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05:00 9 novembre 2020 | mise à jour le: 9 novembre 2020 à 06:50 temps de lecture: 4 minutes

Santé mentale: trop de jeunes québécois laissés pour compte

Santé mentale: trop de jeunes québécois laissés pour compte
Photo: Capture d'écranLionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, a d’abord indiqué vouloir davantage impliquer les familles.

Sur la trentaine de jeunes adultes actuellement au Refuge des jeunes de Montréal, la moitié présente des problèmes de santé mentale de l’ordre de la psychose. C’est ce qu’a indiqué la directrice générale du Refuge, France Labelle, sur le plateau de TLMEP dimanche. 

Si les jeunes étaient des centaines dans la rue il y a quelques années, Mme France Labelle les compte désormais par milliers. 

Et même si sur les 21 000 jeunes qui sont passés au refuge, aucun n’a été l’auteur d’une tragédie telle que l’a connue Québec le soir de l’Halloween, dit-elle, les problèmes de santé mentale y sont le lot quotidien.  

«Moi j’ai eu des jeunes qui à -20 degrés, à l’extérieur, se baladaient en tee-shirt, pieds nus, complètement erratiques, pas situés dans le temps, délirants. Et ça, ce n’est pas suffisant car il n’y a pas d’élément de dangerosité.» -France Labelle 

En effet, conformément à la loi P38, on ne peut pas contraindre une personne à recevoir des soins contre sa volonté à moins qu’elle ne présente un danger imminent pour elle-même ou autrui. 

Voir les signes précurseurs

Amy Gingras, sœur de Frédérick Gingras, qui a tué deux personnes en 2016 lors d’une cavale meurtrière, en sait quelque chose. 

«Concernant mon frère, tous les signes précurseurs n’ont pas été pris en compte. À maintes reprises, il est passé devant la juge. Comment ça se fait que ça n’a pas été arrêté avant? Moi je me pose énormément de questions.» -Amy Gingras

Sur le plateau de TLMEP, la jeune femme a pointé du doigt la complexité du système québécois quand il s’agit de répondre à la détresse des personnes. 

Elle déplore notamment les listes d’attente «interminables» pour pouvoir consulter un psychologue. Pour elle, il est clair que si son frère avait reçu l’aide nécessaire, la tragédie aurait pu être évitée. 

«Pourquoi faut-il toujours attendre que la crise arrive?, s’interroge pour sa part Mme Labelle. Pour elle, le travail de prévention est nécessaire. Plus on intervient tôt, mieux seront les signes de rétablissement, dit-elle. 

Impliquer davantage les familles

Sur ces questions, Lionel Carmant, ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, a d’abord indiqué vouloir davantage impliquer les familles. 

«Il faut impliquer les familles un peu plus au niveau des soins en santé mentale. Sans la famille, c’est difficile d’avoir la personne qui lève le drapeau rouge. Encore plus en temps de pandémie où les gens sont isolés, et se voient moins entre eux.» -Lionel Carmant 

Rappelons qu’après l’attaque ayant fait deux morts et cinq blessés à Québec, le gouvernement provincial a versé 100 M$ afin d’améliorer les services en santé mentale.

S’il a reconnu de «très longues» listes d’attente, le ministre Carmant a affirmé vouloir faciliter l’accès à tout le monde. D’abord, en finançant davantage les organismes communautaires pour qu’ils puissent aider sur le terrain. Ensuite, en assurant un meilleur suivi des personnes en détresse. 

«Il faut avoir des équipes sur le terrain qui vont les aider là où ils se trouvent, a-t-il déclaré. Pour s’assurer de diminuer les risques pour ces gens-là, et pour la population.»  

Une situation complexe

Mme Labelle a rappelé qu’une fois à l’hôpital, un jeune se retrouve face à un personnel soignant débordé.

«La situation est complexe, dit-elle . Et quand vous parlez d’itinérance, les soins vont peut-être arriver plus tardivement.» 

Selon elle, si M. le Ministre a bien «un bataillon communautaire qui travaille», celui-ci «est en gougounes dans la neige.» 

«Il va falloir se rééquiper et être écouté», a-t-elle conclu. 

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