Montréal
03:00 3 février 2016 | mise à jour le: 3 février 2016 à 03:00 Temps de lecture: 5 minutes

Fermeture et inquiétude sur la rue Saint-Paul

Fermeture et inquiétude sur la rue Saint-Paul
Photo: Josie Desmarais/Métro

En raison des travaux effectués par la Ville sur la rue Saint-Paul, un restaurant met la clé dans la porte et un autre ferme les dimanches et lundis.

Des commerçants de la rue Saint-Paul Est, dans le Vieux-Montréal, sonnent l’alarme sur les difficultés financières qu’ils vivent depuis les débuts des travaux sur leur artère il y a un an. Une situation qui n’est pas sans rappeler ce qu’avaient également dénoncé certains du boulevard Saint-Laurent et de la rue St-Denis dans les dernières années alors que des travaux majeurs étaient effectués dans leur secteur.

«On a pris la décision qu’on ne pouvait pas survivre à ça, et encore moins à partir du printemps prochain [où l’accès à la rue sera encore plus restreint]», a indiqué à Métro Jesse Lassonde, directrice générale du restaurant L’Autre version.

La Ville de Montréal a entrepris des travaux de réaménagement de la rue Saint-Paul à l’été 2014, et ce, jusqu’en 2018 – avec une pause en 2017 pour les célébrations du 375e anniversaire de Montréal.

Mme Lassonde estime avoir perdu plus de 50% de sa clientèle, de septembre à décembre dernier, alors que des travaux étaient en cours devant son local.

En 2016, de la place Jacques-Cartier à la rue de Bonsecours, la Ville prévoit la reconstruction de l’aqueduc, de mars à mai, et la construction de nouveaux trottoirs et d’une nouvelle chaussée, de mai à novembre. «C’était inimaginable de continuer. On ne fait même pas 5% de profit en moyenne en restauration, donc c’était inimaginable de perdre d’autres clients», a ajouté Mme Lassonde.

Elle estime que le quartier vivra de pires moments lorsque la rue vivra son opération à cœur ouvert pour la réfection de l’aqueduc et que la circulation sera difficile. «Je ne pense pas que les gens soient motivés à ce point d’aller manger au restaurant dans ces conditions. Il y a en masse de choix pour aller ailleurs», regrette-t-elle.

«Je suis d’accord avec les travaux prévus, mais pour les commerçants, c’est dommageable.» – Jesse Lassonde, directrice générale du restaurant L’Autre version

Le restaurant Chez l’Épicier est également inquiet, ayant constaté lui aussi une baisse d’achalandage depuis le début des travaux. En février et mars, le restaurant fermera les dimanches et lundis pour compenser cette perte, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. «Les clients ont de la difficulté à trouver du stationnement. C’est sûr qu’il y a de l’inquiétude. On vit d’espoir et d’eau fraîche», a affirmé Julien Godard, maître d’hôtel au restaurant Chez l’Épicier. Il ajoute que le restaurant doit maintenant miser davantage sur son service de traiteur et ses ententes avec des hôtels pour y arriver.

Valentin Van Beek, également commerçant sur la rue Saint-Paul, n’a pas encore observé de travaux directement devant son commerce, mais anticipe le pire en mars au moment de la reconstruction de l’aqueduc. «C’est tout un quartier qui est touché. Des clients ne se présentent pas au restaurant alors qu’ils avaient réservé parce qu’ils ne trouvent pas de stationnement», indique le commerçant qui compte également couper des heures de travail à ses employés.

La Ville confiante pour la rue Saint-Paul

Bien que la Ville dit comprendre les réactions des commerçants de la rue Saint-Paul qui craignent pour leur chiffre d’affaires, l’administration estime avoir tout fait pour limiter l’impact de ces travaux sur les activités du secteur.

«Je peux comprendre leur appréhension à voir ces travaux majeurs, c’est normal d’avoir cette réaction, a réagi Lionel Perez, responsable des infrastructures à la Ville de Montréal. Mais à tous les égards, la Ville a été exemplaire dans la gestion de ce chantier.»

L’élu fait valoir que l’envergure du réaménagement de la rue permettra de «redonner une nouvelle vie à la rue Saint-Paul, ce qui aura un impact économique positif ensuite sur les commerçants». «On ne peut pas regarder la vie d’une rue commerciale seulement pendant l’année où il y a des travaux. Il faut plutôt le voir sur un cycle de 25 ans, où pendant 24 ans il n’y a pas de travaux, et pendant 1 an il y a des travaux. Sinon, on ne va jamais faire de travaux», explique-t-il.

Les commerçants rencontrés par Métro souhaiteraient une aide financière directe de l’administration pour compenser la perte de leurs revenus liées aux travaux. M.Perez explique que légalement la Ville ne peut pas donner un congé de taxes aux commerçants ou dédommager une perte de revenu.

Lionel Perez ajoute que plusieurs rencontres en amont ont été fait avec les commerçants, ce qui a permis d’intégrer leurs demandes aux devis des appels d’offres, comme l’arrêt des travaux pendant la Braderie de la mode en avril. D’autres mesures ont également été prise pour limiter l’impact des travaux : bonis à l’entrepreneur pour terminer plut tôt, pénalité en cas de retard, interdiction d’utiliser le marteau-piqueur de 7h à 8h et de 11h30 à 13h30. Les commerçants de la rue Saint-Paul sont également éligibles au programme PR@M-Artère en chantier qui leur permet d’obtenir du financement pour, par exemple, faire de l’aménagement intérieur ou extérieur de leur local ou une analyse de marché.

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