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14:57 5 février 2020 | mise à jour le: 5 février 2020 à 16:39 temps de lecture: 4 minutes

Projet de loi 40: le bâillon serait une grave erreur, martèlent des syndicats

Projet de loi 40: le bâillon serait une grave erreur, martèlent des syndicats
Photo: Josie Desmarais/MétroLes manifestants se sont rassemblés autour d’une voiture accidentée – une mise en scène symbolisant les «dérapages dangereux» de la réforme souhaitée avec le PL40.

Quatre syndicats ont manifesté mercredi devant les bureaux montréalais du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, afin de dénoncer l’adoption sous bâillon qu’envisage Québec pour son projet de loi 40, qui vise essentiellement à remplacer les commissions scolaires par des centres de service. Une centaine de manifestants s’en sont pris à l’attitude «anti-démocratique» du gouvernement dans ce dossier.

«C’est une atteinte à la démocratie, et surtout, c’est un danger immense qui guette le réseau de l’éducation en ce moment, observe la présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Sonia Éthier, en entrevue à Métro. Les besoins jusqu’ici, ils sont dans l’ajout de services, de personnel, de ressources.»

Devant une voiture accidentée – une mise en scène symbolisant les «dérapages dangereux» de la réforme souhaitée avec le projet de loi 40 –, la leader syndicale a sommé Québec de «prendre le temps d’écouter le milieu». «Ce sont les professionnels qui, quotidiennement, sont dans les écoles et savent ce dont on a besoin. Entendez-les!», a-t-elle scandé.

«Sous les libéraux, la réforme Barrette avait été adoptée sous bâillon. Et qu’est-ce que ça a donné? Le système de santé est en retard sur les services, et le personnel est à bout de souffle. C’est la même chose en éducation actuellement.» -Sonia Éthier, présidente de la CSQ

La semaine dernière, en pointant vers «l’obstruction» des partis d’opposition, le ministre Jean-François Roberge a menacé maintes fois d’adopter son projet de loi «rapidement cet hiver».

Le gouvernement Legault n’exclurait pas d’utiliser le bâillon d’ici vendredi à l’Assemblée nationale, comme il l’a déjà fait pour sa Loi sur laïcité de l’État en juin.

Des «grandes injustices»

À la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), la présidente Josée Scalabrini parle d’une «attaque frontale» à l’autonomie de la profession enseignante.

«Depuis des années au Québec, on fait des modifications à la pièce en éducation. On n’a pas de vision d’ensemble. Si on veut vraiment améliorer les choses, ça prend une perspective globale. Et non des modifications partisanes qui n’apporteront rien au réseau de l’éducation», martèle-t-elle.

Mme Scalabrini espère que le travail entamé en commission parlementaire se poursuivra dans les prochaines semaines. «On n’en veut pas du projet de loi, mais s’il doit être adopté, il faut au moins corriger les plus grandes injustices qui s’y retrouvent», dit-elle.

Son collègue Éric Pronovost – le porte-parole de la Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS) – abonde dans le même sens. «La direction que prend le gouvernement va créer beaucoup d’inégalités dans nos écoles, soutient-il. La fusion des services, entre autres, va affaiblir le système. En bout de ligne, ce sont encore les employés de soutien qui vont en faire les frais. C’est inacceptable», lâche-t-il.

«C’est un projet de loi fait par un individu seul qui croit avoir toutes les solutions en éducation. Sauf qu’il ne nous a jamais consultés. Quand on n’a plus d’idées, on n’impose un bâillon.» -Éric Pronovost, président de la FPSS

Soutenus par plusieurs autres organismes, les trois syndicats promettent de «maintenir une pression constante» dans les prochaines semaines, quitte à organiser des mobilisations de plus grande envergure, partout au Québec.

Québec assure être à l’écoute

Appelé à réagir, l’attaché de presse au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Francis Bouchard, indique que le travail se poursuit actuellement en commission parlementaire.

«En étude détaillée, nous avons fait de belles avancées pour la profession enseignante, notamment en ce qui a trait au processus de révision des notes, et sur la reconnaissance de l’expertise des enseignantes et enseignants. Nous avons évidemment écouté les différents partenaires, notamment lors des auditions parlementaires, puis lors de rencontres de travail subséquentes», avance-t-il.

Québec soutient que «les amendements déposés par le ministre témoignent d’ailleurs bien de cette ouverture».

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