Reporter surveillé: la SQ attendait la réponse
MONTRÉAL — Si la Sûreté du Québec n’a pas prévenu le journaliste Nicolas Saillant qu’il avait été l’objet d’une surveillance, en 2012, c’est parce que la SQ ne savait pas quoi faire de cette information nouvelle et attendait la décision d’une sous-ministre à ce sujet.
C’est ce qu’a soutenu mercredi le directeur général de la Sûreté du Québec, Martin Prud’homme, devant la Commission Chamberland sur les sources journalistiques. Il était contre-interrogé par Me Christian Leblanc, qui représente plusieurs médias.
Ce nouveau cas de journaliste, cette fois du Journal de Québec, qui a été l’objet de surveillance par la SQ, a été révélé lundi dernier lors de l’interrogatoire en chef de M. Prud’homme.
On a su mercredi qu’il s’agissait d’un dossier d’entrave. Mais on ignore toujours la durée de la surveillance dont il a fait l’objet, ainsi que le contexte. Les cas particuliers seront étudiés plus tard par la commission, en mai.
Me Leblanc a voulu savoir pourquoi le journaliste en question n’avait pas été avisé après coup, lorsque l’état-major actuel a appris que ce journaliste avait été l’objet d’un mandat de surveillance, en 2012.
M. Prud’homme a expliqué que lorsqu’il a été avisé de ce nouveau cas, le 20 décembre dernier, après qu’il eut lui-même demandé de vérifier s’il y avait eu d’autres cas à la SQ dans le passé, il a demandé à une sous-ministre ce qu’il devait faire, s’il devait aviser le journaliste Saillant et, si oui, comment.
Il en a compris qu’il devait attendre la réponse de la sous-ministre. «J’ai remis ça entre les mains de mon ministère», a-t-il répondu.
Il y aurait ensuite eu échange de lettres avec la commission d’enquête concernant ce dossier.
Les autres cas de journalistes qui ont été surveillés par la SQ sont Marie-Maude Denis, Alain Gravel et Isabelle Richer, de la télévision de Radio-Canada, Éric Thibault, du Journal de Montréal, ainsi que Denis Lessard et André Cédilot, de La Presse.
Plus serré à Montréal
Plus tôt dans la journée, le directeur du Service de police de la ville de Montréal, Philippe Pichet, avait assuré qu’il ferait un contrôle plus serré du suivi des techniques d’enquête, aujourd’hui, s’il survenait une autre «affaire Lagacé» — ce chroniqueur de La Presse qui a aussi été l’objet de mandats de surveillance.
Le directeur du SPVM a été contre-interrogé durant tout l’avant-midi, mercredi, concernant ce que ses policiers, inspecteurs et enquêteurs lui avaient dit ou pas concernant les mandats de surveillance requis contre M. Lagacé.
On a ainsi pu apprendre qu’il n’avait pas toujours été mis au courant des informations détaillées concernant les mandats de surveillance qui ont été renouvelés, au fil des mois, contre le chroniqueur.
«Comme directeur, je ne peux pas être dans le détail de tout ce qui se passe au SPVM», a-t-il justifié, au cours d’un point de presse à l’issue de son témoignage.
Par exemple, de renouvellement de mandat en renouvellement de mandat, les enquêteurs cherchaient à obtenir davantage d’informations du téléphone intelligent du chroniqueur, comme la géolocalisation, après avoir obtenu les appels entrants et sortants.
M. Pichet savait que l’enquête se poursuivait, mais ignorait que dans les nouvelles requêtes, les policiers en demandaient davantage.
Il a admis qu’aujourd’hui, il poserait davantage de questions sur le pourquoi, le comment de ces mandats de surveillance.
«Il va falloir mettre en place des mécanismes de suivi plus importants», a-t-il affirmé.
À l’époque, les enquêteurs cherchaient à identifier quels policiers laissaient filtrer de l’information à différents médias dans certains dossiers.
D’ailleurs, on a appris que dans le premier mandat émis contre M. Lagacé pour obtenir les métadonnées de son téléphone intelligent, le 19 janvier 2016, cinq articles contenant vraisemblablement des informations de sources policières avaient été déposés au soutien de la demande, mais, curieusement, aucun n’avait été écrit par M. Lagacé.
Alors pourquoi un mandat pour obtenir les métadonnées du téléphone de M. Lagacé?, a demandé Me Leblanc.
Le directeur du SPVM, Philippe Pichet, a répliqué: «Il y avait des informations que certains journalistes se parlaient entre eux.» Le service de police soupçonnait M. Lagacé d’échanger des informations avec Félix Séguin, pourtant son concurrent de TVA, du groupe Québecor.
De plus, le service de police savait que M. Lagacé avait eu des contacts avec un policier qui faisait l’objet de soupçons à l’époque.