Santé privée: un peu, beaucoup?
L’ex-ministre de la Santé, Philippe Couillard ferme la porte au financement privé du système de santé québécois, mais la laisse ouverte aux cliniques privées. «Je n’ai aucun problème à ce qu’une personne aille dans une clinique privée pour faire une radiographie, mais c’est à la Régie d’assurance maladie du Québec (RAMQ) de couvrir les frais, non pas au patient», a déclaré M. Couillard, dans le cadre d’un débat devant des gens d’affaires, mercredi, à l’hôtel Ritz Carlton.
Il était opposé à Michel Kelly-Gagnon, le PDG de l’Institut économique de Montréal (IEDM) et fervent défenseur de la privatisation du système de santé. «Ce n’est pas normal qu’on soit le seul pays de l’OCDE à ne pas avoir un système de santé mixte», a lancé M. Kelly d’entrée de jeu.
Les citoyens devraient au moins avoir le droit d’utiliser leur argent pour s’assurer avec une compagnie privée en plus du système public, estime-t-il.
L’assurance complémentaire a fait ses preuves au Danemark, a-t-il précisé. Le pays a connu une baisse de 33 % dans le temps d’attente aux urgences. Une baisse directement liée à une hausse dans les souscriptions aux assurances privées.
Pour l’IEDM, le système pourrait aussi basculer vers le privé sans perdre son universalité, comme en Suisse. Le pays a d’ailleurs été choisi par l’Institut pour illustrer les avantages du privé, comme l’absence de problématiques reliées au temps d’attente dans les urgences.
Les comparaisons doivent être faites avec parcimonie, a rétorqué celui qui songe à devenir le chef du Parti libéral du Québec. La taille de ces pays, leur PIB et leurs profils d’emploi sont différents qu’au Québec, empêchant d’importer intégralement leurs façons de faire.
Ils s’entendent toutefois sur l’importance d’intégrer des notions du privé au système public. «J’ai appris au cours de mes quatre dernières années dans une entreprise privée, l’importance de mesurer les coûts et d’avoir des mesures efficaces de la satisfaction des clients», a indiqué M. Couillard, causant un petit rire dans l’assistance.
Privatiser le financement n’est pas une solution adéquate, pour l’ex-ministre de la Santé. En plus d’alourdir l’administration du système, cette méthode pénaliserait les régions qui ne bénéficieraient plus d’un incitatif monétaire pour attirer des médecins spécialistes.
Financement public avec des cliniques privées
«La privatisation du mode de financement du système nous fait dévier des vrais problèmes: l’accès aux soins de premières lignes, la coordination et le calcul de mesures de performance et de satisfaction efficaces», a affirmé M. Couillard. La population est ouverture au changement et à l’amélioration de l’efficacité, mais ces changements sont difficiles pour des raisons politiques, a conclu le président de l’IEDM.
Patient, toujours patient
Philippe Couillard est toujours en réflexion quant à son retour en politique, à titre de chef du Parti libéral du Québec (PLQ).
Sans nier son intérêt, il veut évaluer ses appuis et voir les règles de la course à la chefferie. Il lance la balle aux instances du PLQ pour préciser le «comment» et le «quand». «Je veux être en mesure de prendre une décision éclairée et de vous donner tous les détails de mon choix», a déclaré M. Couillard, à l’aise sur le podium lors du débat et devant les caméras.
Il sait que ce sont de grosses décisions pour sa famille qui pèsera dans la balance avant de prendre une décision.
«Au Québec, on n’apprécie pas assez les contributions des politiciens», a-t-il ajouté.