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Chronique: Pour en finir avec le racisme anti-Blanc

Manifestation contre le racisme et la brutalité policière le 7 juin 2020 Photo: Pablo Ortiz /Métro

Un dur moment, collectivement parlant, vient de s’achever. Après un vaudeville parlementaire sous les yeux des proches de Joyce Echaquan, le cirque devait se poursuivre à la suite du dépôt du rapport de l’enquête de la coroner. Sans surprise, le gouvernement Legault – dont le refus de reconnaître le Principe de Joyce passera à l’histoire –, en vient à maintenir sa ligne, abrutissante, de communication.

Rejetant à l’aide d’un Petit Robert la recommandation principale dudit rapport, le chef caquiste, l’œil pétillant de satisfaction intellectuelle, annonce à ses ouailles sa dernière trouvaille: il ne peut y avoir de racisme systémique au Québec, l’ensemble du système n’étant pas gangrené par des directives racistes «de haut en bas».

Mais qui a déjà prétendu le contraire? Personne.

Sans surprise non plus, les chantres identitaires, ceux-là même dont le petit catéchisme est suivi minutieusement par le lecteur de François Legault (un genre de goûteur de Cléopâtre, mais version littérature québécoise, électoralisme suintant), revenaient à la charge avec l’un de leurs grands classiques, celui du racisme anti-Blanc.

La toune, inconnue de la sociologie, est née du génie d’un grand compositeur français: Jean-Marie Le Pen. Il est même loisible, pour les mélomanes avisés, d’y reconnaître deux niveaux d’écoute.

Le premier, peu subtil, permet à la «majorité blanche» de se poser en grande victime d’une machination orchestrée par le wokisme ou ses variations (historiques), lequel en vient à dédouaner le «grand remplacement» amorcé dont sera ultimement victime, par définition, ladite majorité.

Le deuxième, plus insidieux parce qu’à première vue incontestable, souhaite pénétrer la psyché collective de l’aphorisme suivant: le racisme étant partout et visant toutes races, il convient donc d’y opposer des solutions symétriques et globales. Difficile d’être contre la tarte aux pommes.

Sauf que la prémisse… est fausse. D’abord, parce qu’il est impossible d’aborder les deux enjeux de la même façon, remède inclus. Changer les réflexes d’un système de santé ou policier, et éduquer un membre de La Meute constituent deux mesures sans connexion aucune.

Ensuite, parce que si le racisme dit «individuel» peut effectivement se retrouver dans divers comportements anecdotiques, reste que le racisme institutionnel ou systémique, lui, se décline machinalement en faveur des Blancs. Combien de ceux-ci ont subi la colonisation par des Noirs ou Autochtones, par exemple? Combien de Blancs ont la trouille de se taper une visite à l’hôpital, par crainte de se faire insulter ou de subir un traitement inapproprié, sauce Joyce? Nada. Les Autochtones, eux? Des tonnes. Voir à cet égard le rapport Viens. Combien de Blancs opprimés ou ostracisés à même les structures sociétales? Combien de groupes de Blancs dans la dèche en Afrique du Sud, à Dubaï ou à Tokyo? Combien de «Lois sur les Blancs», équivalents de la Loi sur les Indiens, à travers le globe? Combien de fois me suis-je fait interpeller arbitrairement au volant de mon char sport, malgré un manteau de cuir, des cheveux longs, des lunettes fumées, bref, mon air louche? Réponse: jamais. Mon ami Sama, lui, ne compte plus les fois où il s’est fait suivre par les flics, à Outremont, en… marchant.

Jean-François Lisée a jadis plaidé auprès de moi, dans un échange Twitter, l’exemple de la Shoah. Or, il serait  douteux que l’opération hitlérienne ait eu comme principale visée de persécuter… des Blancs. D’autres en appellent à l’exemple haïtien, où des Noirs, révolte en cours, auraient malmené leurs oppresseurs. La réponse est dans votre propre choix de mots, les amis.

Enfin, certains s’excitent, ces jours-ci, de l’histoire d’un orchestre britannique ayant congédié des musiciens blancs afin de faire place à plus de diversité. Le wet dream parfait, soit un exemple appuyant, enfin, leur thèse. Petit problème, cela dit: si l’affaire est autant déplorable qu’absurde, elle relève 1) d’une intention louable; 2) d’une décision individuelle, anecdotique et sans quelconque lien avec les réflexes collectifs inconscients. Celui de traiter l’Autochtone aux urgences comme s’il était nécessairement intoxiqué, par exemple.

Dénuée d’empirisme, donc, la sociologie refuse, à juste titre, le concept de racisme anti-Blanc. Celui-ci constitue, à moins d’être dupe, une fallacieuse stratégie visant à mettre deux trucs parfaitement inégaux sur un pied d’égalité. À opposer anecdotes et systèmes. À jouer à «oui, mais c’est lui qui a commencé!». À s’auto-victimiser. À sortir l’épouvantail du «grand remplacement» . À galvaniser les craintes xénos et à offrir fausses solutions à faux problèmes: la réduction de l’immigration et autres manœuvres… discriminatoires, notamment. Cercle vicieux. Et vogue la galère.

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