La vieille école
On dit du dernier gala des prix Jutra qu’il avait un style vieille école. C’est vrai, les blagues de Rémy Girard semblaient parfois tout droit sorties d’un sketch du Lundi des Ha Ha! et un Marc Messier mal préparé lisait ses cartons. C’est comme si, au lieu de célébrer les 15 ans des Jutra, on avait compris qu’il fallait refaire un gala comme il y a 15 ans.
C’est un dur constat. Mais être de la vieille école, c’est pas ce qu’il y a de pire. Denise Filiatrault est de la vieille école. Les spectacles qu’elle monte reflètent peut-être sa nostalgie des années 1950, mais c’est toujours fait avec le même souci de plaire au public qu’aurait une jeune débutante. Comme si, même après Moi et l’autre, Chez Denise et plusieurs Bye Bye, Denise Filiatrault ressentait toujours le besoin de faire ses preuves. C’est beau à voir.
Le pire, ce n’est pas d’être de la vieille école, c’est d’avoir l’impression qu’on a fait ses classes, de s’asseoir sur ses lauriers et de ne plus rien remettre en question. Est-ce que c’est moi, ou la dernière année nous a bien servis en termes de productions d’une vieille école qui n’a pas su se réinventer? Entre le flop d’Adam et Ève et celui, plus critique que commercial, d’Omertà, qu’attend-on d’autre comme preuve qu’une idée de génie dans les années 1990 n’est pas garante d’un succès phénoménal aujourd’hui?
Tel qu’elle est conçue, l’industrie culturelle québécoise valorise ceux qui n’ont plus rien à prouver aux dépens de nouveaux venus qui auraient peut-être autre chose que le remake d’un vieux succès des années 1990 à proposer. On favorise les valeurs sûres, et on récolte les résultats que l’on sème.
Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait, qu’ils disent. Mais le problème, ce ne sont pas nécessairement les vieux. Julien Poulin a fait ses preuves depuis longtemps, et il continue à les faire encore aujourd’hui, même après Elvis Gratton, même après Le party, même après Robin et Stella. Il n’hésite pas à sortir de sa zone de confort en jouant dans un film comme Camion. Même chose pour Gilbert Sicotte en 2012 dans Le vendeur, même chose pour Louise Latraverse dans tout ce qu’elle entreprend. Le problème, ce ne sont pas les vieux, c’est peut-être juste la zone de confort.