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05:00 21 octobre 2020 | mise à jour le: 10 novembre 2020 à 14:37 temps de lecture: 4 minutes

La mort en temps de pandémie

La mort en temps de pandémie
Photo: 123RF

L’arrivée soudaine de la COVID-19 remet en question l’essence même des valeurs familiales reliées à la mort. En période de pandémie, il peut être difficile pour les familles de rendre hommage à la personne décédée à cause des nombreuses restrictions. Cela dit, des solutions existent pour faire face à un décès et faire son deuil.

Luce Des Aulniers, docteure d’État en anthropologie à l’Université du Québec à Montréal et auteure, explique qu’avec l’arrivée de la deuxième vague, tout comme la première, les gens ont été traumatisés par la situation à l’égard de leur proche mourant. En fait, cela a ajouté un stress de plus de dire un dernier au revoir.

«Les pandémies ne rendent aucunement possible la chance d’enterrer convenablement les gens qu’on aime parce que le système a chamboulé les rites normaux de la société.» – Luce Des Aulniers, docteure d’État en anthropologie

«Comme société, nous avons négligé certains aspects de la mort au désarroi des individus parce que nous ressentons un profond malaise face à la limite que nous impose la mort», dit-elle.

Du côté des mourants, Mme Des Aulniers affirme que le stress de ne pas pouvoir saluer son entourage est plus que présent, et ce, même si les gens sont bien traités.

Faire son deuil en pandémie

Thierry Dambrine explique qu’il a été très pénible de dire au revoir à sa cousine qui a rendu l’âme le 8 mars, peu de temps avant l’arrivée de la pandémie. Celle-ci habitait à Asbestos et lui à Saint-Jean-sur-Richelieu. Il n’a jamais pu lui rendre hommage en famille à cause des mesures en place (fermeture de frontières entre régions, restrictions dans les rassemblements, etc.)

Seule la famille immédiate a pu se rassembler pour lui rendre hommage. M. Dambrine avait été désigné comme porteur du cercueil selon les dernières volontés de la défunte.  Il s’est récemment présenté sur la tombe de sa cousine à Asbestos afin de lui rendre hommage, seul. Une expérience des plus douloureuses, affirme-t-il.

Dans un cas comme celui-ci, Luce Des Aulniers soutient qu’il est possible de rendre hommage à un être cher par le rituel individuel intuitif. Ce processus consiste à rendre hommage en utilisant une photo ou un bien matériel.

Elle précise qu’il est possible d’organiser une cérémonie de rassemblement à distance afin de ne pas rester passif dans le deuil. Par exemple, les personnes peuvent se donner rendez-vous à une heure précise et effectuer un rituel ou une cérémonie au même moment.

Rites bousculés

Pour Éric LeSieur, propriétaire du salon funéraire Le Sieur de Granby, il y a une forte crainte concernant les nombreuses familles  qui préfèrent reporter  les funérailles.

C’est le cas de Stéphane Bouchard, de Granby, qui  a perdu son père le 27 avril  et qui n’a pas encore pu l’enterrer.

«Notre famille désire pouvoir se réunir physiquement sous un même toit afin de pouvoir rendre hommage à mon père qui est décédé d’un cancer incurable à 86 ans. Puisqu’il a été testé positif à la COVID-19, nous n’avions pas pu lui rendre visite lors de ses derniers moments de vie», mentionne M. Bouchard.

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*Une version antérieure de ce texte citait inadéquatement une employée de la Coopérative funéraire du Grand Montréal et indiquait que les corps atteints de COVID-19 devaient être incinérés, ce qui n’est plus le cas.

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