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16:23 15 avril 2020 | mise à jour le: 15 avril 2020 à 17:01 temps de lecture: 4 minutes

Des chercheurs appellent à limiter l’âge autorisé chez les travailleurs essentiels

Des chercheurs appellent à limiter l’âge autorisé chez les travailleurs essentiels
Photo: Getty ImagesHier, plusieurs pays d’Europe ont pris des mesures de déconfinement de leur population, en avertissant que la route vers un retour à la normale serait encore longue.

Limiter l’âge autorisé des travailleurs essentiels à 50 ans serait une excellente décision pour conjuguer sécurité et reprise économique, quand viendra le temps du déconfinement au Québec. C’est du moins ce que soulignent trois spécialistes du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), dans un rapport rendu public mercredi.

«Dans plusieurs pays européens, après le lock-down, la courbe a diminué chez les personnes âgées de 70 ans et plus, et ce beaucoup plus rapidement que pour les personnes de 50 à 69 ans, dont une bonne proportion étaient encore au travail», explique la professeure au Département de démographie de l’Université de Montréal (UdeM) et co-auteure de l’étude, Simona Bignami-Van Assche.

Elle affirme que le gouvernement Legault devrait «éventuellement réfléchir à relancer l’économie en fonction de différents groupes d’âge, et non seulement par secteurs économiques».

«C’est bien vrai que le fardeau de la mortalité repose beaucoup sur les aînés, surtout dans les CHSLD au Québec. Mais il ne faut pas oublier les travailleurs, qui font face à des risques non-négligeables au quotidien, surtout dans les services essentiels.» -Simona Bignami-Van Assche, spécialiste en statistiques sociales

Autrement dit, la prise en compte de nouveaux segments d’âge, dont les 50-70 ans, aiderait le gouvernement à «aplanir la courbe des infections et la courbe de la récession économique», disent les experts. «En regardant l’expérience de l’Italie, de l’Espagne et des Pays-Bas, on s’aperçoit que les stratégies d’intervention dépendent de manière cruciale de la démographie de la main-d’œuvre. C’est très important», écrivent-ils.

Selon eux, l’accent mis au Québec sur le risque de mortalité chez les aînés a «obscurci les tendances de la population de moins de 70 ans».

Au-delà des travailleurs essentiels, un «profil sanitaire»?

Pour Simona Bignami-Van Assche, le profil sanitaire des différentes communautés est aussi un enjeu majeur pour évaluer la progression de la courbe. Seul hic: peu de données scientifiquement valides existent à ce chapitre, jusqu’ici.

«En réalité, on a très peu de statistiques sur les cas et les décès. Pas seulement au Canada mais partout dans le monde, lâche-t-elle. On est très limités actuellement par ce manque de connaissances.»

Quand il sera possible d’obtenir plus d’informations sur les profils démographiques et sanitaires des personnes testées positives à la COVID-19, «on pourra déterminer plus précisément le risque d’hospitalisation dans un groupe en particulier», analyse l’experte.

Québec rouvre progressivement

Mercredi, lors de son point de presse quotidien, le premier ministre François Legault a pour sa part ouvert la porte à la réouverture de petits commerces. Québec estime que ceux-ci doivent composer avec une compétition «injuste des grandes surfaces».

«On étudie la possibilité de les laisser recommencer à vendre leurs produits. Nous sommes en train de mettre en place des consignes avec le Dr Arruda pour que le deux mètres soit respecté en tout temps.» -François Legault, premier ministre du Québec

Au début avril, Métro rapportait que plusieurs commerces montréalais étaient au bord du gouffre, alors que leurs activités sont sur pause jusqu’au 4 mai.

«C’est catastrophique. J’envisage des pertes de 85% ce mois-ci. Avec nos loyers, je ne suis même pas proche de couvrir les frais de base», avait expliqué le propriétaire de la Librairie de Verdun, Philippe Sarrasin, qui détient notamment deux autres librairies dans le secteur. L’entrepreneur affirme qu’il doit actuellement «choisir entre payer ses dettes, ses employés ou lui-même». «La vérité, c’est que je travaille deux fois plus qu’à la normale, sans faire une cenne», dit-il.

Hier, plusieurs pays d’Europe ont pris des mesures de déconfinement de leur population, en avertissant que la route vers un retour à la normale serait encore longue. L’Allemagne, où la mortalité est restée inférieure à celle d’autres pays, a pour sa part annoncé un allègement des mesures coercitives, variant d’une région à l’autre.

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