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Éloge de l’ennui…

Sylvain Ménard

Je ne sais pas si c’est en voyant les gens autour de moi préparer frénétiquement leur semaine de relâche ou si c’est après avoir assisté à la première du (plus que très bon) spectacle de Pierre Lapointe Pour déjouer l’ennui, mais je me suis mis à réfléchir sérieusement à l’éradication progressive dudit ennui dans nos vies. Et, surtout, au sort absolument injuste qu’on lui a réservé au fil du temps.

Je l’avoue d’emblée: je m’ennuie de l’ennui. Je m’ennuie de ces moments gris, de ces plages de platitude, de ces arrêts imposés.

Je rêve de retrouver ces dimanches d’il y a longtemps où t-o-u-t s’arrêtait. Où la seule option était de s’organiser chacun de son bord, à sa manière.

On a fini par avoir l’impression, erronée, que l’ennui était improductif, alors que c’est le contraire. L’ennui nous pousse à nous dépasser. À lire, à écrire, à voir des films, à écouter de la musique. À découvrir ce qui nous a échappé. Quand on n’a rien à faire, c’est souvent là qu’on baisse sa garde et qu’on se lance dans le vide.

Je suis sûr que l’ennui a généré les projets les plus fous. Quand il n’y a plus d’image, on en crée. Quand on est pris pour ne rien faire, on se trouve dans les meilleures dispositions pour penser à son affaire.

L’ennui nous permet de fracasser le mur de l’inconnu à grands coups de marteaux silencieux.

Les vieux – j’en suis – ont connu l’ennui. Les rues vides quand les amis étaient partis au chalet, l’obligation de s’occuper tout seul pour meubler son temps.

C’est pour les enfants que je m’inquiète. Pour ces p’tits, la plupart du temps pris en charge par des parents remplis de bonnes intentions qui les ensevelissent sous des cours de danse, des ateliers de bricolage, des ligues de soccer à raison de deux ou trois fois par semaine.

Je demeure sidéré par ce qui semble être une obligation de remplir toutes les cases horaires de l’agenda sans se réserver le moindre moment pour ne rien faire. Comme si la pire des peurs était de se retrouver tout seul, avec soi-même…

Comme si la pire des peurs était de se retrouver tout seul, avec soi-même…

Dans un monde où on a fini par croire qu’on devait se faire greffer un téléphone portable dans la main et que le moindre silence risquait de nous faire capoter solide, il serait peut-être de mise de retourner aux sources pour le salut de l’humain de demain.

Je suis même prêt à lancer un nouveau mouvement: le mouvement immobiliste (!). Un rassemblement de solitaires (re!) où les vertus de l’ennui seront remises de l’avant.

Où au moins une fois par semaine (c’est quand même pas trop demander), tout le monde devra s’étendre pendant une demi-heure pour fixer le plafond. Un plafond d’un blanc immaculé, de préférence. Sans interférence. Sans télé, ni radio, ni téléphone, ni ordi.

Rien. A-b-s-o-l-u-m-e-n-t rien!

La grande «switch à off» comme on savait faire à l’époque où le vide avait encore sa place. Je parie que ça doit faire des lunes que vous n’avez pas fait ça…

Je vous suggère, si vous n’avez pas pu profiter de la semaine de relâche pour vous reposer, de vous reprendre le week-end prochain.

Au beau milieu de la nuit de samedi à dimanche, pendant que vous dormirez à poings fermés, une heure disparaîtra de vos vies comme par enchantement.

Au réveil, aurez-vous l’impression d’avoir perdu quelque chose? Probablement pas. Vous prendrez ça comme une première leçon: peu importe ce que nous croyons, nous ne sommes pas et nous ne serons jamais totalement maîtres du temps qui file.

Et rien ne sert d’essayer de remplir une chaudière sans fond…

•••

L’horreur: le meurtre de la petite Océane Boyer, 13 ans.
La question: Est-il vraiment nécessaire de se taper les entrevues «à chaud» avec les parents éprouvés et la fille totalement affolée du présumé coupable?
Entre la décence et le droit de chacun à être dûment informé, la zone est-elle si floue? Je ne fais que poser la question…

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