Caribous de Val-d’Or: des biologistes sont furieux
Plusieurs voix s’élèvent, dont celles de nombreux biologistes, pour dénoncer la décision du gouvernement de relocaliser les caribous de Val-d’Or au zoo de Saint-Félicien.
Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, annonçait vendredi dernier que la harde de caribous de Val-d’Or serait relocalisée au zoo de Saint-Félicien «afin de protéger et d’assurer la survie des caribous forestiers de Val-d’Or», mentionne-t-on dans le communiqué du ministère. Les biologistes du milieu académique que nous avons consultés, dont certains travaillent depuis des dizaines d’années sur la préservation des caribous, sont unanimes pour condamner le geste.
«Nous sommes estomaqués de voir cette ligne qui a été franchie, et énormément de chercheurs sont troublés de voir le signal que cela envoie» – Martin Hughes St-Laurent
Jacques Nadeau, relationniste au ministère des Forêts a précisé que les caribous ne seraient pas réintégrés à leur milieu naturel. «Ils vont s’en aller de manière définitive», a-t-il expliqué en entrevue. Or, selon Martin-Hugues St-Laurent, spécialiste du caribou de l’Université du Québec à Rimouski, c’est un non-sens. «Si on souhaitait ultimement les réintroduire lorsque l’habitat va devenir plus favorable dans une quinzaine ou vingtaine d’années, suite à des efforts sur l’aménagement du territoire, les biologistes pourraient saluer cette initiative, explique-t-il. Présentement, c’est un aller simple, ce qui veut dire qu’il y a aucun effort de restauration qui va être fait, puisqu’on va les laisser mourir au zoo.»
Un précédent
«En transférant les caribous de Val-d’Or, le gouvernement avance une vision de conservation des individus alors qu’on devrait plutôt conserver les populations de caribou dans leur habitat, avec leur habitat, soutient Marco Festa-Bianchet, professeur titulaire au département de biologie de l’Université de Sherbrooke. Il souligne également qu’en 2015, 21 caribous avaient fait leur entrée au zoo de Saint-Félicien et que 19 sont décédés depuis.
Les biologistes craignent que cette décision gouvernementale crée un précédent et que le même sort puisse attendre les autres hardes de caribous situés en milieu isolé. «Le ministre laisse sous-entendre que cela ne sera pas le sort du caribou de la Gaspésie et de Charlevoix, affirme M. St-Laurent. Mais ce n’est tout de même pas rassurant de voir qu’on a laissé en connaissance de cause décliner une population en ne freinant pas l’aménagement du territoire.»
L’exploitation des ressources d’abord et avant tout?
Le déplacement des caribous est prévu pour 2018, mais le ministère affirme que la réserve de biodiversité serait maintenue. «C’est ce qu’on a comme information», a répondu M. Nadeau.
Plusieurs intervenants craignent toutefois qu’une telle décision soit renversée, ou que les règles soient assouplies pour laisser place à l’exploitation des ressources naturelles. «Cela laisse croire qu’effectivement, on va libéraliser l’accès à différents types de perturbations. Qu’on va lever certaines contraintes d’aménagement», redoute M. St-Laurent, tout en précisant qu’il ne peut toutefois pas présumer des orientations du gouvernement, mais qu’il se permet d’émettre des doutes dans les circonstances.