Québec solidaire tient tête au PQ
QUÉBEC — Le torchon brûle entre le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS), ce dernier se portant vigoureusement à la défense de certaines personnes qui ont accusé les péquistes de racisme et de xénophobie lors d’un congrès politique.
Manon Massé, porte-parole de QS, a dit mardi comprendre la douleur vécue par ces gens, surtout les femmes portant le hijab, qui se sont fait cracher dessus au plus fort du débat sur la Charte des valeurs en 2014.
Lors du congrès de QS à Montréal il y a 10 jours, certains avaient appelé à voter contre l’idée d’une alliance électorale avec le PQ à cause de sa position sur la laïcité.
«Me dissocier, par exemple, d’une femme qui a été violée parce qu’elle a des propos agressants face à son agresseur potentiel, comment vous voulez que je m’en dissocie? C’est elle qui vit ça, pas moi. C’est elle qui vit la souffrance», a lancé Mme Massé aux journalistes lors d’un point de presse à l’Assemblée nationale, en rappelant qu’en aucun temps au congrès les membres avaient prononcé des propos haineux.
Elle a d’ailleurs invité le PQ à faire une plus grande «introspection» sur la charte, puisqu’il y a «quelque chose là qui n’a pas été pleinement réfléchi».
Pourtant, le PQ avait sommé le comité de coordination de QS, dans une lettre obtenue par La Presse canadienne lundi, de se dissocier fermement et publiquement des accusations «mensongères» de racisme à son endroit.
Dans sa lettre, le président du PQ, Raymond Archambault, a écrit que les militants du PQ étaient outrés de constater que la direction de QS ait toléré ce genre de propos «inadmissibles» sans faire de rappels à l’ordre.
«Lorsque des accusations de racisme sont proférées et tolérées comme ce fut le cas lors de votre congrès, c’est non seulement les militants de notre formation politique qui sont insultés, mais également la population québécoise qui appuie une approche résolue, équilibrée et responsable en matière d’identité», a écrit M. Archambault.
«Politburo»
Le chef du PQ, Jean-François Lisée, en a remis une couche en mêlée de presse mardi, en accusant la formation de gauche d’être dirigée par un «Politburo», une référence au Parti communiste de l’ancienne Union soviétique.
«C’est une insulte qui a été ressentie par les 90 000 membres du Parti québécois et par l’immense majorité des Québécois qui sont d’accord avec les mesures que l’on propose. Alors on demande au Politburo (…) d’officiellement se dissocier de ces propos-là», a-t-il dit.
Mme Massé s’est offusquée de l’utilisation du terme «Politburo» pour désigner les dirigeants de QS. Elle a refusé de se plier aux exigences du PQ, tout comme son collègue, le député de QS Amir Khadir avait refusé de le faire quelques heures plus tôt.
Fraîchement élu député de Gouin, Gabriel Nadeau-Dubois a dit en mêlée de presse à Montréal qu’il trouvait que l’histoire «commençait à dégénérer».
«Commencer à faire le procès de militants de chaque parti, envoyer des lettres à chaque fois qu’il y a des propos qui nous dérangent, si on commence à faire ça, on ne s’en sortira pas», a-t-il déclaré.
«Si je demandais des excuses à Jean-François Lisée à chaque fois que des militants péquistes me traitent de tous les noms, j’en enverrais 25 par jour», a-t-il laissé tomber.
M. Nadeau-Dubois et Mme Massé ont tous deux précisé qu’ils ne trouvaient pas les péquistes racistes. Ils ont dit que le comité de coordination de QS allait se charger de répondre officiellement à la lettre de M. Archambault.
Il s’agit d’un nouvel épisode dans l’affrontement qui oppose péquistes et solidaires à la suite du rejet d’un projet de convergence par les membres de QS.
Le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec, François Bonnardel, a paru amusé mardi lorsqu’il a déclaré qu’il s’agissait d’une «chicane interne» entre souverainistes.
Gabriel Nadeau-Dubois
Par ailleurs, le premier ministre Philippe Couillard a pris le temps de féliciter M. Nadeau-Dubois pour sa victoire dans Gouin, tout en l’invitant à la retenue.
L’ancien leader étudiant n’avait pas voulu condamner la violence lors des manifestations étudiantes de 2012.
«M. Nadeau-Dubois est maintenant doté d’un mandat des citoyens du comté de Gouin pour les représenter à l’Assemblée nationale, alors ça, ce n’est pas mineur, c’est important. Je suis persuadé qu’il va vouloir ajuster son discours sur certains points à la hauteur de ce mandat-là. Je l’encourage», a déclaré le premier ministre.