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Les voitures électriques sont plus populaires. Mais c’est insuffisant, disent des experts

Les voitures électriques sont plus populaires. Mais c’est insuffisant, disent des experts
Photo: Archives MétroUne étude de Bloomberg parue au printemps dernier démontre que «57% de toutes les ventes de voitures particulières dans le monde» seront électriques d’ici 2040.

La hausse d’acquisitions de véhicules électrifiés un peu partout au Canada est flagrante: plus de la moitié de la population envisagerait de «passer à l’électrique» d’ici cinq ans, selon une étude. Mais la transition ne doit pas se faire à l’aveugle, plaide une experte, qui soutient que la mise sur pied de mécanismes intelligents de mobilité doit aussi être prévue pour avoir de réels impacts sur la congestion et l’environnement.

«L’électrification des transports s’attaque à une seule partie du problème, liée à l’énergie fossile et à la combustion de l’essence. Mais à elle seule, ça n’impactera pas positivement les autres dimensions de l’enjeu, soit le trafic ou la place de l’auto dans l’espace public», explique à Métro une experte en urbanisme et en mobilité de l’UQAM, Florence Paulhiac.

D’après la professeure titulaire, la transition vers l’électrification des véhicules sera «beaucoup plus intéressante» si elle est accompagnée d’un incitatif au covoiturage, par exemple.

«En partageant des voitures électriques, là on a un gain sur les émissions et aussi sur la pratique, donc l’utilisation elle-même. Surtout que quand on ne possède plus une automobile, mais qu’on la partage, on l’utilise moins en général», soutient-elle.

«La blague qu’on fait sur le véhicule électrique individuel, c’est qu’on va passer d’une congestion thermique à une congestion verte.» -Florence Paulhiac, professeure à l’UQAM

«On ne peut pas tout faire porter à la transition électrique», résume celle qui est aussi spécialisée en évaluation des politiques urbaines. Elle ajoute qu’il faut considérer «la complexité des enjeux en mobilité durable» à différentes échelles pour prendre des décisions éclairées, notamment en matière de véhicules électriques.

Même son de cloche pour le fondateur de l’application de transport planifié Netlift, Marc-Antoine Ducas. Celui-ci soutient qu’en densifiant les milieux urbains, «il faut aussi densifier le transport de la même façon, en mettant plus de gens dans les véhicules actuels», qu’ils soient électriques ou à essence.

«Au Québec, on a environ 270 citoyens par kilomètre de rue, en comparaison avec 4000 à Paris par exemple. Cela fait que c’est assez difficile de demander à chacun de porter le chapeau pour soutenir des infrastructures lourdes comme le métro», envisage-t-il.

M. Ducas dit ne pas être de ceux qui croient que le transport en commun lourd réduira à lui seul l’émission de gaz à effet de serre. «Ce n’est pas une solution magique. On a besoin de plusieurs autres options, dont un système de covoiturage qui est connecté avec le taxi, qui est intermodal avec le transport collectif et qui permet aux gens d’avoir une garantie de stationnement gratuit à destination», indique-t-il.

Le prix de l’essence, un incitatif?
Une étude réalisée par Ipsos pour le compte de Toyota en mai dernier démontre qu’environ 55% des acheteurs d’automobiles se tourneront d’ici quelques années vers les véhicules électrifiés, ce qui comprend les voitures hybrides, entièrement électriques, branchables ou à hydrogène. Le rapport insiste aussi sur le fait qu’un grand pourcentage de consommateurs considèrent dorénavant le prix du carburant comme un facteur budgétaire important lors de leurs vacances.

«Comme l’essence est très chère en ce moment, la plupart des personnes sondées nous disent qu’elles devront carrément modifier leurs plans de vacances en fonction de leur budget. Sur le plan économique, cela pourrait affecter plusieurs secteurs touristiques», explique à Métro le directeur de Toyota Québec, Jocelyn Danault.

Depuis le début de l’année, environ 14% des véhicules vendus par son groupe automobile étaient électrifiés. En avril dernier, le chiffre atteignait 18%, alors qu’en mai, il frisait les 30%.

«On voit clairement qu’il y a un engouement des consommateurs envers ce type de produit. À peu près tous nos modèles électrifiés ont une hausse d’intérêt», commente M. Danault à ce sujet.

«Avant, les véhicules hybrides étaient perçus comme non-conventionnels, souvent avec des allures spéciales. Il y avait aussi des défis au niveau de la performance, qui était perçue comme étant moindre. Or, de plus en plus, les véhicules électriques sont au goût du jour, avec des performances même supérieures aux voitures conventionnelles», conclut l’entrepreneur.