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11:57 14 mai 2020 | mise à jour le: 14 mai 2020 à 16:36

Médias locaux: «front commun» de l’industrie pour lutter contre les géants du Web

Médias locaux: «front commun» de l’industrie pour lutter contre les géants du Web
Photo: iStockLa baisse des revenus publicitaires est observée depuis une dizaine d’années dans les médias locaux du Québec.

Des agences de publicité et des médias locaux unissent leurs forces pour s’attaquer à l’effritement des revenus publicitaires qui frappe durement le monde de l’information, particulièrement dans le contexte de la COVID-19. Au cœur du problème: les géants du web – plus communément appelés les GAFAM – qui s’accaparent plus de 80% des parts de marché au Québec.

«Le financement des médias est problématique depuis longtemps, mais s’est accentué depuis le début de la pandémie. En ce moment, seulement 14 % des budgets médias numériques des annonceurs sont alloués aux médias d’ici, alors que le reste est dédié aux plateformes mondiales.»

Ce sont les mots du Manifeste pour des pratiques médias responsables, lancé jeudi par l’Association des agences de communication créative (A2C) et le Conseil des directeurs médias du Québec (CDMQ), deux des plus gros publicitaires au Québec. Les deux groupes veulent doubler la part des budgets numériques consacrés aux groupes de presse locaux d’ici 2023, ce qui «insufflerait» plus de 200 M$ chaque année dans l’écosystème québécois.

«Il faut mener des actions sur tous les fronts pour éveiller la conscience de la communauté d’affaires. Ce n’est pas le travail d’une seule agence ou d’un annonceur. Ce qu’on lance, c’est un mouvement. On veut entamer une discussion de fond», explique à Métro la PDG de l’A2C, Dominique Villeneuve.

«Les médias se battent contre des géants, dans un marché plus petit. C’est sûr que les défis technologiques et financiers sont grands. La route ne sera pas facile. Alors, il faut vraiment donner un coup d’accélérateur.» -Dominique Villeneuve, présidente de l’A2C

Des médias aussi en action

Simultanément, une vingtaine de médias et d’éditeurs, dont La Presse, Radio-Canada, Québecor, Le Devoir et Métro Média, ont lancé en début de journée le site NosMediasLocaux.org, qui regroupe déjà plus de 300 entreprises québécoises.

«On va en ajouter beaucoup dans les semaines à venir», dit son porte-parole, Patrick Lauzon. Il parle d’une forme de «panier bleu» pour l’industrie. À terme, jusqu’à 500 entreprises médiatiques de la province y seront intégrées.

«Ce n’est pas vrai que quand les nuages vont passer, les entreprises vont se remettre à donner 86 sous d’un dollar aux géants du web, en laissant les acteurs locaux se battre pour le 14 sous qui reste. Il faut que ça change pour de bon.» -Patrick Lauzon, porte-parole de NosMediasLocaux.org

L’homme d’affaires est catégorique: les journaux d’ici ont contribué de façon «importante» à la stabilisation de la crise du coronavirus au Québec, et ce dans plusieurs domaines. «Ils ont sauvé des emplois et des entreprises, littéralement. Moi, ce qui m’a vraiment frappé pendant cette pandémie, c’est la valeur de ces médias», observe-t-il.

De concert avec les agences publicitaires, son groupe prévoit entamer des «chantiers prioritaires» pour transformer le secteur au cours des prochains mois. L’objectif: en faire un mouvement pancanadien.

Experts et élus applaudissent

Pour le spécialiste en responsabilité médiatique de l’UQAM, Patrick White, la nouvelle est excellente dans le contexte. «Ça montre que le milieu se tient, et ça va avoir des effets boule-de-neige», dit-il.

«C’est une suite logique à la crise. Si chaque secteur se dit au Québec qu’au lieu de dépenser 80 000$ sur Facebook, on en garde 40 000$ pour nos médias locaux, on aura déjà fait des pas de géant. Chaque dollar qu’on donne aux GAFAM peut entraîner ici la fermeture d’un média. Il va falloir le réaliser», ajoute le spécialiste.

Il appelle les gouvernements à en faire encore plus, en remettant des avis publics dans les journaux papier par exemple, et en investissant de manière significative dans leur relance. «Ce sont eux qui ont les gros budgets, qui dépensent le plus», ajoute M. White.

Même son de cloche pour la députée libérale de Verdun, Isabelle Melançon, qui soutient le mouvement depuis ses premiers balbutiements. «C’est un coup fumant, c’est formidable ce qu’on vient de réaliser. Ça démontre qu’en misant sur les médias locaux, on ne baisse pas pour autant dans la qualité de la publicité. Les deux vont de pair, plus que jamais», conclut-elle.

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