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18:12 24 août 2020 | mise à jour le: 25 août 2020 à 09:30 temps de lecture: 6 minutes

Front commun d’inquiétudes à quelques jours de la rentrée

Front commun d’inquiétudes à quelques jours de la rentrée
Photo: Josie Desmarais/MétroLe ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge

À quelques jours de la rentrée, parents, enseignants et personnel des services de garde sont inquiets du plan de Québec pour la gestion du coronavirus.

On déplore les normes à géométrie variable du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Le réseau aurait aimé avoir des protocoles clairs, des lignes directrices semblables pour tous, dont au premier chef une concernant le port du couvre-visage dont l’usage devrait être obligatoire en classe afin que les enseignants puissent se sentir en sécurité et se concentrer sur les apprentissages. Et non pas jouer à la «police du masque».

À Montréal, les enjeux ne sont pas les mêmes qu’ailleurs au Québec, ont répété à Métro les intervenants interviewés dans le cadre du prochain retour en classe.

Parfois, les enseignants, si leur direction d’école a été proactive, auront des plexiglas sur leurs bureaux, alors que d’autres n’en auront pas. Rien pour rassurer à l’approche du jour J.

On a dit que la pandémie a exacerbé des problèmes existant déjà au sujet de certains éléments et le réseau des écoles est du nombre, avec ses infrastructures défaillantes, ses écoles vétustes mal ventilées et ses classes trop nombreuses.

«On devrait comprendre que les parents et les professeurs sont des alliés naturels du réseau public d’éducation, assure Patricia Clermont, du mouvement Je protège mon école publique. De juste dire que  »Ça va bien aller », ça ne passe plus. Les profs et les parents sont préoccupés depuis longtemps et il nous faut des réponses pour que tout aille bien.»

Mme Clermont est préoccupée par les directives de Québec, l’état et le financement du réseau d’éducation. Mais on sent dans ses propos, le désir que les choses aillent mieux, tant pour les élèves que pour ceux qui leur enseignent. «Les enfants ont hâte, et besoin, d’aller à l’école.»

Rentrée: craintes d’une deuxième vague

«On craint une autre vague [de coronavirus] déclenchée par le milieu de l’éducation parce qu’on n’aura pas pris les moyens comme il faut [pour la prévenir et protéger les enseignants], dit de son côté la présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre, en entrevue.

Rappelons qu’une cinquantaine de personnes ont manifesté dimanche à Montréal devant les bureaux du ministère de l’Éducation à Montréal afin d’exprimer de vive voix leurs inquiétudes, comme le rapportait Métro hier.

Depuis quelques semaines, parents et enseignants n’ont pas cessé d’appeler à une révision du plan de rentrée dont la dernière mouture a été présentée par le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge le 10 août dernier. Une pétition en ligne demandant une nouvelle révision du plan scolaire du gouvernement a d’ailleurs récolté près de 28 000 signatures.

Depuis cinq ans, Je protège mon école publique s’active et milite autour de trois éléments principaux: le financement des écoles, les infrastructures et les services aux élèves. Évidemment, savoir que le virus peut être aéroporté préoccupe le groupe, qui entreprendra une action commune demain, mardi.

«On ne veut pas que la fébrilité de la rentrée se transforme en inquiétudes. On souhaite reprendre avec le plus d’efficacité et de sérénité possibles. On vise la sécurité de tous afin que tout le monde se sente assez en confiance pour la rentrée», ajoute Mme Clermont, mère d’un enfant de 3e année et d’un autre qui commence le secondaire.

C’est surtout à Montréal que la situation sème l’inquiétude en raison de sa population nombreuse et du caractère multiethnique de sa population. Certains parents ne parlent ni français ni anglais, ce qui pose problème quand vient le temps de lire les consignes de la Santé publique ou de l’école. En temps de pandémie, il s’agit d’un problème grave auquel il faudra trouver une solution. Évidemment, cet enjeu ne résonne pas à Trois-Rivières comme à Montréal.

Le fait que les groupes soient plus nombreux, que les écoles soient vieilles et que les classes ne sont pas toujours ventilées adéquatement, certaines n’ayant pas même de fenêtres, inquiète aussi les membres de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal.

«Cela fait partie d’un ensemble de facteurs qui créent la situation anxiogène actuelle pour de nombreux professeurs, poursuit la présidente de l’Alliance. Les profs sont inquiets de retourner travailler, car ils ne sont pas certains que les mesures sanitaires proposées par le ministre sont adéquates pour assurer leur sécurité.»

On souhaite une rentrée «pour de bon et ne pas retourner en confinement et en télétravail [dans quelques mois]. On veut que les élèves restent en classe», assure la dirigeante.

«Malgré une stratégie pour assurer la sécurité des étudiants et du personnel, le SPGQ lui aussi se questionne sur les actions qui seront posées par la ministre de l’Enseignement supérieur [Danielle McCann] afin que les personnes professionnelles des collèges puissent favoriser l’apprentissage et offrir un soutien adéquat visant la réussite des étudiants» a fait savoir lundi, la présidente du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, Line Lamarre, dans un communiqué de presse.

Quels facteurs?

Questionnée à savoir quels éléments posaient problème, la présidente de l’Alliance a mentionné le «2 mètres» de distanciation physique. Car, dit-elle, dans la réalité du travail d’un professeur, ils doivent parfois consoler les enfants, leur parler de très près, être penchés sur leurs cahiers, regarder ce qu’ils ont écrit, etc.

Dans la réalité des enseignants, maintenir le 2 mètres ne peut pas être la solution miracle pour contenir le coronavirus, ajoute-t-elle.

«C’est pourquoi on demande, dès 10 ans, le port du masque s’ils [les élèves] sont en contact avec les professeurs. Car pour le moment, il est seulement obligatoire dans les corridors et les espaces communs», indique Mme Beauvais-St-Pierre.

Toutes les demandes de l’Alliance ont été acheminées au bureau du ministre Roberge dans une lettre officielle, à laquelle le Ministère n’a pas encore répondu.

Un appel fait au cabinet du ministère de l’Éducation visant à connaître la réponse de Québec était resté dans réponse, lundi en fin d’après-midi.

Pour consulter le guide de la CNESST à l’intention du personnel enseignant: Guide de normes sanitaires en milieu de travail pour le réseau scolaire

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