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05:00 27 août 2018 | mise à jour le: 27 août 2018 à 08:35 Temps de lecture: 5 minutes

Repenser les écoles de demain pour sortir de la crise

Repenser les écoles de demain pour sortir de la crise
Photo: Josie Desmarais/Métro

Des écoles à l’abandon où se répandent plus de moisissures que de savoirs, des classes qui débordent et des aménagements vieux de 40 ans: l’école québécoise est en crise. Ce sont ces observations qui ont poussé le chroniqueur en aménagement urbain Marc-André Carignan à se lancer dans l’écriture de son livre, Les écoles qu’il nous faut, qui propose, au-delà d’un constat d’échec, des solutions pour surmonter la crise que traversent les écoles du Québec.

Pourquoi vous êtes-vous engagé à repenser nos établissements?
Mes premières motivations pour écrire ce livre, ce sont mes filles, nées durant le processus d’écriture. Quand je voyais les écoles du Québec, je me disais qu’il n’était pas question que mes enfants aillent dans des écoles comme ça. Je veux qu’elles soient stimulées, qu’elles aiment l’école et qu’elles aient le goût d’y retourner.

Il faut que l’école devienne le centre d’un quartier et d’une communauté plutôt qu’une déception comme c’est le cas dans tellement d’établissements au Québec. On a honte de nos écoles actuellement.

Je vois la classe que j’ai connue il y a 25 ans et que mes parents ont aussi connue il y a 45 ans, et je constate qu’aujourd’hui, la seule différence, c’est le tableau interactif. Ce n’est pas ça qui en fait une école moderne. J’ai eu besoin d’écrire là-dessus.

Quels sont les défis pour les écoles du Québec dans les prochaines années?
Le gouvernement a annoncé des centaines de millions de dollars d’investissement cette année.

On va repeindre les murs, refaire les toilettes, faire une belle toiture… On a donc une école neuve, de l’extérieur, qui est basée sur un modèle pédagogique de 1940. Ça n’a aucun sens! On ne modernise pas nos écoles de cette façon-là. Il faut être conscient que ça ne se fera pas du jour au lendemain.

Ça peut prendre deux ou trois décennies, changer l’ensemble des écoles. Mais il faut commencer quelque part et investir les sommes nécessaires. Ça va prendre de la volonté, du leadership et de l’argent pour que toutes les écoles se modernisent.

Pour illustrer la crise qui touche l’école au Québec, on parle souvent des écoles préfabriquées, des roulottes qu’on installe lorsqu’une école est pleine ou en chantier. Qu’est ce que ça représente pour vous?
Les classes modulaires… (Silence) C’est le symbole de notre négligence en matière de planification scolaire. Ce n’est pas normal, on a des recensements, on sait combien d’enfants sont dans les garderies.

Une ville qui développe un projet immobilier sait quel type de projet elle développe. On est censé savoir ce qui arrive et planifier les écoles en conséquence.

J’ai entendu des témoignages qui disent qu’on a un problème de communication incroyable entre les villes et les commissions scolaires. La planification d’école devient très difficile. On m’a dit que tant qu’une école n’est pas pleine à 100 %, qu’elle n’est pas surpeuplée, le ministère va être réticent à faire l’agrandissement. C’est quand c’est trop tard qu’on accorde de l’argent pour agrandir.

Pourquoi l’aménagement des écoles est-il si important pour les élèves?
Dans l’équation de la réussite éducative, il doit y avoir l’équation de l’environnement physique. Avant d’ouvrir un livre, l’enfant doit mettre le pied dans l’école.

Si un employé travaille dans un bureau sans fenêtres, c‘est prouvé qu’il va avoir un taux d’absentéisme plus élevé, que sa productivité va être moins élevée, parce qu’il n’est pas dans un environnement stimulant. Psychologiquement, ça l’affecte.

C’est les mêmes principes pour des enfants à l’école.

Dans votre livre, vous montrez l’exemple de l’école primaire Médéric-Gravel à Saguenay. Elle représente parfaitement le modèle d’école du XXIe siècle que vous défendez. Comment cette école a-t-elle fait pour développer tous ces projets, alors que la majorité des écoles peinent à évoluer?
Cette école est extraordinaire. Il n’y a aucune classe avec des pupitres ordinaires: ce sont des îlots pour subdiviser les groupes et pour permettre d’effectuer différents types de travaux dans la même classe et d’encourager la socialisation.

Quand la présidente de la commission scolaire est arrivée, elle a fait le tour de ses écoles au complet et elle a dit: «Ça n’a aucun bon sens, il y a des pupitres qui ont fait la guerre et des néons au plafond avec du tape pour les tenir.» Elle a mis en place une équipe de réflexion, des pédagogues, des professeurs. Ils ont fait des recherches et ont évalué les meilleures pratiques.

Ça a coûté plus cher, oui, mais il faut voir ça sur le long terme et tenir compte des bénéfices pédagogiques pour les enfants.

Les exemples d’écoles modernes et innovantes proposent toujours un environnement flexible, qui s’adapte aux élèves et aux situations. Est-ce que c’est ça, l’idée centrale pour repenser nos écoles?
Le mot qui résume le livre, c’est «flexibilité». L’idée, c’est de penser l’école pour voir comment elle peut être le plus flexible possible. Quand tu construis une école, le bâtiment sera là pour 75 ans. En 75 ans, tu vas vivre des révolutions technologiques, des baby-booms, différentes réalités socioéconomiques qui vont faire que ton école va être appelée à changer de rôle social ou pédagogique.

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