateurs?
Le problème, ce n’est pas les décideurs, mais nous! C’est à nous de dire ce que nous voulons comme ville…

C’est facile de faire ça?
Non. C’est très difficile! C’est contradictoire, puisque je viens de dire qu’on embrasse facilement la place publique pour des projets créatifs. Mais on ne le fait pas pour réclamer nos droits. Nous sommes trop dépolitisés. Je crois que Denis Coderre suscite au moins cette sympathie pour la classe politique. Si ça fait que les Montréalais deviennent plus proactifs, ce sera déjà un grand pas en avant.

Les politiciens sont ouverts à la participation citoyenne?
Le soutien apporté à Je vois Mtl – aujourd’hui Je fais Mtl – est une bonne initiative. C’est une bonne idée, pour les élus municipaux, de se lier aux créateurs, aux ONG, aux entrepreneurs de leur ville. Nous sommes aussi intelligents que les élus. Ce sont les créateurs qui doivent faire la ville intelligente de demain.

Montréal a dit vouloir devenir la ville la plus intelligente au monde…
Je déteste cette déclaration. C’est n’importe quoi! Je soutiens l’initiative de ville intelligente, car la technologie est une puissante force de changement, mais dire qu’on sera plus intelligent que les autres banalise la chose. Il faut d’abord décider dans quoi nous souhaitons être intelligents. Ça ne peut pas être dans tout…

Sur quoi devons-nous miser?
Il faut s’attaquer à des problèmes réels. Être intelligent, c’est être capable de répondre aux besoins des gens. Nous sommes une ville gastronomique, alors intéressons-nous à ce que nous mangeons et à la manière dont nous mangeons. Nous avons la chance d’avoir le Secrétariat de la convention sur la diversité biologique des Nations unies à Montréal alors attardons-nous aux changements climatiques. Nous sommes des créateurs, alors misons là-dessus! Ça prend de l’audace et une vision structurée.

Qu’est-ce qu’Infinite City?

Le plus récent projet de Fady Atallah a été lancé en novembre sur Je vois Mtl – aujourd’hui Je fais Mtl. À la manière d’un label de disque, Infinite City assure la diffusion de projets d’intervention urbaine, comme les 21 balançoires de Daily tous les jours, sur la scène internationale. «Nous recevons de deux à cinq demandes par semaine pour présenter les balançoires ailleurs dans le monde!» souligne M. Atallah.

Montréal est un incubateur de projets d’intervention urbaine, mais le marché québécois est limité, d’autant plus que Québec ne veut souvent pas présenter les mêmes projets que Montréal.

Infinite City s’inscrit dans le mouvement mondial de réappropriation des villes et de l’espace public. Il s’inspire des concepts de jeu fini, dont le but est de gagner, et de jeu infini, dont le but est de continuer à jouer (finite and infinite games) proposés par l’auteur James P. Carse.