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14:20 20 janvier 2020

Pétrole: pas d’exploitation dans le golfe du Saint-Laurent, du moins pour l’instant

Pétrole: pas d’exploitation dans le golfe du Saint-Laurent, du moins pour l’instant
Photo: Wikimedia Commons

Le pétrole du golfe du Saint-Laurent ne sera pas exploité, du moins jusqu’à nouvel ordre. Le dernier permis d’exploration actif, celui de l’entreprise Corridor Resources au gisement de Old Harry entre les Îles-de-la-Madeleine et Terre-Neuve, vient d’être révoqué.

Plusieurs organismes environnementaux ont crié victoire lundi. Satisfaits, même optimistes, les écologistes demeurent toutefois sur leurs gardes. Ils demandent à l’Office Canada Terre-Neuve et Labrador des hydrocarbures extracôtiers (OCTNLHE) – une branche du ministère fédéral des Ressources naturelles – d’aller encore plus loin.

«On est très contents, mais maintenant, ça va prendre un moratoire complet, explique à Métro la présidente de l’organisme Attention FragÎles, Danielle Giroux. Sans ça, il pourrait y avoir d’autres licences accordées sous appel d’offres dans le futur. Disons qu’on ne dormira pas complètement tant que ce ne sera pas fait.»

Le gisement Old Harry est une source de contentieux entre le Québec, Terre-Neuve-et-Labrador et le gouvernement fédéral depuis plusieurs années. La majeure partie du gisement se trouve en territoire québécois.

Un combat de longue date

Avec la Fondation David Suzuki, la Société pour la nature et les parcs (SNAP) et Nature Québec, l’organisme de Danielle Giroux forme la Coalition Saint-Laurent. Celle-ci milite depuis près d’une décennie pour l’interdiction pure et simple du forage pétrolier dans la région.

«Dans l’estuaire du Saint-Laurent jusqu’à la pointe ouest d’Anticosti, ce n’est pas permis. Ce devrait être le même principe dans l’ensemble du golfe, compte tenu que c’est un milieu très fragile qui subit beaucoup de pressions actuellement. C’est trop précieux pour être soumis aux risques de l’exploration pétrolière», renchérit le biologiste pour la SNAP, Sylvain Archambault.

Même son de cloche pour la chef des projets scientifiques à la Fondation David Suzuki, Louise Hénault-Éthier, pour qui l’abandon du projet «revêt tout son sens». «On est à un moment où l’on doit laisser les combustibles fossiles inexploités sous terre pour atteindre nos objectifs de lutte aux changements climatiques et où la protection des océans devient primordiale», martèle-t-elle.

Pour quand l’interdiction globale?

Possible, une interdiction globale du pétrole et des autres hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent? Oui, mais seulement à moyen terme, reconnaissent les écologistes.

«Il y a cinq provinces dans le golfe du Saint-Laurent, donc c’est sûr qu’il va falloir y aller par étapes, avoue M. Archambault. Avec tout ce qui se passe dans le secteur – les baleines noires en voie d’extinction, les impacts des changements climatiques – les gouvernements pourraient éventuellement être ouverts à l’idée.»

«Les Îles-de-la-Madeleine, les côtes de Terre-Neuve et l’Île-du-Prince-Édouard étaient à risque. Tant sur le plan de ressources renouvelables, de la pêche, du tourisme, des espèces… Il y avait une vive opposition.» – Danielle Giroux, à propos du projet au site Old Harry

En juin 2018, Corridor Resources annonçait qu’elle suspendait ses travaux d’exploration sur le site. L’entreprise avait alors invoqué des raisons «techniques, administratives et financières». Peu de partenaires d’affaires auraient entre autres manifesté leur intérêt à participer au projet.

C’est que le gisement, qui devait initialement permettre l’extraction de pétrole brut, s’est davantage révélé être une source de gaz naturel. Le gaz est beaucoup moins rare que le pétrole au Canada et aux États-Unis. Le permis de l’entreprise venait par ailleurs à échéance en janvier 2021. Ce qui donnait peu de temps à Corridor Resources pour forer de manière rentable.

Un regroupement d’organismes est d’ailleurs devant la Cour suprême de Terre-Neuve-et-Labrador actuellement contre l’OCTNLHE. Ils accusent l’organisme fédéral d’avoir «outrepassé ses pouvoirs» en 2016 en émettant un «ultime permis» à Corridor Resources.