Environnement

Quand la poubelle remplace le pétrole

Photo: Collaboration spéciale

L’entreprise québécoise Enerkem propose de réduire la dépendance au pétrole en transformant des déchets en carburant propre. En 2013, elle ouvrira à Edmonton une première usine pouvant produire plus de 38 millions de litres d’éthanol par année à partir de déchets municipaux. Dans un contexte mondial d’épuisement des ressources, le président d’Enerkem, Vincent Chornet, voit dans sa technologie une proposition d’intérêt universel.

Comment produit-on de l’éthanol à partir de déchets?
Enerkem recueille d’abord les déchets non réutilisables et non compostables. Ces matières premières sont ensuite converties en un gaz de synthèse. Dans ce gaz, on trouve de l’hydrogène et du monoxyde de carbone, les molécules de base de toute l’industrie pétrochimique sur laquelle s’est construite notre société. Une fois ce gaz purifié, il est converti en éthanol cellulosique.

Après la conversion des déchets en éthanol, que reste-t-il comme résidus?
Les déchets non compostables contiennent par exemple des restants de métaux, de céramique ou de verre. Cette matière inerte ne se convertit pas en gaz et représente à peu près 10 % de ce qui entre dans nos systèmes de transformation. On la récupère entre autres pour en faire des briques et des ciments. Après le recyclage de la matière première et le compostage de la matière organique, la technologie d’Enerkem permet de réduire de 90 % ce qui irait à l’enfouissement.

Comment progresse l’utilisation de l’éthanol en Amérique du Nord?
Il existe ici des mandats d’utilisation des carburants de deuxième génération, qui imposent un certain mélange d’éthanol dans l’essence.

Aux États-Unis, c’est sous la réglementation du Renewable Fuel Standard. Au Canada, on parle de la loi C-33. On utilise ici en moyenne 5 % d’éthanol dans l’essence. À l’heure actuelle, cet éthanol est produit à partir de grains de maïs. De nouvelles mesures visent cependant à permettre l’émergence de matières premières qui n’entrent pas en conflit avec la chaîne alimentaire; l’éthanol cellulosique en fait partie. C’est cette industrie qui se développera au cours des prochaines décennies.

Votre entreprise profite donc d’un contexte économique favorable aux énergies renouvelables?
Les nécessités politiques et socio-économiques ont beaucoup encouragé la production de carburants alternatifs. Par souci de sécurité énergétique, les gouvernements cherchent actuellement à réduire leurs importations de pétrole. Au Québec, on en importait pour 11,1 G$ en 2010. Sans compter qu’il y a un prix élevé à payer aujourd’hui pour l’essence, ce qui n’était pas le cas il y a 10 ou 15 ans. Ça donne plus de marge économique aux nouveaux carburants pour qu’ils se positionnent.

Vous avez établi un partenariat avec la ville d’Edmonton, en Alberta, afin de gérer une partie de ses déchets. Ce genre d’entente est-il répandu?
Nos pairs dans le secteur ont aussi leurs projets, mais dans le monde du déchet, c’est assez unique. D’autant plus que c’est une compagnie québécoise qui a réussi à obtenir le contrat. La ville d’Edmonton a déjà un centre de recyclage et de compostage. Nous avons une entente de 25 ans avec la Ville pour convertir la portion restante de déchets non recyclables et non compostables. Enerkem produira assez d’éthanol à Edmonton pour alimenter 400 000 voitures par année. L’usine est présentement en plein chantier. On y entrera en production en 2013.

Diriez-vous qu’il y a une grande demande pour ce type de technologie?
L’espace d’enfouissement se voit réduit et, avec raison, les communautés ne veulent pas construire de nouveaux sites d’enfouissement. Or, les matières non réutilisables et non compostables constituent une ressource à partir de laquelle on peut construire une nouvelle infrastructure de carburants et de produits chimiques verts. Dans l’ensemble, nos usines permettent aux villes de valoriser jusqu’à 90 % de leurs déchets. On n’a plus vraiment besoin de sites d’enfouissement. C’est ce que les communautés souhaitent.

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Enerkem a également des plans de développement à Varennes, en Montérégie, ainsi qu’à Pontotoc, au Mississippi. Projetez-vous déjà des usines à l’extérieur de l’Amérique du Nord?
Quand vous parlez d’une solution permanente aux déchets et d’une solution à notre besoin de carburants liquides, vous avez là une proposition d’intérêt universel. Il y a beaucoup de demandes à l’extérieur de l’Amérique du Nord, mais Enerkem est une compagnie qui s’est développée de façon très disciplinée. Notre séquence de projets est bien calculée. On prendra soin de l’international progressivement, quand on se sentira absolument capable de le faire.

Quel est l’impact de l’émergence des nouveaux carburants sur l’industrie québécoise?
Dans la transition vers les technologies propres, on assiste à une refonte complète du secteur manufacturier. Enerkem emploie actuellement 130 personnes, une croissance d’environ 400 % depuis 2008. Pas moins de 600 fournisseurs québécois d’équipement et de services ont travaillé pour nous au cours des trois dernières années. Vu l’expertise en fabrication d’équipement qui servait autrefois l’industrie papetière, par exemple, nous sommes bien positionnés ici au Québec. Enerkem exploite ces connaissances afin de réaliser des projets d’avenir.

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