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COVID-19: le Québec devra-t-il bientôt choisir de ne pas traiter certains patients?

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Photo: Josie Desmarais/Métro

Québec tentait à tout prix d’éviter dans les hôpitaux le «scénario italien» qui obligerait le personnel de la santé à trier les patients pouvant bénéficier de soins. Or, cela pourrait finalement être une éventualité bien réelle. Du moins, le gouvernement prépare un plan de contingence au cas où la situation deviendrait hors de contrôle.

«Au lieu de donner un soin A+ à tout le monde, l’idée du plan de contingence dans le réseau de la santé serait de donner des soins B à plus de gens», a expliqué la sous-ministre à la Santé, la Dre Lucie Opatrny, en conférence de presse mardi.

Idéalement, ce plan de contingence ne serait jamais déployé. Et s’il l’est, Québec assure que les soins ne seront pas réduits. L’objectif serait plutôt d’«innover» et d’«utiliser le réseau autrement». Dans le plan établi, des soins à domicile seraient priorisés, plutôt que des hospitalisations, a laissé entrevoir la Dre Opatrny. Elle faisait référence à l’Hôpital général juif de Montréal, qui déploie présentement un projet en fournissant de l’oxygène à domicile à ses patients et des soins à domicile.

Dans le plan de contingence, un traitement spécial destiné aux non-vaccinés, qui pourraient par exemple ne pas être soignés, est écarté. Le tiers des cancers sont causés par des facteurs externes comme la cigarette et l’obésité, et pourtant, tous les patients sont traités équitablement, a rappelé la Dre Opatrny.

Situation précaire

La majorité des hôpitaux du Québec a atteint le palier de délestage 4, le plus haut possible. Dans ces établissements, des secteurs sont toutefois préservés, comme l’oncologie et la chimiothérapie. «On est rendu au bout du rouleau, l’élastique est étiré au maximum», s’est désolé le ministre de la Santé, Christian Dubé, en abordant l’état du système de santé.

Parallèlement, de plus en plus de travailleurs reviennent dans le réseau de la santé. Quelque 12 000 travailleurs sont absents, soit 8000 de moins qu’au dernier décompte. Le portrait est toutefois semblable à celui observé durant la première vague de la pandémie en matière de taux d’absence.

Le Québec aurait déjà dépassé le pic des cas. «On commence à voir un ralentissement de la croissance des hospitalisations, même si la situation demeure très fragile […] on va suivre de façon plus attentive l’effet de la rentrée scolaire», a expliqué le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau.

La majorité des personnes admises aux soins intensifs seraient non vaccinées ou «incapables de montrer une réponse à la vaccination», a rappelé la Dre Lucie Opatrny.

Un pas à la fois

Compte tenu de l’incertitude qui règne dans le réseau de la santé, impossible pour Québec de donner des échéances quant au déconfinement des lieux publics. «On ne vous donnera pas de dates, a tranché le ministre de la Santé, Christian Dubé. On a déjà joué dans ce film-là, ça ne serait pas responsable.»

Il y a des gens qui ne sont pas contents des mesures, mais je sais une chose: on a le système de santé qu’on a, qui a vécu cinq vagues. Le personnel de la santé est épuisé. Avant de se plaindre, pensons à eux.

Christian Dubé, ministre de la Santé

Même si les gens sont «tannés de cette cinquième vague, le respect des mesures sanitaires demeure essentiel», a-t-il rappelé. Pour faire sa part, Québec souhaite augmenter le nombre de doses quotidiennes administrées de vaccin contre la COVID-19 à 125 000. «Je suis certain qu’on est capables de faire ça dans les prochains jours», a estimé Christian Dubé.

La Santé publique en est à revoir le protocole d’isolement des travailleurs pour s’assurer qu’ils reviennent plus rapidement au travail. «Les données sur Omicron sont différentes et il y a lieu de s’ajuster», a laissé planer le Dr Boileau. L’isolement pour les travailleurs de la santé pourrait notamment passer de sept à cinq jours.

Outil supplémentaire

Le gouvernement du Canada a déjà reçu un premier envoi de 30 400 traitements de Paxlovid, le traitement antiviral par voie orale contre la COVID-19 de Pfizer qui a été autorisé lundi par Santé Canada. Le nouveau médicament Paxlovid sera distribué sous peu au Québec.

La Dre Lucie Opatrny a confirmé que le Québec utilisera le traitement Paxlovid de Pfizer, mais avec des quantités «très limitées». Québec recevra 6300 de ces traitements en janvier et 6200 en février. «Nous commencerons avec ceux qui sont très à risque d’être hospitalisés et qui sont bien connus dans le réseau, qui ont des accès à leurs cliniciens, a affirmé la Dre Opatrny. Cela inclut les non-vaccinés, les plus âgés, les malades chroniques et les populations vulnérables.»

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