Les choix de la rédac
11:35 30 avril 2020 | mise à jour le: 30 avril 2020 à 15:49 temps de lecture: 4 minutes

«On se sent comme des objets»: épuisées, des infirmières lancent un cri du cœur

«On se sent comme des objets»: épuisées, des infirmières lancent un cri du cœur
Photo: Archives MétroAu début avril, la FIQ lançait une plateforme anonyme de dénonciation des conditions de travail, «Je dénonce». Plus de 750 professionnelles y ont déjà fait part de leurs inquiétudes.

La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ) lance un cri du cœur au gouvernement Legault et aux employeurs. Elle somme ces derniers de faire preuve «d’humanisme» à l’égard des infirmières, inhalothérapeutes et autres professionnelles. Celles-ci sont «épuisées», et doivent pouvoir se reposer pour passer à travers la crise, martèle l’organisation.

«Nos membres subissent beaucoup trop de difficultés. On parle de communications incohérentes des directions, de manque de matériel, de manque de personnel, d’épuisement, de deuil quotidien et de peur d’être contaminées», a relaté jeudi la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, lors d’une conférence de presse.

Fin mars mars, la ministre de la Santé, Danielle McCann, émettait un arrêté ministériel pour «permettre à l’employeur de disposer des ressources humaines nécessaires» dans le réseau de la santé. Cela permet dorénavant aux établissements de suspendre des congés, de modifier des quarts de travail ou d’effectuer des transferts de personnel entre régions, sans regards aux conventions collectives.

C’est principalement cet arrêté que la FIQ fustige. «L’application mur-à-mur de ce décret a des conséquences désastreuses dans la vie des professionnelles. Elles sont aussi des mères de famille, des conjointes, des proches aidantes. C’est un casse-tête pour elles au quotidien», dénonce Nancy Bédard.

«Le droit aux vacances doit être rétabli. On doit absolument permettre à ces femmes d’avoir un temps de repos. Derrière les masques, elles sont aussi humaines.» -Nancy Bédard, de la FIQ

En s’adressant directement aux employeurs et au gouvernement Legault, la porte-parole ajoute qu’il faut garder nos infirmières «en santé, maintenant». «Je vous rappelle qu’il y aura un après-COVID aussi. Cette crise va perdurer encore, et on aura besoin de tous nos professionnels en soin. Faites-leur attention», implore-t-elle.

Infirmières et professionnelles témoignent

Au début avril, la FIQ lançait une plateforme anonyme de dénonciation des conditions de travail, «Je dénonce». Plus de 750 professionnelles y ont déjà fait part de leurs inquiétudes.

En Montérégie, le président du Syndicat des professionnelles, Alexandre Bégin, est catégorique. «Le stress causé par ces changements est insoutenable. Je n’ai pas dormi depuis plusieurs nuits en pensant à comment j’allais composer avec nos problèmes familiaux. Je ne crois pas que je puisse continuer», dit-il, en lisant le témoignage d’une de ses membres.

Même son de cloche dans les Cantons-de-l’Est, où la porte-parole syndicale Sophie Séguin demande que l’employeur fournisse des conditions de travail sécuritaires.

«Certaines ont tellement peur de contaminer leurs familles qu’elles s’isolent. C’est un choix qui n’aurait pas été fait si les mesures de protection étaient adéquates et disponibles.» -Sophie Séguin, du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est

Dans les Laurentides, une infirmière, sous le couvert de l’anonymat, est sans équivoque. «On se sent comme des objets, des pions que l’on déplace sur un échiquier crochu. Nous sommes pris en otage. Cet arrêté ministériel est une bombe», dit-elle. «M. Legault, vous êtes en train de perdre vos anges-gardiens. Nous ne sommes pas des numéros, ni des robots», ajoute une autre.

«On doit être unis», dit Québec

Joint par Métro, le porte-parole au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), Alexandre Lahaie, dit comprendre les préoccupations de la FIQ, mais appelle-ci à la collaboration dans un contexte sans précédents.

«Tout le personnel soignant est essentiel aux efforts que le Québec déploie en ce moment pour faire face à une pandémie qui est du jamais-vu, qui est une situation exceptionnelle.» -Alexandre Lahaie, au cabinet de la ministre Danielle McCann

S’il assure «entendre les préoccupations» de la FIQ, le gouvernement se veut clair. «On doit être unis pour le moment. Notre objectif commun est de prendre soin des Québécois qui sont malades», lance M. Lahaie.

Le premier ministre, François Legault, abonde dans le même sens. «Je comprends très bien qu’il y en a qui ont besoin de repos et de vacances bien méritées. On fait tout ce qu’on peut pour combler les absences. Il s’agit juste de travailler ensemble», a-t-il plaidé jeudi.

Environ 10 500 employés sont absents du réseau de la santé. Québec affirme avoir recruté 7200 personnes supplémentaires via sa plateforme Je Contribue. Une grande majorité d’entre elles souhaiteraient «rester après la crise».

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